Par Julie de la Brosse - publié le 01/09/2011 à 18:05
http://lexpansion.lexpress.fr/entreprise/petrole-qui-va-profiter-de-la-chute-de-kadhafi_261625.html
De nombreuses
entreprises sont dans les starting-blocks pour profiter des gisements pétroliers en Libye. Les anciennes terres de Khadafi sont en train de se transformer en champ de bataille économique. Etat
des forces en présence.
REUTERS/Finbarr O'Reilly
C'est une autre guerre qui se joue actuellement en Libye. Une guerre plus discrète, mais tout aussi stratégique. Selon des informations de Libération, la France
aurait dès juillet dernier conclu un accord avec le Conseil national de transition (CNT) dans l'objectif de récupérer 35% du pétrole libyen en échange du soutien total et permanent du
gouvernement français. Une information fermement démentie côté français, par Alain Juppé, le ministre des affaires étrangères, mais aussi côté libyen, par le CNT lui-même. Chez Total, on affirme
carrément ne jamais avoir entendu parler de cette affaire.
En coulisses néanmoins, les entreprises ne le cachent pas, elles sont dans les starting-blocks pour préparer l'après Khadafi, et leurs futurs contrats. Depuis le
mois de juin par exemple Total a envoyé à deux reprises des représentants à Benghazi, le fief de la rébellion, afin d'établir des contacts avec le CNT. Dans ses pas, d'autres entreprises
françaises devraient entamer leur pèlerinage sur les anciennes terres du dictateur libyen. Le mois prochain, une mission de sociétés françaises est organisée en Libye. Des représentants d'Alstom,
d'EADS, de Thales ou encore d'Alcatel Lucent devraient faire partie du voyage, ainsi que des représentants de sociétés plus petites du secteur hospitalier ou pétrolier.
L'enjeu est de taille. Pour l'heure la machine pétrolière libyenne est quasiment l'arrêt, et la situation ne devrait pas revenir à la normale avant plusieurs mois.
Mais le pays est le 17è producteur mondial de pétrole, et concentre les plus grosses réserves en Afrique, loin devant le Nigeria. Chaque jour, avant la rébellion, il produisait 1,8 million de
barils, soit 2% de la production mondiale. Ceci est assez faible, mais à terme, les experts estiment que la Libye a les moyens de doubler sa production à 4 millions de barils par jour. Par
ailleurs, l'or noir libyen présente un sérieux avantage. Il est léger et pauvre en souffre, ce qui le rend moins cher à raffiner.
Forte concurrence italienne
Les rebelles fêtent l'arrivée des troupes dans Tripoli
REUTERS/Reuters TV
Mais les géants français ne sont pas les seuls à convoiter les richesses du pays. Or, le gouvernement de transition rebelle l'a annoncé dès la semaine dernière :
les pays qui ont aidé les rebelles à renverser Mouammar Kadhafi seront ceux qui auront le plus d'opportunités dans l'industrie pétrolière libyenne d'après-guerre.
Pour l'heure, la France semble plutôt bien positionnée, première nation à avoir plaidé en faveur d'une intervention militaire et reconnu le CNT. Mais l'Italie fait
figure de concurrent sérieux. Le pays est historiquement présent en Libye, avec 182 entreprises sur place. La compagnie Eni, principal producteur étranger de pétrole en Libye (280.000 barils par
jour avant l'insurrection) oeuvre dans le pays depuis 1959. Par ailleurs, le gouvernement italien, dans un premier temps hésitant à soutenir la rébellion, a très vite rattrapé son retard.
Devançant les autres pays européen, Sylvio Berlusconi a notamment été le premier à répondre aux demandes d'aides financières de Mahmoud Jibril, le numéro deux du CNT, en débloquant le 25 août une
tranche d'aide de 350 millions d'euros. Depuis une semaine, la compagnie pétrolière ENI a vu son cours bondir de 6,25%. Quant à celui de Total (55.000 barils avant l'insurrection), il a progressé
de 4,78% sur cette période.
Le Brésil, la Russie et la Chine à la traîne
Pour d'autres pays au contraire, comme le Brésil, l'Allemagne ou la Russie, qui ont voté contre les mesures frappant le régime de Kadhafi, la situation est beaucoup
plus compliquée. Dès mars dernier, la Russie, qui est présente sur le marché libyen de l'armement, du rail ou encore des hydrocarbures, a commencé à chiffrer ses pertes. Rosoboronexport,
l'entreprise publique d'armements, évaluait par exemple à quatre milliards de dollars le manque à gagner entraîné par l'embargo décrété fin février par l'Onu sur la vente d'armes à la Libye.
Aujourd'hui les entreprises russes sont conscientes qu'il faudra du temps pour normaliser leurs relations commerciales avec la rébellion, mais elles espèrent que l'amélioration de la situation
rimera avec la reprise des contrats.
La situation est également délicate pour la Chine, dont 3% du pétrole est fourni par la Libye. Au début du conflit, le pays s'est abstenu de voter la résolution de
l'ONU pour protéger les rebelles. Fin juin, néanmoins, Pékin a fini par reconnaitre le CNT "comme interlocuteur important". Depuis, elle multiplie les signaux et les appels à la stabilisation
pour éviter que les 18,8 milliards de dollars qu'elle a investis dans le pays ne partent en fumée...
Des espoirs déçus?
Attention toutefois à ne pas redistribuer trop rapidement les cartes. Les pays qui ont soutenu la rébellion pourraient voir leurs espoirs déçus. Selon les
observateurs notamment "le nouveau pouvoir libyen n'a aucune raison de brader son pétrole à ses amis entre guillemets, sachant que demain ils auront plein d'amis à travers le monde", estime par
exemple Francis Perrin, expert de la Libye au Centre Arabe d'Etudes pétrolières. Même le CNT ne semble plus si sûr de pouvoir répondre à ses promesses. Il n'y aura "pas de favoritisme politique"
et le nouveau régime procédera de façon "transparente", a notamment annoncé ce jeudi un porte-parole du CNT, Guma al-Gamaty, quelques heures avant le début à Paris d'un sommet consacré à la
reconstruction du pays...
Dimanche, 14 Août 2011 00:28 lakome.com
Climat de tensions à Rabat. Les forces de l’ordre ont violement dispersé la manifestation du Mouvement du 20 février de la soirée du samedi 13 août 2011. Plusieurs
personnes ont été blessées et d’autres ont été arrêtées.
Des dizaines de policiers sont intervenus pour interdire la soirée artistique prévue à la fin de la manifestation du Mouvement du 20 février.
A 23 heures, quelques centaines de manifestants ont été surpris par des dizaines de membres des forces auxiliaires qui ont confisqué une camionnette, des
haut-parleurs et un groupe électrogène appartenant au Mouvement du 20 février.
Quatre jeunes ont été expulsés à coups de matraques de la camionnette avant que « la police ne demande au chauffeur de se diriger vers le 2e arrondissement »,
indique Youssef Raissouni, président de la section de Rabat de l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH).
A l'heure où ces lignes sont écrites (00 H 20), le conducteur de la camionnette n’a toujours pas été relâché et son véhicule a été mis à la fourrière.
Après la saisie de la camionnette, les jeunes ont organisé un sit-in (improvisé) qui a été violement réprimé. « Nous ne savons toujours pas combien de personnes ont
été arrêtées ou blessées », nous déclare Omar Radi, membre du Mouvement du 20 février.
La police a aussi saisi les téléphones portables de plusieurs manifestants. « Quand la police m'a volé mon téléphone, j'étais en train de les photographier se
diriger vers nous. Après ils ont tabassé tout le monde », explique le bloggeur Larbi, dans une déclaration à lakome.com. « J’ai fini par récupérer mon téléphone mais toutes mes photos ont été
supprimées », ajoute l’auteur de larbi.org.
L’intervention de la police est venue à l’instant où les jeunes s’apprêtaient à organiser une activité artistique à la place de la Poste, à 50 mètres du
Parlement.
Le boulevard Mohamed V a été complètement assiégé par les forces de l’ordre qui ont aussi interdit aux manifestants de s’approcher du Parlement.
Manifestants devant le Théâtre municipal sur la grande
avenue de Tunis. Photo publiée sur Facebook.
Des manifestants ont défilé lundi matin dans les rues de Tunis pour sommer le gouvernement de transition de rompre définitivement avec le régime du président déchu
Zine el-Abidine Ben Ali. Ils dénonçaient notamment une justice aux ordres qui laisse filer les cadres corrompus de l’ancien régime.
La semaine dernière, plusieurs annonces ont fait sortir de leurs gonds ceux qui étaient descendus dans la rue pour faire chuter Ben Ali. D’abord la libération de
Béchir Tekkari, un ancien ministre poursuivi dans une affaire de falsification de contrat au profit d'un de ses proches. Ensuite la fuite de Saida Agrebi, une proche de la famille Ben Ali, et
ancienne présidente de l’association des mères tunisiennes, qui s’est envolée pour Paris le 30 juillet. Alors qu’elle est soupçonnée d’être impliquée dans des affaires de corruption, le ministère
de la Justice a déclaré n’avoir pas eu le temps de traiter son affaire "eu égard au volume du travail dans les tribunaux".
Ces affaires éclatent alors que plusieurs proches de l’ancien régime ont déjà été acquittés dans des circonstances douteuses et que d’autres tardent à comparaître
devant la justice, notamment les deux derniers ministres de l’Intérieur sous Ben Ali. Des errements judiciaires dénoncés par le Groupe des 25, un collectif d’avocats qui accuse le gouvernement de
protéger les caciques du régime.
Par Ali Fkir, 8/8/2011
Source : Solidarité
Maroc
Le succès incontestable des marches populaires organisées le 6 août 2011 par le mouvement du 20 février démontre une fois de plus que ce mouvement n'est pas simplement légitime ( le peuple a le droit/devoir de se défendre, de lutter pour changer le système pourri. C'est une tautologie), mais aussi une nécessité historique, c'est le produit de la lutte des classes dans notre pays
La résistance populaire déterminée, consciente , organisée, armée de patience et de LONG SOUFFLE, résistance qui évite les querelles intestinales (relatives à des contradictions secondaires conjoncturelles)...c'est la VOIE DU SALUT.
Nous autres moins jeunes (pour ne pas dires vieux) nous sommes fiers des jeunes (filles et garçons) du MVT20FEVRIER, nous saluons hautement les composantes vives qui l'épaulent.
LE CHANGEMENT est INÉLUCTABLE n'en déplaise aux potentats du système, aux arrivistes de tous poils, aux déserteurs et autres bras-cassés qui ne font que dénigrer le MVT20FEVRIER et ses composantes sans donner sur le terrain quelque chose de mieux.
Le MVT20FEVRIER est un mouvement pluriel, le front des classes populaires se "construit" au fur et à mesure que le mouvement prend de l'ampleur, s'enracine, s'aguerrit; les rapports de forces s'établissent, se muent à partir du degrés de l'engagement et de la combativité de chaque classe sociale, de chaque composante politique.
Ceux et celles qui luttent réellement pour le changement se doivent de harceler le régime qui cimente le bloc des classes dominantes, l'attaquer sur tous les fronts : politique, syndical, social, front de la lutte des droits humains, des femmes démocrates, des jeunes, des enchômagéEs...Une guerre d'usure généralisée. Pas de répit, le peuple doit serrer plus l'étau autour du cou de la tyrannie.
L'histoire du peuple marocain est pleine de déceptions suite:
- Aux tergiversations du régime
- Aux promesses non tenues du régime à la veilles des "scrutins", au cours des soulèvements populaires...
- A la traîtrise de certains "leaders" politiques, syndicalistes...
- A la démission de certaines forces politiques jadis opposantes à la tyrannie
- A la makhzanisation éhontée de beaucoup d'intellectuels jadis progressistes
- A la capitulation des classes moyennes paniquées par les mouvements légitimes des travailleurs et des déshérités.
Ces dangers planent toujours sur les luttes actuelles. La vigilance nous interpelle.
- La tentation de cautionner les "élections"makhzeniennes subsiste toujours
- La tentation d'inféoder le mouvement à telle ou telle composante existe certainement
- Le projet de miner de l'intérieur le mouvement existe aussi
- L'impatience petite-bourgeoise de certains militants peut causer des dégâts
- La répression est une constante qu'il faut intégrer dans les programmes des luttes
- La démission de personnes ou de groupes de personnes est un facteur malheureusement inhérent aux luttes des peuples
- La récupération des rebuts politiques par le régime en vue de les "usiner" en cales est une pratique usuelle du régime
- La zizanie semée par les bras-cassés au nom de la pureté idéologique...
DONC PAS D’HÉSITATION, IL FAUT AVANCER.
" LA RÉVOLUTION N'EST PAS UN DÎNER DE GALA".
La lutte déterminée des masses populaires, conscientes et organisées est la VOIE DU SALUT
VIVE LE MVT20FEVRIER
VIVE LE PEUPLE! VIVE LE PEUPLE EN LUTTE!
A l'appel du MVT20FEVRIER, le peuple marocain a marché le samedi 6 août 2011.
Ci-dessous un mini échantillon des marches locales.
Kénitra :
Casablanca
http://www.youtube.com/watch?v=fckyh4YgIlw&feature=share
Mohammedia
http://www.youtube.com/watch?v=jCS0C89aGfk&feature=youtu.be
Rabat
http://www.youtube.com/watch?v=XrVNxQdfjfY&feature=player_embedded
http://www.youtube.com/watch?v=WxYea3J1fvM&feature=player_embedded#at=10
Fès
http://www.youtube.com/watch?v=RB2D8UJNKZI
Tétouan
Source : El Watan
C’est une véritable cure de jouvence que celle que nous a offerte une partie de l’élite juvénile maghrébine et arabe.
Une cinquantaine de
jeunes issus du mouvement associatif du Maghreb et du monde arabe se sont réunis les 29 et 30 juillet derniers en Tunisie pour évoquer le rôle de la jeunesse dans les processus démocratiques en
cours dans la région.
Première rencontre du genre, la «conférence de Bizerte» promet d’être le prélude à un large mouvement à même de fédérer toutes les forces vives du Maghreb et du
Moyen-Orient autour d’un front de résistance démocratique commun.
C’est une véritable cure de jouvence que celle que nous a offerte une partie de l’élite juvénile maghrébine et arabe à l’occasion du premier forum social jeunesse
Maghreb-Machrek. Une rencontre qu’a abritée la ville de Bizerte, en Tunisie, les 29 et 30 juillet derniers, autour du thème «Le rôle des jeunes dans la transition démocratique», et qui a regroupé
une cinquantaine de participants issus principalement du mouvement associatif et des ONG. Six militants associatifs algériens, convient-il de le souligner, ont pris part à cet important
rendez-vous : Abdelouahab Fersaoui (RAJ), Abdelhak Ladjini (RAJ), Imed Boubekri (LADDH), Abla Saâdi (Association algérienne des femmes démocrates, AFAD), Sofiane Baroudi (Comité national pour la
défense des droits des chômeurs) et Menad Taklit (Mouvement des étudiants). Le complexe touristique Sidi Salem de Bizerte s’est transformé à l’occasion en une sorte d’université d’été de la
jeunesse guévariste et altermondialiste arabe. Une grand-messe militante, où la fièvre révolutionnaire a pimenté les tonalités estivales inhérentes à ce genre d’établissement, plutôt habitué à
servir de lieu de villégiature en cette saison du farniente.
Les émules arabes du Che
L’icône d’Ernesto Che Guevara se décline sur tous les t-shirts, et sous mille et un avatars. Les coiffures rasta refont surface. Guitare en bandoulière, les plus
fervents nous égaient d’un medley de chants révolutionnaires que l’on croyait révolus. Cheikh Imam, Marcel Khalifa ou encore les poèmes impertinents de Mahmoud Darwich et autres Fouad Negm sont
repris en chœur à tout bout de champ, sans oublier le désormais incontournable «echaâb yourid isqat ennidham». Remise au goût du jour, l’Internationale est conjuguée à tous les tons et à tous les
dialectes. Tout au long du trajet qui nous a conduit d’Alger à Bizerte via Tunis, Sofiane et Menad nous serviront gaiement, pour leur part, tout le répertoire musical algérien engagé, de Debza à
Amazigh Kateb. Et chaque groupe de sortir les hymnes enfouis dans sa mémoire de résistance, et relayés de génération en génération par des contingents entiers de militants.
Vive impression d’un congrès de la gauche arabe, où anarchistes, syndicalistes et autres «ismes» gauchisants se côtoient allègrement dans une bonne intelligence
pour fomenter quelque plan d’une insurrection future contre le triumvir constitué par l’Autoritarisme, le Patriarcat et le Capital. Mais il faut rendre à César ce qui appartient à César et
préciser que cette rencontre est une initiative du Forum social maghrébin (voir encadré) avec un financement de la Fondation Friedrich Ebert.
Dès vendredi soir, les délégations des pays participants ont commencé à prendre leurs quartiers. Comme on peut le deviner, les Tunisiens étaient présents en force.
La délégation marocaine était également bien fournie avec, à la clé, de nombreux jeunes issus du Mouvement du 20 février. On déplore, en revanche, l’absence de la majorité des représentants
moyen-orientaux. Seuls les délégués du Liban, du Bahreïn, de la Jordanie/Palestine et du sultanat d’Oman ont pu faire le déplacement.
Deux jours durant, les participants ont eu tout le loisir d’échanger leurs expériences en matière de lutte citoyenne. Ils ont décortiqué les situations politiques,
sociales, artistiques, dans leur pays respectifs. Ils ont fait le plein d’énergie en affûtant leurs rêves et en se projetant désormais dans un destin collectif, même si celui-ci reste encore à
définir. Comme le fait remarquer Imed Boubekri de la LADDH, en citant un proverbe chinois : «Rêver seul, ce n’est qu’un rêve, mais rêver ensemble, c’est déjà la réalité.» Même si aucune stratégie
claire ne s’est dégagée à l’issue de ces deux jours, il n’empêche que cette conférence de Bizerte a eu le mérite de dessiner les contours d’un front commun de résistance démocratique, un début de
plateforme autour d’un noyau dur régional et d’un réseau jeunesse Maghreb-Machrek sans frontières, solidement arrimé à la modernité et ayant résolument foi dans l’avenir.
Une transversalité exceptionnelle pour de nouveaux protocoles de résistance tenant compte du potentiel jeunes dans les sociétés de la région, un potentiel qui a
largement fait ses preuves, au demeurant, au plus fort des révolutions tunisienne et égyptienne, sans parler de toutes les autres contestations en marche, de Casa à Damas en passant par Alger,
Benghazi, Sanaa et Manama, etc. L’occasion d’une grosse émulation donc que ce forum de Bizerte où pour la première fois – on ne se lassera pas de le répéter – un tel rassemblement de jeunes se
tient, et sous la bannière de la Tunisie libre. Tout un symbole !
Quel modèle de transition démocratique ?
La matinée de la première journée a vu la programmation de deux conférences liminaires qui se sont tenues dans une magnifique bâtisse ancienne dénommée «Dar Sidi
Djelloul». La première conférence, donnée par Moufida El Missaoui, a pour titre : «Quelques expériences de transition démocratique». La deuxième sera animée par l’emblématique avocat et
vice-président de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme, Anouar El Kousri, sous le titre : «Les mécanismes de la transition démocratique». Deux communications plutôt
théoriques donc qui vont se proposer de donner un aperçu de quelques expériences démocratiques marquantes de par le monde. « Nous sommes mis en demeure de fonder un projet démocratique en
s’inspirant des modèles existants, tout en gardant à l’esprit que chaque expérience démocratique a ses spécificités», souligne Moufida Missaoui, avant d’ajouter : «La Tunisie a tout pour être un
modèle pour d’autres pays en termes de transition démocratique, aussi nous nous devons d’être très vigilants durant cette étape.»
Et de passer en revue les expériences démocratiques en Grèce, en Espagne post-franquiste et au Portugal. Anouar El Kousri, lui, a focalisé son intervention
exclusivement sur l’expérience tunisienne, actualité oblige. Le conférencier s’est longuement appesanti sur les nouvelles institutions mises en place après le 14 janvier pour gérer la transition
démocratique au pays d’El Bouazizi, en attendant la Constituante du 23 octobre. Il se félicite de ce que pour la première fois en Tunisie des élections vont être organisées sans le ministère de
l’Intérieur ni le gouvernement, avec seulement la Haute instance indépendante pour les élections comme maître de cérémonie. Il note que l’une des difficultés à venir va être le financement des
partis, particulièrement durant l’animation de la campagne électorale. Et d’accabler la justice en martelant : «La justice est restée en l’état. J’ai eu à plaider devant des magistrats qui, sans
exception aucune, n’ont jamais fait preuve d’indépendance de leur vie. Ces mêmes juges qui étaient instrumentalisés par Ben Ali viennent aujourd’hui statuer dans des affaires de corruption et
viennent juger les proches de Ben Ali. C’est aberrant !»
Le pouvoir aux jeunes
Les premiers débats s’avèrent passionnés. Yosra Frawes, du Forum des jeunes pour la citoyenneté et la créativité (Tunisie), insiste sur le rôle de l’approche
«micro-politique» dans l’instauration du changement en plaidant pour une transformation par le bas de l’ordre social à travers, notamment, des politiques économiques et sociales appropriées (lire
interview). Prenant le micro, Abdelouahab Fersaoui, le tout jeune président de RAJ, a aussitôt invité l’assistance à observer une minute de silence à la mémoire des «martyrs de la démocratie» en
Tunisie et dans le monde arabe. Dans la foulée, il exhorte les Tunisiens à prévoir une loi qui garantirait les droits des familles des martyrs de la révolution, en évoquant au passage
l’expérience des victimes d’Octobre 88 en Algérie dont les droits ont été bafoués.
La séance plénière dans l’après-midi a vu défiler à la tribune les représentants de tous les pays qui ont pris part à cette rencontre. Ils ont eu ainsi à raconter
chacun l’expérience des luttes démocratiques dans son pays et les entraves rencontrées par les jeunes face aux régimes en place. Nous consacrerons un round-up complet à cette question dans nos
prochaines éditions. Il convient de retenir en tout cas qu’il a beaucoup été question du rôle des jeunes dans les processus de changement en cours. «Les jeunes qui ont conduit cette révolution ne
peuvent pas être écartés de la transition démocratique», résume un intervenant. Sofiane Baroudi se plaît, du haut de ses 22 ans, à mettre un bémol à cette euphorie du «jeunisme» et à démystifier
le «pouvoir des jeunes» : «D’abord, il faut dire que la jeunesse est une valeur consumériste. Un concept marketing. C’est avant tout un concept de consommation. C’est quoi un jeune ? C’est une
façon de s’habiller, de se coiffer, de parler. C’est une force de consommation, mais ce n’est pas encore un possédant», analyse-t-il, avant de s’interroger : «Peut-on ériger un projet
révolutionnaire sur une frange qui est elle-même multiclasse ? Il faut convenir qu’il y a autant de jeunes obscurantistes que de jeunes progressistes. On ne peut donc pas construire un projet
démocratique en se basant uniquement sur les jeunes.»
La deuxième journée de ce forum a été entièrement consacrée au travail en ateliers. Cinq workshops ont été mis en place à cet effet : «Les jeunes et la justice
transitionnelle», «Les jeunes et la résistance civile», «Les jeunes et les droits sociaux et économiques», «Les jeunes et l’action politique» et enfin «Les jeunes et la création». Les
participants se sont ensuite donné rendez-vous en plénière pour écouter les rapporteurs de chaque atelier. Un débat enthousiaste s’en est suivi. A la clôture des travaux, Abdelouahab Fersaoui a
proposé la rédaction d’un communiqué commun pour réagir solennellement aux derniers événements qui embrasent la région, notamment en Libye et en Syrie. Une proposition qui restera sans écho.
«Même s’il est vrai que le forum n’est qu’un espace de débat et qu’il n’est pas habilité à prendre des décisions, les organisations participantes auraient pu se concerter autour d’un communiqué.
C’est la moindre des choses pour une rencontre de cette dimension», regrette Abdelouahab. Mais, malgré cette défaillance, tout le monde s’est accordé à dire que, pour une première conférence de
ce type, ce fut incontestablement un bon début en attendant un espace organique plus large, avec des stratégies d’action entre sociétés civiles de la région autrement plus percutantes.
Qu’est-ce que le Forum social maghrébin ?
Le Forum social maghrébin est un espace d’échanges et de débats regroupant les altermondialistes de la zone Maghreb. Il s’inscrit sous l’égide du Forum social
mondial (FSM) qui a vu le jour à Porto Alegre, au Brésil, en 2001. Sous le slogan : «Un autre monde est possible», le FSM se présente comme une réponse au Forum économique mondial de Davos
(Suisse) et se veut une offensive sociale organisée contre la mondialisation néo-libérale. Il soutient tous les projets alternatifs qui font de la résistance à l’ordre capitaliste dominant. En
2005, le FSM s’est doté d’un manifeste dit «Le Manifeste de Porto Alegre» avec, à la clé, «12 propositions pour un autre monde possible».
Parmi ces propositions, la suppression de la dette publique, le démantèlement des paradis fiscaux, la défense de l’environnement, la promotion d’un commerce
équitable, le démantèlement des bases militaires et le droit à la souveraineté alimentaire. Depuis le forum de Porto Alegre, plusieurs forums régionaux ont vu le jour un peu partout dans le
monde. Et c’est ainsi qu’en 2008, le Forum social maghrébin a été crée à El Jadida, au Maroc. Une réflexion était engagée depuis pour la création d’un «Forum social arabe».
Mais comme le mot «arabe» posait problème au vu de la diversité ethnique et confessionnelle qui caractérise cette région, les promoteurs de cette idée lui ont
préféré la dénomination «Forum social Maghreb-Machrek». Celui-ci devrait être lancé officiellement en mars 2012 à Tunis. Ce forum social jeunesse Maghreb-Machrek qui vient de se tenir à Bizerte
se veut ainsi une rencontre préparatoire en prévision de cette nouvelle structure. A noter que la rencontre de Bizerte, tout en étant une initiative du Forum social maghrébin, a été organisée par
deux associations tunisiennes, en l’occurrence le Forum des jeunes pour la citoyenneté et la créativité et l’Organisation tunisienne pour la citoyenneté.
Commentaires