Amérique latine

clip image004 Mercredi 10 Mars 2010 à 19 h

Cité du Livre – Amphithéâtre de la Verrière

8-10, rue des Allumettes

13100 Aix en Provence


"Où va l'Amérique latine?
Crise du néolibéralisme et résistances collectives dans le continent de Bolivar"


Conférence de


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Franck GAUDICHAUD

Maître de Conférences à l’Université Grenoble 3
Membre du bureau national de France Amérique Latine

et

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Maurice LEMOINE

Journaliste
Rédacteur en chef du Monde Diplomatique 

                                                                                       

Mercredi 10 Mars 2010 à 19 h

Cité du Livre – Amphithéâtre de la Verrière

8-10, rue des Allumettes

13100 Aix en Provence

Entrée Gratuite

Contact : 06 37 26 91 62

Un moment musical à la fin de la conférence  avec Pascal AMERICANTA



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En pièce jointe le bulletin n° 4  "Amériques latines en luttes" édité par le groupe "Amérique latine" du NPA


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MST: «Nous continuerons à organiser le peuple pour la lutte»

Entretien avec Joba Alves *

En 2009, le MST (Mouvement des sans-terre) a organisé d’importantes journées de lutte et de mobilisation. Elle devait replacer la Réforme Agraire au centre des préoccupations du gouvernement Lula et de la société. Pour le MST, la démocratisation de l’accès à la terre constitue encore une des possibilités de sortie de crise. Or, le MST s’est affronté à diverses offensives et tentatives de criminalisation de la part de ses ennemis. La politique du gouvernement Lula a abouti à la création d’une Commission Parlementaire Mixte d’Enquête (CPMI) qui est, en fait, dirigée contre la Réforme Agraire. Dans cet entretien, réalisé le 23 décembre 2009, Joba Alves dresse un bilan politique des luttes du MST en 2009 et présente les défis à relever pour l’année 2010. (Réd.)

Quels furent les principaux foyers de lutte du mouvement cette année ? Et pourquoi ?

Nous avons prioritairement centré notre action sur la volonté d’imposer le thème de la Réforme Agraire au gouvernement et à la société brésilienne, question qui était jusque-là peu présente dans l’agenda politique et qui avait été pratiquement abandonnée par le gouvernement en tant que politique publique.

Le gouvernement a opéré un choix en faveur l’agronégoce (agrobusiness) comme modèle de développement de la campagne brésilienne et ne retient la réalisation de la Réforme Agraire que comme mesure compensatoire permettant d’apporter une solution à des conflits sociaux isolés.

Nous avons mené des luttes pour l’installation des plus de 90’000 familles vivant dans des campements. Mais au-delà de cela, nous exigeons le rétablissement de la ligne budgétaire prévue pour la Réforme Agraire. Elle a subi des coupes par le gouvernement qui a prétendu que c’était la crise économique qui l’obligeait à prendre ces mesures.

Fait également partie de notre lutte l’exigence d’une actualisation des indices de productivité qui ne sont plus mis à jour depuis plus de 30 ans (l’ordonnance en vigueur utilise encore des données du recensement concernant l’agriculture et l’élevage de 1975 pour mesurer la productivité moyenne des fazendas dans chacune des 450 micro régions du pays). Cela a d’ailleurs constitué un des points d’achoppement dans la lutte contre le latifundium.

Fait également partie de nos revendications une meilleure politique de développement pour les campements (dans lesquels des familles sont regroupées dans l’attente de l’attribution de terres). Sur ce point, nos luttes ont joué un rôle fondamental, tant du point de vue de la démonstration de force qui a été faite sur le campement [de la capitale Brasilia] au mois d’août dernier que par la jonction que l’on a pu ainsi établir avec la société, un élément qui joue un rôle essentiel dans les conquêtes qui peuvent être les nôtres.

Nous avons poursuivi notre confrontation avec les entreprises transnationales de l’agriculture qui continuent d’étendre leur processus de domination et de contrôle de la production, du territoire et des ressources naturelles qu’elles veulent établir à travers l’agronégoce.

Du côté de la lutte politique, nous avons apporté notre contribution sur des thèmes tels que la crise financière, en menant amplement le débat avec des forces de la classe ouvrière afin de parvenir à une compréhension commune de la crise et de ses effets. Et nous nous sommes également mis d’accord sur un agenda commun de luttes avec différents secteurs populaires du pays, visant ainsi à une unité entre les divers mouvements sociaux.

Nous défendons également l’idée d’un contrôle populaire et national sur les ressources naturelles (et la fonction stratégique que celles-ci remplissent pour la conquête de notre souveraineté), ce que nous avons exprimé à l’occasion de la campagne de défense du pétrole [suite aux importantes découvertes], où nous avons contribué à donner un caractère national à cette question.

Nous avons également mené une activité importante en défense de l’environnement et nous avons établi des liens avec divers secteurs contre des modifications dévastatrices du Code Forestier [une législation environnementale datant de 1965 qui a des objectifs très ambitieux mais… qui n’ont jamais été véritablement respectés] proposées par le secteur de l’agronégoce. Nous avons la certitude que la destruction de la législation sur l’environnement causera encore une plus grande dégradation de la nature pour ne servir qu’à l’expansion de l’agronégoce.

Quel est le bilan du processus de Réforme Agraire au cours de cette année ? Y a-t-il eu la moindre avancée ?

Nous avons obtenu des victoires politiques symboliques, mais il y a eu peu d’avancée dans le domaine économique. Du point de vue des désappropriations, il n’y a rien à fêter. Il n’y a pas eu un nombre significatif d’installations de familles [vivant encore dans des campements]. Au contraire, ce fut l’année la plus mauvaise en ce qui concerne la quantité d’installations effectuées. On peut même dire qu’il n’y a pratiquement rien eu.

Nos conquêtes se sont faites sur le champ politique, comme l’obtention de la promesse de la part du gouvernement d’actualiser les indices de productivité – une revendication historique des mouvements de lutte pour la Réforme Agraire dans le pays, [car ces indices déterminent la possibilité de désappropriation des terres – contre paiement – des grands propriétaires].

Quant à la désappropriation de la fazenda Nova Alegria, à Felisburgo [dans l’Etat de Minas Gerais] [1], en plus de représenter une victoire symbolique et historique, elle constitue un nouveau précédent important en ce qui concerne les désappropriations de terres dans le pays. On a en effet utilisé le critère de la fonction sociale environnementale, ce qui jusque-là était chose inédite dans le pays et peut à l’avenir rendre possibles de nouvelles désappropriations.

Une autre victoire sur le champ politique fut la conquête des terres de Syngenta [la transnationale helvétique, leader mondial, avec Monsanto, de la production de semences OGM, d’herbicides, de fongicides, etc.; elle a son siège à Bâle] dans l’Etat du Paraná, qui a imposé une défaite aux transnationales [2]. Cette victoire porte le nom de notre camarade Keno [3] et marque l’histoire de la résistance.

Sont symboliques également les condamnations subies par l’Etat brésilien au sein de l’Organisation des Etats Américains (OEA), qui inflige une défaite morale non seulement aux latifundistes (qui, parce qu’ils sont liés à la partie la plus puissante de l’appareil judiciaire brésilien, resteront impunis), mais également à l’ensemble des institutions brésiliennes qui ont criminalisé les mouvements sociaux et agissent avec partialité.

Cela signifie une reconnaissance internationale des persécutions infligées aux luttes populaires par certains secteurs de l’Etat brésilien. Dans ce même sens, la mise sur pied du campement national à Brasilia (réalisé durant le mois d’août 2009 dans la capitale par plus de deux mille militants) a représenté une grande démonstration de force politique et d’unité et a montré le fort soutien populaire dont jouit le MST sur la question de la réforme agraire.

Et quelles conquêtes peut-on mettre en avant ?

Notre victoire principale a été de parvenir à replacer la Réforme Agraire au centre des préoccupations du gouvernement et de la société – en dépit d’un rapport de force très défavorable – et de parvenir, en même temps, à imposer des défaites – même si ce n’est que sur le terrain politique et symbolique – aux secteurs les plus réactionnaires du pays.

Nous avons aussi été capables de donner des réponses face aux attaques portées par le latifundium, allié aux secteurs du Pouvoir Judiciaire, des médias et de la Police Militaire dans les Etats du Rio Grande do Sul, de São Paulo, de Pernambuco et du Pará. Là, notre base a non seulement participé activement aux luttes de masse, mais elle a su aussi mobiliser de larges secteurs de la société qui se sont positionnés en défense du MST et de la Réforme Agraire.

Le Campement National de Brasilia a fait la démonstration de la force politique du MST en parvenant à imposer la question de la Réforme Agraire à la société et au gouvernement et à imposer également le respectà nos ennemis et au gouvernement fédéral.

Il faut aussi que nous valorisions les diverses initiatives et actions de solidarité prises en défense du MST par d’innombrables secteurs de la société face aux processus de criminalisation imposés par nos ennemis.

Il faut que nous sachions interpréter et valoriser la conquête de Felisburgo et la victoire contre la compagnie Syngenta dans l’Etat du Paraná, en mesurant l’importance que celles-ci revêtent dans la lutte pour la Réforme Agraire.

Comment évaluez-vous la position politique et les actions du gouvernement fédéral et de l’Incra [Institut National de la Colonisation et de la Réforme Agraire] en 2009 ?

Le gouvernement fédéral a pris une option claire en faveur de l’agronégoce comme étant le modèle devant être appliqué dans les zones rurales brésiliennes et il a agi avec mépris à l’égard de la Réforme Agraire qu’il est en train de ne traiter que comme une sorte de politique compensatoire qui n’est appliquée qu’en situation de conflit social et non comme une politique d’Etat visant à combattre le latifundium et la concentration de la terre.

Le gouvernement fédéral poursuit la même politique que son prédécesseur [Fernando Henrique Cardoso, président de 1995 à 2002], en incorporant les projets de colonisation en Amazonie aux données sur le nombre de familles installées et en incluant dans les données la régularisation des terres de petits agriculteurs et la réinstallation de familles sur des lotissements débarrassés d’anciens campements. Ce sont des actions importantes, mais qui ne s’attaquent en rien à la structure de la concentration foncière.

Le gouvernement mise également sur des politiques qui favorisent la concentration de la terre, comme la politique proposée par le gouvernement pour la production d’éthanol et de biodiesel, qui doit selon eux suivre le modèle de l’agronégoce. Ce sont des options qui font de notre pays celui où la concentration de la terre est la plus élevée, comme l’a attesté le dernier recensement agraire [terre, culture et élevage].

Une grande partie du groupe parlementaire des ruralistes [le lobby des gros propriétaires terriens] constitue la base sur laquelle s’appuie le gouvernement fédéral de Lula pour gagner lors de votations importantes devant le Congrès et à la veille d’une période électorale.

Nous avons assisté, au cours de l’année, à des épisodes comme l’assassinat d’Elton Brum [4] dans l’Etat de Santa Catarina, la fermeture des écoles itinérantes [5], des tentatives de criminalisation dans les Etats du Pará et de Pernambuco. De quelle manière le pouvoir judiciaire est-il impliqué en 2009 dans ce processus de recrudescence de la criminalisation du MST ?

En vérité, une grande partie du Pouvoir Judiciaire brésilien a depuis toujours été compromis avec le latifundium. Il a toujours été très agile pour réprimer les actions des mouvements sociaux, spécialement la lutte pour la terre, alors qu’il a toujours traîné les pieds et s’est montré partial dans ses décisions concernant les crimes commis par le latifundium.

Il n’y a qu’à porter le regard vers les assassinats commis contre des travailleurs ruraux par des fazendeiros, pratiquement aucun n’a été jugé. En plus de cela, plus de 15’000 familles sont actuellement empêchées de s’installer, simplement en raison d’action de juges qui ont suspendu les procédures d’installation.

Il y a un élément nouveau qui est celui des déclarations politiques faites publiquement par tel ou tel membre du Pouvoir Judiciaire en défense explicite de l’agronégoce et contre les mouvements sociaux, particulièrement le MST. La meilleure illustration de cette nouveauté est le président du STF [le Tribunal Fédéral Suprême], Gilmar Mendes. Ses initiatives incitent d’autres juges à adopter le même comportement, de même que cela légitime la violence contre les mouvements sociaux.

Il existe une articulation étroite entre le latifundium, le pouvoir judiciaire et les médias: l’un commande, l’autre exécute et un autre encore distribue l’information en donnant sa version des faits et en créant des scandales. Les attitudes du président du STF, Gilmar Mendes, représentent l’exemple même de cette relation de promiscuité, de compromission avec le projet des élites brésiliennes, qui considèrent l’agronégoce comme le modèle à suivre et à défendre dans les zones rurales

Ce n’est pas par hasard que Gilmar Mendes s’est prononcé politiquement contre les actions des mouvements sociaux et en particulier le MST. Malgré les différents crimes commis par l’agronégoce, les assassinats, les conditions de travail proches de l’esclavage, le blanchiment d’argent et bien d’autres choses encore, il n’existe aucune prise de position de la part du ministre contre tout cela. Au contraire, celui-ci s’est positionné en défense de ces criminels, comme cela s’est produit avec les deux Habeas Corpus qu’il a concédés au banquier Daniel Dantas [6].

Toujours dans ce contexte de criminalisation, que signale la création d’une Commission Parlementaire Mixte d’Enquête ?

Cette commission représente le conflit existant entre deux modèles pour les zones rurales: celui de l’agronégoce contre celui de la petite agriculture, modèle défendu par les mouvements sociaux, qui, pour le latifundium, représentent un obstacle à la consolidation totale de l’agronégoce.

En effet, en plus de mener une lutte directe pour la défense de la Réforme Agraire et la défense du territoire, les mouvements sociaux agissent également dans la dénonciation des crimes commis par l’agronégoce et ses sbires, ce qui fait à ces milieux une très mauvaise publicité auprès de la société et de la communauté internationale.

Les mouvements sociaux actifs dans les zones rurales représentent donc l’ultime obstacle que l’agronégoce doit écarter de son chemin. Car ces gens détiennent la majorité au Parlement, le contrôle des grandes entreprises, le soutien de pratiquement tout le Pouvoir Judiciaire et l’appui du gouvernement fédéral.

En plus de cela, ils ont mis en place tous les moyens possibles pour essayer d’imposer une défaite morale à leurs ennemis. Ils ont appris qu’il n’est plus possible d’avoir comme seule forme de confrontation avec les mouvements sociaux la répression physique, les assassinats et la prison. Ils ont perçu que la société n’accepte plus cette pratique qui continue pourtant d’exister. Ils agissent donc maintenant dans le sens de démoraliser les mouvements sociaux, en essayant d’imposer une image de vandales, de corrompus et de criminels à tous ceux qui mènent une lutte sociale.

Ils veulent retirer tout le caractère social des revendications, en même temps qu’ils ont besoin d’améliorer leur image face à la société. Ils criminalisent donc la Réforme Agraire pour se «décriminaliser» eux-mêmes, en utilisant la presse et la prise de position publique de personnes d’autorité connues. Ce ne sont certainement pas les actions réalisées sur les terres brûlées par l’entreprise Cutrale [7], ni le spectacle médiatique fait autour de celle-ci, ni encore les affrontements sur les terres de Dantas dans l’Etat du Pará, qui ont fait que la Commission d’Enquête soit mise sur pied !

Ils ont besoin de battre la Réforme Agraire et cette Commission fait partie de ce processus de criminalisation qui maintenant coordonne les différentes formes de criminalisation qui sont menées par l’Etat et ses divers instruments, dans un affrontement organisé au niveau national avec toute la mise en spectacle par les médias que cela suppose.

Cette Commission n’a pas de légitimité. Ni par son contenu ni même par les gens qui la proposent, eux dont l’historique des crimes va des conditions de travail proches de l’esclavage à la corruption et l’implication politique avec des entreprises de l’agronégoce. La société brésilienne a largement condamné cette CPI et les manifestations d’appui reçues par le MST, provenant des secteurs les plus divers de la société, ont été nombreuses. Que ce soit par l’organisation d’actions de soutien à travers tout le pays ou par la reconnaissance manifestée par des institutions faisant partie de l’Etat lui-même, le MST a été largement félicité pour son engagement en faveur de la Réforme Agraire.

Quelles sont les perspectives et les principaux défis devant être relevés en 2010 par le MST et par la classe ouvrière en général ?

Nous aurons une année bien courte pour remplir toutes nos tâches et affronter les énormes défis politiques et les difficultés organisationnelles internes. C’est une année d’élections nationales et de Coupe du Monde de football [fait culturel d’importance au Brésil] deux événements qui concernent toute la société brésilienne.

Il faut que nous avancions dans le débat sur les contradictions de l’agronégoce, qui, dans des temps de changements climatiques, est celui qui répand du poison sur les tables brésiliennes et a causé d’innombrables violences contre les populations de la campagne, des sans-terre comme des indigènes, des quilombolas [communautés noires issues, à l’origine, d’esclaves ayant échappé à leur propriétaire] comme des ribeirinhos [désignation générique des peuples brésiliens vivant au bord des fleuves amazoniens], etc.

Il faut que nous luttions avec la société contre la proposition de modification du Code Forestier faite par le latifundium. Cette modification donne non seulement plus d’espace à l’agronégoce, mais signifie également une dégradation de l’environnement.

Il faut que nous discutions avec la société sur le fait que la Réforme Agraire n’a jamais été aussi nécessaire à notre pays que maintenant, que l’on considère la question sous l’angle de la justice sociale ou de l’aggravation des problèmes dans les grands centres urbains. C’est un thème incontournable pour la survie même de l’humanité sur notre planète, qui doit affronter la question du réchauffement global et des changements climatiques. Il faut montrer à la société comment le modèle de l’agronégoce, contrôlé par les entreprises transnationales, met en danger la souveraineté alimentaire du pays. Pour le moment, celui-ci ne produit que des produits alimentaires pollués, puisque que le Brésil s’est transformé en plus grand consommateur mondial de produits chimiques et autres poisons agricoles et qu’il porte ainsi la responsabilité des altérations climatiques et du déséquilibre de l’environnement qui affectent toute la population, mais plus gravement encore les personnes qui vivent entassées dans les grands centres.

Nous, Brésiliens, nous avons de grandes responsabilités sur la scène mondiale et plus encore les mouvements sociaux de la campagne, qui représentent une partie de la solution à apporter aux problèmes des changements climatiques. Si d’un côté l’agronégoce est le grand responsable du réchauffement global, la Réforme Agraire, elle, est une réponse écologique au réchauffement climatique car cette réforme implique un type d’agriculture capable d’absorber, en partie, l’excédent de gaz à effet de serre avec, en plus, une production d’aliments respectueuse de l’environnement.

Pour sauver la planète, il est nécessaire d’empêcher l’avancée de l’agronégoce et des grands projets affectant les zones rurales. Pour cela, il sera nécessaire de saisir quels sont les grands problèmes de la société afin de coordonner nos différentes contributions. Ainsi, nous visons à une large alliance avec les secteurs urbains, dans la perspective de pousser la société à s’engager plus concrètement dans la Réforme Agraire. Si cela ne se produit pas, la Réforme Agraire restera isolée à la campagne et là, elle restera vulnérable face aux attaques portées par les secteurs conservateurs de l’élite brésilienne.

Ce sera une année de luttes nombreuses, en dépit d’un calendrier court, où nous devrons nous attacher à combiner nos luttes spécifiques avec les revendications de l’ensemble des travailleurs et des secteurs progressistes. Ce n’est que de cette manière que nous pourrons affronter le processus de criminalisation des mouvements sociaux, qui sera intense. Non pas en nous positionnant en tant que victimes, mais en promouvant un bon débat sur les véritables problèmes du peuple brésilien et en démontrant les contradictions du modèle de développement brésilien, qui est un modèle insoutenable du point de vue social, environnemental, économique et politique.

Nous continuerons à organiser le peuple pour la lutte et à débattre avec la société tout entière sur la nécessité d’un autre modèle capable de dépasser la pauvreté et la misère ainsi que toutes les contradictions engendrées par le modèle économique, social et politique actuel. (Traduction A l’Encontre)

* Joba Alves est membre de la coordination nationale du MST.

1. Depuis le 1er mai 2002, près de 200 familles occupent la fazenda d’Adriano Chafik à Felisburgo dans l’Etat de Minas Gerais. Le 20 novembre 2004, 5 personnes sont assassinées lors de l’attaque du campement par une milice de 18 hommes armés, commanditée par le propriétaire. Toutes les tentes où vivaient les familles sont également incendiées

2. En fin 2000, Novartis and AstraZeneca (anglo-suédois) fusionnent leurs départements consacrés à l’agrobusiness et forme Syngenta. Syngenta a une politique d’acquisition, silencieuse, de jeunes compagnies prometteuses.

3. Le paysan sans-terre Valmir Mota de Oliveira, dit Keno, a été tué par une milice armée, le 21 octobre 2007, à Santa Tereza do Oeste, dans l’Etat du Paraná.

4. Lepaysan sans-terre Elton Brum a été assassiné par la Brigade Militaire de l’Etat du Rio Grande do Sul lors de l’évacuation d’une Fazenda occupée à São Gabriel . Durant cette action, des dizaines de personnes, y compris des femmes et des enfants, ont été blessés par des projectiles.

5. De écoles itinérantes ont été créées il y a 13 ans par le MST afin de tenter de scolariser les enfants des sans-terre vivant dans les campements. Dès le mois de février de 2009, plusieurs ont été fermées, notamment sous le prétexte qu’elles donnent une éducation socialiste aux enfants.

6. Par l’Habeas Corpus qui lui a été accordé par le président du STF, Gilmar Mendes, le 29 mai 2009, Daniel Dantas a échappé à la prison préventive. Le banquier Dantas est le propriétaire de la Fazenda Espíritu Santo à Eldorado dos Carajás (Etat du Pará) qui est occupée depuis le mois de février 2009. Le 18 avril, des tueurs à gage y ont assassiné par balle neuf sans-terre et ont retenu en otages trois membres du MST revenant d’une manifestation.

7. L’entreprise Cutrale [dans l’Etat de São Paulo], l’une des plus grandes entreprises agricoles du Brésil, gère la plus grande plantation d’oranges au Brésil (elle contrôle 30% du jus d’orange mondial). Il semble qu’elle ait brûlé volontairement des hectares entiers afin de criminaliser le MST qui occupait une partie de la propriété depuis le mois d’octobre 2009.

(29 décembre 2009)

 

source : http://www.alencontre.org/Brazil/BresilMST12_09.html

19.01.2010.
mardi 19 janvier 2010

Plus de 600 personnes appartenant au Mouvement Unifié Paysans de l’Aguan (MUCA) une organisation affiliée à la Centrale Nationale des Travailleurs de la Terre (CNTC), ont été brutalement délogées par un important contingent composé de militaires, de policiers et de gardes de sécurité des propriétaires terriens Miguel Facussé Barjum, René Morales et Reinaldo Canales, dans les municipalités de Tocoa et Trujillo, département de Colon à l’ouest du pays. Les accords obtenus avec la Présidence de la République et l’Institut National Agraire (INA) quelques jours avant le coup d’état on été totalement violés.

Le Syndicat de Travailleurs de l’Institut National Agraire (SITRAINA), affilié à l’UITA, ainsi que des organisations internationales dénoncent cet outrage, demandant que cesse toute violence et que soit résolu le conflit agraire.

Sur le même modèle de violence appliqué depuis le coup d’état du 28 juin 2009 passé, des effectifs militaires, des policiers et des gardes privés ont attaqué à balles réelles et de caoutchouc, et de gaz lacrymogènes, des familles entières de paysans qui, depuis décembre dernier, avaient pris possession de terres qu’ils réclament être leurs dans la zone de la vallée de l’Aguan.

L’histoire du conflit

Selon les membres du MUCA, au début des années 60, c’est d’après la Loi sur la Réforme Agraire promulguée, que des centaines de familles paysannes pauvres s’octroyèrent le droit d’appartenance de terres publiques et privées.

Durant la décennie des années 70, l’état conclut des accords avec des entreprises paysannes sur des milliers d’hectares cultivant des palmiers africains, dans la région connue comme le Bas Aguan, dans le département nordique de la Côte atlantique du Honduras. Cependant, au début des années 90, la Loi pour la Modernisation et le Développement du Secteur Agricole qui fut approuvée, avait pour objectif de déposséder ces entreprises de leurs droits sur approximativement 20 000 hectares des meilleures terres du pays.

Toujours selon le MUCA, le processus s’est conclu avec la vente des actifs de 40 entreprises paysannes, toutes concentrées dans les mains des propriétaires terriens Miguel Facussé Barjum, René Morales et Reinaldo Canales. Ce processus d’acquisition a été caractérisé par plusieurs irrégularités. Des membres de la coopérative ont découvert que l’accord de vente établi par les acheteurs mentionnait qu’ils utilisaient la terre pour sa culture et sa production, mais que la propriété de cette dernière restait en possession de l’Etat pour l’utilisation exclusive en cas de réforme agraire.

C’est en 2001 qu’ont commencé les réclamations de terres acquises de manière frauduleuse par des entrepreneurs corrompus par les pouvoirs publics et pour d’autres terres qui n’ont jamais été inscrites au nom des acheteurs, mais dont l’Etat a reconnu les droits sous forme de concessions jusqu’en février 2005.

Après un long processus de revendications, de prise de terres et de routes en signe de protestation, c’est en 2009 qu’on est entré dans un processus de négociation dans lequel le MUCA a présenté une proposition d’accord pour solutionner le conflit, et deux semaines avant le coup d’état, une convention a été signée entre l’INA, les paysans et les propriétaires terriens, approuvé par le Président Manuel Zelaya Rosales, le maire de Tocoa et le Gouverneur de Colon. Ils se sont accordés pour créer une commission tripartite afin de réviser le procédé légal utilisé pour l’acquisition de terres par les propriétaires terriens.

Cependant, le coup d’état du 28 juin 2009 a paralysé le processus de négociation et le MUCA a commencé la lutte dans les rues pour exiger le retour de l’ordre constitutionnel, s’ajoutant à la prise de l’INA.

La lutte va continuer

Devant l’intransigeance des nouvelles autorités de facto, c’est le 9 décembre dernier qu’a commencé la récupération définitive des terres, ce qui a provoqué une violente réaction de la part des corps répressifs après avoir reçu un ordre judiciaire de délogement.

“Ces terres ont été acquises de façon illégale par une partie de ces 3 propriétaires terriens et elles appartiennent toujours à l’état. Mais ils ont préféré agir violemment au lieu de suivre le processus de négociation entamé avant le coup d’état afin de résoudre le conflit” a dit le secrétaire général du SITRAINA, Luis Santos Madrid, à Sirel.

Ce fut un délogement très violent et des gens ont été arrêtés. Le SITRAINA est en train de se mobiliser pour que le directeur actuel de facto, de l’INA procède à la légalisation de la terre en faveur des paysans du MUCA. Il est évident que ce qui s’est passé est le produit de la situation découlant du coup d’état, et nous sommes dans une situation dans laquelle la justice ne s’applique uniquement que dans l’intérêt des puissants et contre les paysans !” a conclu Madrid.

Au moment de la rédaction de cette note, les derniers paysans arrêtés ont été libérés par la police, cependant, trois d’entre eux seront traînés en justice et seront placées en détention provisoire.

Actuellement, il y a 300 autres personnes qui appartiennent au MUCA qui suivent le processus de récupération des terres et il est à craindre dans les prochains jours un autre délogement violent.

“Les gens continuent dans leur décision de récupérer des terres pour produire, parce que c’est la seule manière de survivre, même si la crainte qu’un massacre se prépare afin de nous éloigner de notre lutte pacifiste” a souligné à Sirel, le Secrétaire Général Régional de l’Atlantique de la CNTC, Lorenzo Cruz.

Les communautés voisines sont en train de s’organiser pour préparer un plan de récupération et nous voulons que ce soit une proposition de pays, avec la participation du Front de Résistance Populaire. Il n’est pas possible que seuls quelques puissants continuent de contrôler la majeur partie des terres et que des milliers de paysans pauvres n’aient rien.

“Nous voulons un Honduras différent et nous appuyons un processus de changement véritable pour tirer le pays de la pauvreté !” a conclu Cruz. Devant ces faits, le Comité de Familles de Détenus Disparus au Honduras (COFADEH), a appelé la Commission Interaméricaine de Droits Humains (CIDH) afin qu’ils émettent des mesures de protection en faveur des paysans du MUCA, et a condamné “ces actes qui atteignent à la liberté, à la vie et au développement intégral du peuple hondurien”.

Source : la révolution vive

Appel du réseau bi-régional Amérique latine et Caraïbe « Enlazando alternativas » (Nouons des alternatives)

En mai 2010, sous la présidence espagnole de l’Union Européenne, se réuniront à Madrid les Présidents et Chefs d’Etat de l’Union européenne, de l’Amérique latine et de la Caraïbe. Le « vieux continent », transformé aujourd’hui en Europe du capital et de la guerre cherchera lors de ce nouveau sommet à impulser des politiques et des mécanismes destinés à favoriser le capital financier et les grandes transnationales à travers le saccage des ressources naturelles et la privatisation des services publics déguisés en promesses de développement. Ce sommet se déroulera sous l’effet d’une crise financière, économique, environnementale et sociale qui a provoqué en Europe plus de chômage et de précarité et en Amérique latine plus de pauvreté et d’exclusion sociale.

En Europe, les mouvements sociaux et les organisations assistent à une avancée progressive des droites et à une attaque, de plus en plus tranchée et agressive, de l’ensemble des droits et conquêtes des travailleurs et des avancées économiques, politiques, sociales, culturelles et environnementales. La récente approbation du Traité de Lisbonne - obtenue anti-démocratiquement puisque sans la participation directe de la population - servira, entre autre, les intérêts des transnationales à travers les accords de libre commerce et la libéralisation des investissements, au mépris des droits des peuples et de l’environnement. L’Europe forteresse, militarisée, xénophobe, inhumaine, avec moins de services publics et plus de privatisations n’est pas notre Europe. A cette Europe du capital, de la guerre et des crises qu’elle génère, nous opposons la solidarité entre les peuples.

En Amérique latine et dans la Caraïbe, les résistances des mouvements sociaux continuent de se développer et, à côté de quelques gouvernements latino-américains, elles luttent pour défendre leur souveraineté et mener à bien, malgré les difficultés et les contradictions, de nouveaux projets politiques de changement social. Ces efforts sont attaqués lors d’actions criminelles comme le Coup d’Etat au Honduras, qui constitue une menace objective pour tout le continent. De même que l’arrivée de Barack Obama n’a pas provoqué un changement de politique des Etats-Unis pour la région – comme le montre l’installation de bases militaires en Colombie - l’Union européenne, alors même que nous fêtons le bicentenaire des Indépendances, attaque les processus d’intégration régionale, en utilisant comme figure de proue le gouvernement espagnol et ses transnationales. Sous couvert de coopération et développement avec les traités de libre commerce, les nouvelles caravelles de la re-conquête ne cherchent qu’à consolider leur domination dans la région.

Le Réseau bi-régional Europe Amérique Latine et Caraïbe « Enlazando Alternativas » se mobilise pour la quatrième fois pour la construction d’un espace politique bi-régional. Comme nous l’avons fait à Guadalajara au Mexique (2004), à Vienne en Autriche (2006) et à Lima au Pérou (2008), le Sommet Alternatif des Peuples « Enlazando Alternativas 4 », du 14 au 18 mai 2010, servira à faire émerger de nouvelles convergences solidaires entre nos peuples, à renforcer les résistances populaires émergentes et à construire un espace politique et de mobilisation bi-régionale, et ce, malgré la criminalisation des mouvements sociaux.

Nous appelons tous les réseaux sociaux, syndicaux, les forces politiques et les mouvements de la société civile à se joindre au processus de préparation et à participer à Madrid au Sommet Alternatif des Peuples « Enlazando Alternativas 4 », pour défendre la souveraineté des peuples, les droits humains, la démocratie participative, les droits syndicaux, des femmes, des peuples indigènes, la justice sociale, la défense de l’environnement, pour lutter contre le changement climatique et pour la paix, où que ce soit.

Nous ne sommes pas invisibles, nous l’avons démontré. Comme disait Gandhi « d’abord on t’ignore, ensuite on se moque de toi, puis on lutte contre toi et finalement c’est toi qui gagnes »… Ils sont actuellement en lutte contre nous.

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