Louisette Ighilahriz avait vingt ans quand, membre d'une unité combattante de l'ALN, dans la zone 2 de la Wilaya IV (Algérois), le 28 septembre 1957, lors d'une
attaque par un groupe du 3e REP (régiment étranger de parachutistes) dans la région de Chebli dans la Mitidja, elle est grièvement blessée, criblée de balles sur le côté droit et tombe aux mains
des paras français. Interviewée par l'Humanité en juin 2000, elle déclare:
« Nous étions neuf combattants, cachés dans une casemate. L'accrochage avec les paras a commencé à 5 heures du matin et s'est terminé plus d'une heure après. Sept des nôtres sont morts : ils ont
pour la plupart été achevés, je les ai vus mourir. Ils avaient entre vingt et vingt-cinq ans. Un est trépané à vie et moi, aujourd'hui, je suis la seule survivante du groupe. [...] Ils m'ont
d'abord soignée sommairement pour me faire parler. [...] J'ai été torturée au Paradou, à Hydra, sur les hauteurs d'Alger, qui était le siège de la 10e DP (division parachutiste), commandée par le
général Massu.
[...] Bigeard était à deux pas de moi. Et le gros zèbre qui me torturait en personne sous les yeux de son chef, c'était le capitaine Graziani. Il a été tué en Kabylie en 1958. [...] Bigeard ne
sortait de sa bouche que des propos orduriers que je n'oserais pas, par décence, vous rapporter. Vous pensez bien, une femme combattante ! Je vous passe les sévices que j'ai subis. Ils sont tout
simplement innommables. C'était très dur, quoi ! Ils se sont acharnés contre moi. Je faisais tout sur moi, je puais. C'était de la putréfaction... [...] Que Bigeard démente ou reconnaisse ce
qu'il a fait, je resterai toujours, à travers des milliers de cas d'Algériennes et d'Algériens, sa mauvaise conscience. [...] La torture était pratiquée à l'état industriel. Il en a tellement
torturé qu'il ne se souvient sans doute plus de nous. J'ai été traumatisée à vie. Je ne suis qu'un cas parmi des milliers d'autres. Du 28 septembre au 26 décembre 1957, je suis restée à la 10e
DP. Ils me torturaient presque tous les jours. »
Le 15 décembre 1957, le commandant Richaud l'a visitée dans sa cellule et l'a faite soigner à l'hôpital Maillot de Bab el Oued.
« J'ai entendu les infirmières répondre à des militaires "ordre du commandant Richaud", pour qu'on ne m'ampute pas de la jambe droite qui était dans un état de gravité avancée. J'ai subi
plusieurs opérations. On m'a enlevé les balles, plâtré la jambe qui était fracturée en plusieurs endroits. Puis on m'a ramenée à la 10e DP, toujours sur ordre du commandant Richaud. [...] A Noël,
le commandant Richaud est venu constater si ses ordres avaient été exécutés. Vous savez, je me demandais quel ange était passé par là ! Je n'arrêtais pas de me répéter : " C'est pas vrai, c'est
pas possible, après ce que j'ai subi !" »
Le commandant Richaud l'a fait transférer à la prison civile de Barberousse, à Alger. Elle a été condamnée à cinq ans de prison par le juge militaire, emmenée à la prison d'El Harrach, puis
internée en France. Elle s'est évadée le 16 février 1962.
Dans son livre, Marcel Bigeard affirme « n'avoir jamais vu Louisette Ighilahriz », il dénonce
l'article « assassin et menteur » de Florence Beaugé. Il écrit (p. 32) « cette femme a été transférée au PC de la 10ème DP de Massu, grièvement blessée le 28 septembre 1957. Or le 3 septembre,
j'avais quitté Alger pour repartir, à la tête de mon régiment, me battre contre de vrais combat tants dans les djebels. » Quels djebels mon général? Et pour combien de temps? Pourquoi ne
précisez-vous pas? A l'affirmation que Massu, Graziani et lui-même sont venus la voir, tout ce qu'il trouve à dire c'est pourquoi pas Salan ou le président Coty. Maladroitement Bigeard démontre
plus loin qu'il sait recourir quand il le faut au mensonge « alors nous racontons aux médias qu'il [Zerrouk,106] s'est enfui. Le ridicule ne tue pas [...] » Ces dénégations sont peu
convaincantes.
Sources :
Le Monde, 22 juin 2000; Lila réclame le jugement de ses tortionnaires, L'Humanité, 29 Juin 2000; Marcel Bigeard, J'ai mal à la France, éditions du Polygone, 2001.
publié par : Calendrier des crimes de la France outre-mer
En ces jours de commémoration du 18 juin 1940, il est un autre 18 juin dont on entend jamais parlé, le 18 juin 1845.
A rajouter à la longue liste des crimes coloniaux.
Ce jour-là le colonel Pélisier asphyxie plus de 1 000 personnes, hommes, femmes et enfants, des Ouled Riah, qui s'étaient réfugiées dans la grotte de
Ghar-el-Frechih dans le Dahra (triangle Ténès, Cherchell, Miliana). Quelques jours après il déclare "La peau d'un seul de mes tambours avait plus de prix que la vie de tous ces
misérables."
Bugeaud son supérieur, l'avait dit " Enfumez les à outrance comme des renards."
Le 12 août 1845, Saint-Arnaud à son tour, près de Ténès, transforme d'autres grottes « en un vaste cimetière » , « cinq cents brigands » y furent enterrés.
Pour en savoir plus, notamment se reporter à l'ouvrage de Gilles Manceron "Marianne et les colonies" p.165 Editions La Découverte.
A voir aussi le documentaire "Les protocoles des massacres" du réalisateur algérien Ali Fateh Ayadi.
27 rue d’Anvers
13004 Marseille
Tel. : 04 91 08 49 39
Mobile. : 06 78 72 23 19
www.djigui.org
- Projection du film “Camp de Thiaroye “ de Sembène Ousmane (18h30)
- Conférence sur le thème “ Cinquantenaire des indépendances et renaissance du panafricanisme “
Conférenciers ; Djibril GNINGUE directeur de la revue “Diaspora Africaine” et président de l’association Internationale Cheick Anta Diop, et comme modérateur Monsieur DIKOTO( Télésud-Devoir de
mémoire) .
"Ce Lionnel Luca, spécialiste des coups fumeux, a dénoncé le contenu du long métrage Hors-la-loi présenté prochainement au Festival de Cannes, sans l’avoir vu, mais d’après des indiscrétions du genre investigations policières sur le scénario. On pensait la censure coloniale supprimée, mais non. Il juge que le film est une « falsification » de l’histoire dans son évocation du massacre de Sétif. S’il a apprécié le précédent Indigènes parce qu’il était « dans un esprit positif de réhabilitation, celui-ci est dans un esprit négatif et négationniste ». Le bon indigène, chair à canon, passe encore, mais rien ne va plus pour le nationaliste exigeant la dignité. On passera les détails de son argumentation qui nous ferait remonter aux années de guerre, mais tout à sa volonté de conserver la vindicte coloniale, alors que 50 ans bientôt seront passés depuis l’Indépendance, le député voudrait écrire l’histoire comme il l’entend, refusant que Bouchareb considère les « porteurs de valises » comme des « héros ». A rebours de l’histoire, l’élu de la République les place du côté des « traîtres ». ..... "
Voir également à ce sujet l'articlede Mediapart : «Hors la loi»: au pays de
l'histoire officielle
et celui du Figaro : Polémique autour du prochain film de Rachid Bouchareb
l’Espace Franco-Algérien et ses amis commémorent pour la seconde fois les massacres du 8 mai 1945 en Algérie.
Grand Rassemblement sur le Vieux Port de Marseille (Quai d'Honneur)
Samedi 8 Mai 2010 à 10h30
Pourquoi l’Espace Franco-Algérien et ses amis commémorent les massacres du 8 mai 1945 en Algérie.
Il est des commémorations qui sont inscrites comme une évidence dans les calendriers et les agendas ; il en est d’autres qui ne sont même pas connues des citoyens.
La date du 8 mai 1945 en est un parfait exemple. Elle est l’une de ces dates commémoratives qui a la mémoire sélective pour se souvenir uniquement de la libération de la France
occupé par l’Allemagne nazie mais qui occulte délibérément les violentes répressions conduites par l’armée française contre les Algériens de Sétif, Guelma et kherrata qui
revendiquaient alors leur volonté d’indépendance.
Ou alors il fallait voir par là les bienfaits du colonialisme dans ces massacres qui ont longtemps été cachés au peuple de France.
En effet, le 8 mai 45, dans la liesse de la victoire des Alliés contre les forces de l’Axe, les Algériens décident de manifester pacifiquement pour revendiquer leur désir d’indépendance. Dans la
foule, un jeune Algérien refuse de baisser le drapeau rouge, vert, blanc qu’il brandit pacifiquement. Un policier l’abat aussitôt. La manifestation dégénèrera en émeutes et se propagera dans
toute la région de Sétif, Guelma et Kherrata. L’armée française exercera alors une cruelle répression et de nombreuses exactions qui feront des milliers de victimes et cela durant plusieurs
semaines.
Aujourd’hui, il est temps que la France reconnaisse sa propre histoire. Car la cohésion nationale et la construction d’un avenir solidaire et respectueux des uns et des autres passent notamment
par le partage et la reconnaissance de cette mémoire collective. L’Espace Franco-Algérien PACA poursuit ainsi son principal objectif, qui n’est autre que d’établir des liens de fraternité et de
prospérité entre nos deux pays, la France et l’Algérie.
L’histoire de France et l’histoire coloniale ne sont pas à occulter. Qu’elles soient belles ou pas, elles doivent être relatées. L’Espace Franco-Algérien PACA entend donc rattraper le retard en
commémorant pour la deuxième fois consécutive cet « autre 8 mai 45 ». Car il est quand même dommage que la majorité des citoyens marseillais, provençaux et azuréens ne connaissent pas l’existence
de cette page de l’histoire de France.
Un collectif d’associations et de syndicats (La Ligue des Droits de l’Homme, Quartiers Nord-Quartiers Forts, CCAMMPE …) s’associe à cette démarche dans un devoir de mémoire pour que toutes
les mémoires soient traitées de façon équitable et pour qu’on puisse enfin tourner la page sur un avenir apaisé et réconcilié.
La commémoration de cet « autre 8 mai 45 » sera ainsi l’occasion de rendre hommage aux victimes autour d’un rassemblement symbolique sur le vieux Port de Marseille à 10h30. La journée se
poursuivra autour de la projection du documentaire de Mariem Hamidat « Mémoires du 8 mai 1945 ». Elle se terminera sur un débat avec le sociologue Vincent Geisser et animé par Rachida Brahim,
journaliste à www.med-in-marseille.info. Le photographe Abed Abidat présentera quant à lui, son ouvrage photographique aux marseillais. Un
ouvrage qui sortira symboliquement ce 8 mai 2010.
Hakim ALLIK
Président de l’Espace Franco-Algérien PACA Méditerranée
Nous vous attendons nombreux !
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