Analyses


Réflexions du Forum du Tiers Monde et du Forum Mondial des Alternatives
Samir AMIN


SECTION  I   Le monde réel
Au cœur du problème contemporain : le capitalisme des oligopoles, généralisé, mondialisé et financiarisé

 
Le capitalisme est parvenu à un stade de centralisation et de concentration du capital sans commune mesure avec ce qu’il en était il y a seulement une cinquantaine d’années, et que je qualifie pour cette raison de capitalisme des oligopoles généralisé. Car d’évidence les « monopoles » (ou mieux les oligopoles) ne sont en aucune manière des inventions nouvelles dans l’histoire des temps modernes. Ce qui est par contre récent, nouveau, c’est le fait qu’un nombre limité et recensé d’oligopoles (« groupes »), de l’ordre de 500 si on ne retient que les plus gigantesques d’entre eux et 3 à 5.000 si on en dresse la liste quasi exhaustive, déterminent désormais seuls par leurs décisions l’ensemble de la vie économique de la planète, et davantage. Ce capitalisme des oligopoles généralisé constitue de ce fait un saut qualitatif dans l’évolution générale du capitalisme.

 

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Le sommet de Copenhague, n’a pas pris de décisions à la hauteur des dangers énoncés par les scientifiques du GIEC. Le climat de la planète n’a pas droit au même empressement que le système financier. Qui pouvaient se faire la moindre illusion? Certains militants et responsables d’ONG, mais pas ceux qui avaient identifié les véritables responsables de la crise climatique. Le cadre de la conférence de Copenhague n’était certainement pas le cadre adéquat pour contraindre «les voleurs à rendre gorge» selon le mot d’ordre d’un hymne célèbre.

Il serait pourtant faux de penser qu’il ne s’est rien passé à Copenhague. La mobilisation, jeune et massive, les forums, la manifestation internationale et tout ce qui est venu bousculer le ronron officiel, nous en reparlerons. Mais, il n’est pas non plus exact de parler uniformément «d’échec au sommet». Car «au sommet», tous les gouvernements n’avaient pas le même objectif et cette conférence a bel et bien été le théâtre d’une bataille diplomatique, dont l’issue en dit long sur les nouveaux rapports de force internationaux.

Pour situer l’importance historique de cette confrontation sur l’avenir de la planète, le «Quotidien du Peuple», organe officiel du Parti Communiste Chinois, n’hésite pas à parler d’une revanche sur la conférence de Versailles, qui avait vu les vainqueurs de la première guerre mondiale se partager le monde. Mais les enjeux ont été obscurcis par les gesticulations auxquelles chaque gouvernement s’est livré en direction de sa propre opinion publique. Au fil des jours, le grand écart, entre les positions affichées et les objectifs réellement poursuivis, est devenu intenable au point de nécessiter, pour conclure la conférence, le recours aux négociations secrètes entre «vrais grands». Mais la bataille climatique ne s’est pas terminée là et il est préférable d’identifier les enjeux politiques et économiques afin que le mouvement social puisse s’orienter dans les combats écologiques à venir.


Démystifier la politique européenne


Les dirigeants de l’UE ont fait beaucoup d’effort pour paraître les meilleurs défenseurs du climat. La réalité est nettement moins brillante.

Ils ont poursuivis deux objectifs. Obtenir la mise en place d’un marché mondial du carbone et se débarrasser du traité de Kyoto et de la «responsabilité partagée et différenciée» qui est au cœur de ce traité.

Ils n’ont pas hésité à annoncer que le protocole de Kyoto prenait fin en 2012. En réalité, ce sont les engagements chiffrés pris par les pays «développés» qui courent jusqu’en 2012 et doivent au terme du traité être renouvelés fin janvier de cette année. En application de la «responsabilité différenciée» cette obligation ne repose que sur les pays «développés», regroupés dans l’annexe I du traité, dont bien sûr les pays de l’UE. Voilà la charge, même si elle reste assez symbolique, dont les dirigeants de l’UE ont voulu se débarrasser en dissolvant Kyoto dans un nouveau traité, qui aurait mis sur le même plan pays développés et pays émergents, devenus entre temps de redoutables concurrents.

Ils ont essayés d’étendre le marché européen du carbone au niveau mondial et instaurer un mécanisme REDD qui sous prétexte de lutter contre la déforestation aurait fait peser un danger supplémentaire sur les forêts primaires et les terres agricoles. Déjà Londres, Paris, Francfort se disputaient la place de première bourse mondiale du carbone.

Un traité à ces conditions aurait eu rapidement des conséquences catastrophiques.

Mais au final, les dirigeants européens ont échoués à imposer leurs solutions, malgré les manœuvres de la présidence danoise et les gesticulations de Sarkozy sur la scène internationale. Au dernier quart d’heure la France et l’Angleterre n’ont pas hésité à battre le rappel de leurs clients africains. Toute cette agitation s’est révélée vaine. La politique européenne a sombré à Copenhague et il n’y a pas lieu de le regretter.

Cette impuissance s’explique fondamentalement par le déclin économique; les entreprises européennes ne voient plus leur salut qu’en Asie. Mais s’y ajoute un facteur proprement politique qui tient aux institutions dont la bourgeoisie européenne s’est dotée. Le grand marché ouvert à la concurrence, sans gouvernement et sans légitimité populaire, ne pèse d’aucun poids sur la scène internationale.


BASIC


C’est l’acronyme pour représenter la coalition du Brésil, de l’Afrique du Sud, de l’Inde et de la Chine, les principales puissances émergentes qui après avoir torpillé le projet de l’UE préparé à huis clos par le Danemark, ont négocié directement avec Obama le compromis final, ratifié par 30 états et présenté à la conférence en plénière, sans débat, ni vote.

Les objectifs de l’Inde et de la Chine ont toujours étaient clairs. Maintenir la contrainte des quotas de rejet sur les pays qui en sont historiquement les premiers responsables. Refuser tout contrôle international sur leur économie nationale. Ne rien accepter qui puisse porter atteinte à leur croissance économique, entre 6 et 8% en 2009. Ce qui ne signifie pas que ces états refusent de prendre en compte la crise climatique. Mais se situant résolument dans la perspective d’une augmentation de leur production et de leur consommation d’énergie, ils n’envisagent de contribuer à la limitation globale des rejets qu’en diminuant la part des énergies fossiles dans leur bilan énergétique. Bref en modernisant leur appareil de production, ce qui ne peut que contribuer à en faire des concurrents encore plus redoutables pour les vieux pays industriels.

Ils ont réussi à faire peser leur nouvelle puissance économique, tout en restant liés au groupe des pays les plus pauvres. Au cours de la conférence, ils ont su se poser en porte-parole des pays en développement face à l’égoïsme des pays riches. Voilà la clé de leur succès.

Mais s‘ils ont eu la capacité de faire échouer les projets des vieilles puissances impérialistes et de préserver leurs intérêts nationaux, ils n’avaient pas encore les moyens d’imposer leurs propres solutions à l’ensemble de la planète. D’où un compromis tardif et  inachevé.

Ils ont été rejoints dans cette voie par les USA, qui ont abandonné au dernier moment leurs alliés européens et japonais. Les USA n’ont pas signé le traité de Kyoto et aucune contrainte ne pèse sur eux. Comme les pays du groupe BASIC, ils sont fermement décidés à n’accepter aucune limitation de leur souveraineté. L’objectif d’Obama était des plus limité. Sauver la face en réintégrant sur la pointe des pieds la communauté internationale engagée dans la lutte contre la crise climatique. Une simple déclaration d’intention suffisait. Le plus important, pour lui, se jouera sur la scène intérieure.


Le développement comme ligne de partage


Il existe une bonne corrélation entre la prospérité d’une économie - mesurée en terme de PIB par tête - et ses émissions de CO2. Tant que l’utilisation des combustibles fossiles reste la principale source d’énergie, plus un pays est riche, plus il émet de gaz à effet de serre.

Actuellement les principaux pays émetteurs sont dans l’ordre, la Chine, les USA et l’Inde. Mais rapporté au nombre d’habitants on obtient un résultat bien différent: l'Inde émet 1,2 tonne par habitant et par an, la Chine 5,5 tonnes, alors que les Etats-Unis sont à 24 tonnes, l'Europe à 12 et la France à 8. Les pays africains sont en moyenne à 0,7.

Or ces chiffres sont très représentatifs de la quantité d’énergie dont dispose chaque habitant de la planète. Ils sont aussi révélateurs de l’impasse dans laquelle s’engage l’humanité en suivant le mode de développement des pays impérialistes.

Comme l’a dit au cours du sommet le premier ministre indien M. Singh: «chacun de nous, rassemblés ici aujourd’hui, sait que les plus affectés par le changement climatique en sont les moins responsables».

On pourrait ajouter que les responsables de la crise climatique sont ceux qui ont le plus à perdre au changement de mode de production indispensable pour la résoudre.

On est là au cœur du problème, au sein de chaque pays et au niveau mondial. Aucune politique de limitation du gaspillage énergétique ne peut avoir de légitimité, tant que les plus riches ne sont pas contraints de modifier leur mode de vie, ce qui nécessite de s’en prendre à leurs privilèges et à leur pouvoir.

Les bourgeoisies des pays émergents ne sont pas porteuses d’un modèle émancipateur étant elles-mêmes adossées à une montagne d’injustice et d’inégalité. Mais leur ascension fragilise une hiérarchie mondiale que nous n’avons aucune raison de défendre.


Pour deux degrés de plus...


Les recommandations formulées par les scientifiques du GIEC se sont toujours appuyées sur les mesures de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Le seul objectif scientifiquement valide pour enrayer le basculement climatique, c’est de revenir le plus rapidement possible au taux existant avant l’aire industrielle. Objectif popularisé par la campagne internationale «350» chiffre qui correspond à ce taux. 

Malheureusement, le débat s’est focalisé sur l’augmentation moyenne de température acceptable. Or une fois l’équilibre climatique bouleversé, nous n’avons aucune certitude scientifique sur ce qui va se produire et qui aura de toute façon des conséquences très différentes selon les régions du globe. Impossible dans ces conditions d’évaluer ce qui est acceptable et pour qui.

C’est pourtant ce pas qui a été franchi à Copenhague. Dans la déclaration commune, les chefs d’état se résignent par avance à enregistrer une augmentation moyenne de la température du globe de deux degrés!

Ce qui va se traduire par la disparition sous la mer de régions entières et notamment de petits états insulaires. En Afrique, cette augmentation moyenne peut se traduire par une augmentation de plus de trois degrés, ce qui ferait littéralement grillé toute une partie du continent. Bref, ce sont des millions d’être humains dont l’existence vient d’être rayée d’un trait de plume par le tout nouveau prix Nobel de la paix et ses interlocuteurs.


De l’ONU à l’OMC


On ne peut marchander sur la crise climatique. Le seul objectif fondé scientifiquement, moralement acceptable et politiquement mobilisateur, c’est de revenir à la concentration de gaz à effet de serre proche de celle qui prévalait avant l’ère industrielle. Ce qui implique une planification sur le long terme pour accompagner la destruction naturelle des quantités accumulées. Aucun mécanisme de marché ne peut permettre d’atteindre cet objectif. Il ne pouvait même pas être envisagé au sommet de Copenhague. Les propositions concrètes, présentées dans le cadre de la mondialisation libérale, visent toutes à approfondir la marchandisation du monde qui est pourtant à la source de la crise écologique, économique et sociale.

A l’inverse toute mesure écologique efficace implique une rupture avec la mondialisation capitaliste et ses institutions, OMC, FMI, BM... Il n’y a donc pas lieu de regretter que la conférence de Copenhague n’ait pas débouché sur des décisions contraignantes.


Le sommet de Cochabamba


Hugo Chavez et Évo Morales, appuyés plus discrètement par Cuba, sont les seuls à avoir refusé le compromis imposé et à s’être ouvertement battu sur une ligne alternative. Leur originalité ce n’est pas seulement d’avoir dénoncé le capitalisme ou l’impérialisme occidental. Plusieurs chefs d’état se sont livrés à cet exercice, dont le président iranien M. Ahmadinejad. Ils se sont distingués de tous les autres parce qu’ils se sont adressés à ceux qui étaient hors les murs, aux militants expulsés du Bella Center, à ceux qui manifestaient dans les rues de Copenhague et au delà à tous les peuples du monde.

Non la solution à la crise climatique ne pouvait venir de l’intérieur du Bella Center.

Elle ne peut venir que de la mobilisation des peuples, indépendamment des puissances financières et des intérêts étatiques qui régnaient en maître à Copenhague. C’est à ce niveau, pas moins, que peuvent être pris en compte les intérêts supérieurs de l’humanité et que doivent être conçues et appliquées les solutions à la crise qui n’est pas seulement climatique, mais qui est une crise globale du développement humain.

Logiquement, Evo Morales appelle à réunir le premier sommet mondial des mouvements sociaux sur le changement climatique en avril 2010 à Cochabamba. Un début d’alternative pour les espoirs trahis à Copenhague.

Cette initiative ouvre la voie à la constitution d’une alliance pour la planète qui unisse les travailleurs qui sont les principaux acteurs de la production industrielle moderne, les paysans qui nourrissent l’humanité et les peuples indigènes qui sont les gardiens de zones encore préservées de la planète essentielles à notre survie.

C’est pour le moment la seule lueur d’espoir.

Rendez-vous à Cochabamba!


le 10/10/2010, Jean-Louis MARCHETTI

Pour signer la pétition lancée par la Bolivie sur le référendum mondial
 
Pour en savoir plus .


Samir AMIN
Octobre 2009
Source : Forum du Tiers Monde

L’expérience historique
La remise en question de la dimension impérialiste du capitalisme est à l’ordre du jour, pour la seconde fois dans l’histoire contemporain.
La première fois, au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Dès 1947 la puissance impérialiste dominante de l’époque les Etats Unis, proclamait le partage du monde en deux sphères, celle du « monde libre » et celle du « totalitarisme communiste ». La réalité que représentait le tiers monde était superbement ignorée, celui-ci étant considéré comme ayant le privilège d’appartenir au « monde libre »  puisque « non communiste » ; la « liberté » considérée n’étant autre que celle du déploiement du capital, au mépris de la réalité de l’oppression coloniale ou semi coloniale. L’année suivante Jdanov dans son fameux rapport (en fait Staline), qui a été à l’origine de la mise en place du Kominform (forme atténuée de renaissance de la troisième internationale), partageait lui aussi le monde en deux sphères, la sphère socialiste (l’URSS et l’Europe de l’Est) et la sphère capitaliste (le reste du monde). Le rapport ignorait les contradictions qui, au sein de la sphère capitaliste, opposent les centres impérialistes aux peuples et nations de périphéries engagées dans des luttes pour leur libération.
La doctrine Jdanov poursuivait un objectif prioritaire : imposer la coexistence pacifique et par ce moyen calmer les ardeurs agressives des Etats Unis et de leurs alliés subalternes européens et japonais. En contre partie l’Union soviétique accepterait d’adopter un profil bas, s’abstenant de s’ingérer dans les affaires coloniales que les puissances impérialistes concevaient comme leurs affaires intérieures. Les mouvements de libération, y compris la révolution chinoise, n’ont pas été soutenus avec enthousiasme à cette époque, et se sont imposé par eux-mêmes. Mais leur victoire (en particulier évidemment celle de la Chine) apportait des changements dans les rapports de force internationaux. Moscou n’en a pris la mesure qu’après Bandung, ce qui lui permettait, par son soutien aux pays en conflit avec l’impérialisme de briser son isolement et de devenir un acteur majeur dans les affaires mondiales. D’une certaine manière il n’est donc pas faux de dire que la transformation majeure dans le système mondial a été le produit de ce premier « éveil du Sud ». Sans lequel s’ailleurs on ne peut comprendre l’affirmation ultérieure des nouvelles puissances « émergentes ».
Le rapport Jdanov a été accepté sans réserve par les partis communistes européens et par ceux de l’Amérique latine de l’époque. Par contre il s’est presque immédiatement heurté à des résistances dans les partis communistes d’Asie et du Moyen orient. Résistances dissimulées dans le langage de l’époque affirmant toujours « l’unité du camp socialiste » rangé derrière l’URSS , mais qui allaient ouvertement prendre corps au fur et à mesure que se développaient les luttes pour la reconquête de l’indépendance, singulièrement après la victoire de la révolution chinoise (1949). L’histoire de la formulation de la théorie alternative qui donnait toute sa place aux initiatives indépendantes des pays d’Asie et d’Afrique, se cristallisant par la suite à Bandung (1955) puis dans la constitution du Mouvement des Non Alignés(à partir de 1960, mouvement qualifié Asie-Afrique plus Cuba) n’a jamais été écrite à ma connaissance, et se trouve enfouie dans les archives de quelques partis communistes (ceux de Chine, Inde, Indonésie, Egypte, Irak, Iran et peut être quelques autres).
Je puis néanmoins apporter un témoignage personnel concernant cette histoire, ayant eu l’heureuse chance de participer dès 1950 à l’un des groupes de réflexion concernés associant des communistes égyptiens, irakiens et iraniens, et quelques autres. L’information concernant le débat chinois, inspiré par Zhou En Lai, n’a été portée à notre connaissance par le camarade Wang (trait d’union avec la revue Révolution au comité de rédaction de laquelle je participais) que bien plus tard, en 1963. Nous avions des échos du débat indien et de la cassure qu’il avait provoquée, affirmée plus tard par la construction du CPM. Nous savions que les débats au sein du PC indonésien et de celui des Philippines se développaient selon des lignes parallèles.
Cette histoire devra être écrite. Car elle fera comprendre que Bandung n’est pas sorti directement de la tête des dirigeants nationalistes (Nehru et Soekarno en particulier, encore moins Nasser) comme le laissent entendre les écrits contemporains ; mais a été le fruit d’une critique radicale de gauche, conduite à l’époque au sein de partis communistes. La conclusion commune de ces groupes de réflexion se résumait en une phrase : à l’échelle du monde le combat contre l’impérialisme rassemble des forces sociales et politiques dont les victoires sont décisives dans l’ouverture des avancées socialistes possibles dans le monde actuel.
Cette conclusion laissait ouverte la question centrale : qui « dirigera » ces batailles anti-impérialistes ? Pour simplifier : la bourgeoisie (dite alors nationale) que les communistes devraient alors soutenir, ou un front des classes populaires « dirigé » par les communistes et non les bourgeoisies (anti nationales en fait) ? La réponse à cette question est demeurée fluctuante, parfois confuse. En 1945 les partis communistes concernés s’étaient alignés sur la conclusion que Staline avait formulée : les bourgeoisies, partout dans le monde (en Europe alignée sur les Etats Unis comme dans les pays coloniaux et semi-coloniaux – termes de l’époque), ont  « jeté aux ordures le drapeau national » (termes de Staline), les communistes sont les seuls donc à pouvoir rassembler un front uni des forces qui refusent la soumission à l’ordre américain impérialiste/capitaliste. La conclusion rejoignait celle de Mao, formulée en 1941, mais connue (de nous) plus tard seulement lorsque la « Nouvelle Démocratie » a été traduite dans des langues occidentales en 1952. La thèse soutenait que pour la majorité des peuples de la planète la longue route vers le socialisme ne peut être ouverte que par la conduite d’une « révolution démocratique nationale, populaire, anti féodale et anti-impérialiste (termes de l’époque) dirigée par les communistes ». Et, en pointillé, on lisait : d’autres avancées socialistes ne sont pas à l’ordre du jour ailleurs, c'est-à-dire dans les centres impérialistes. Elles ne pourront se dessiner ici comme possibles qu’après que les peuples des périphéries, aient infligé des défaites conséquentes à l’impérialisme.
Le triomphe de la révolution chinoise confortait cette conclusion. Les partis communistes de l’Asie du Sud Est inauguraient en Thaïlande, en Malaisie et aux Philippines en particulier, des guerres de libération inspirées par le modèle vietnamien. Plus tard, en 1964, Che Guevara proposera, dans la même ligne de pensée « un, deux, trois Vietnam ».
Les propositions d’avant-garde d’initiatives des « pays d’Asie et d’Afrique »  indépendantes et anti-impérialistes formulées par les groupes de réflexion communistes concernées ont été précoces et précises. On les retrouvera dans le programme de Bandung et du non alignement dont j’ai fait la présentation ordonnée dans L’éveil du Sud. Ces propositions étaient centrées sur la reconquête nécessaire de la maîtrise des processus d’accumulation (le développement autocentré et déconnecté).
Mais voilà  que ces propositions sont adoptées, fut-ce au prix de dilutions considérables dans certains pays, à partir de 1955-1960, par l’ensemble des classes dirigeantes au pouvoir dans les deux continents. Et voilà qu’en même temps les luttes révolutionnaires conduites par les partis communistes en Asie du Sud Est sont toutes défaites (sauf au Viet Nam bien sûr). Alors ? Conclusion qui semblait devoir s’imposer : la « bourgeoisie nationale » n’a pas encore épuisé sa capacité de combat anti-impérialiste. Cette conclusion a été elle-même tirée par l’Union Soviétique qui décidait de soutenir le front des non alignés, alors que la triade impérialiste leur déclarait la guerre ouverte.
Les communistes des pays concernés se sont alors partagés entre deux tendances et affronté dans des conflits pénibles et souvent confus. Les uns tiraient la conclusion qu’il fallait « soutenir » les pouvoirs en place en conflit avec l’impérialisme, quand bien même ce soutien devait-il rester « critique ». Moscou apportait de l’eau à leur moulin en inventant la thèse de la « voie non capitaliste ». Les autres conservaient l’essentiel de la thèse maoïste selon laquelle seul le front des classes populaires indépendantes de la bourgeoisie pouvait mener à bien le combat contre l’impérialisme. Le conflit entre le PC chinois et l’Union Soviétique, visibles dès 1957, affiché à partir de 1960, confortait bien entendu cette seconde tendance au sein des communistes asiatiques et africains.
Mais voilà  qu’à son tour le potentiel de Bandung s’épuise en une quinzaine d’années, rappelant s’il le fallait les limites des programmes anti-impérialistes des « bourgeoisies nationales ». Les conditions étaient alors créées pour permettre la contre offensive de l’impérialisme, la re-compradorisation des économies du Sud, voire, pour les plus fragiles, leur recolonisation.
Mais, comme pour faire mentir ce retour imposé par les faits à la thèse de l’impotence définitive et absolue des bourgeoisies nationales – Bandung n’ayant été dans cette vision qu’une « parenthèse passagère » s’inscrivant dans la guerre froide – voilà que certains pays du Sud parviennent dans le cadre de cette nouvelle mondialisation dominée par l’impérialisme à s’imposer comme « émergents ». Mais « émergents » dans quel sens : celui de marchés émergents ouverts à l’expansion du capital des oligopoles de la triade impérialiste, ou celui de nations émergentes capables d’imposer une révision sérieuse des termes de la mondialisation en question, de réduire le pouvoir qu’y exercent les oligopoles et de recentrer l’accumulation sur leur propre développement national ? La question du contenu social des pouvoirs en place dans des pays émergents (et dans les autres pays de la périphérie), des perspectives que celui-ci ouvre ou ferme est donc à nouveau à l’ordre du jour du débat incontournable sur ce que sera – ou pourrait être – le monde « après la crise ».
La crise du capitalisme impérialiste tardif des oligopoles généralisés, financiarisés et mondialisés est ouverte. Mais avant même qu’elle n’entre dans la phase nouvelle inaugurée par l’effondrement financier de 2008, les peuples avaient amorcé la sortie de leur léthargie consécutive à l’épuisement de la première vague de leurs luttes pour l’émancipation des travailleurs et des peuples.
L’Amérique latine, qui avait été absente dans l’ère de Bandung (en dépit des efforts de Cuba, avec la Tricontinentale) semble même cette fois avoir pris une longueur d’avance.
Dans des conditions certes nouvelles par beaucoup d’aspects importants, les mêmes questions que celles qui se posaient dans les années 1950 sont à nouveau à l’ordre du jour. Le Sud, comme on dit aujourd’hui (pays émergents et autres) sera-t-il capable de prendre des initiatives stratégiques indépendantes ? Les forces populaires seront-elles capables d’imposer les transformations dans les systèmes du pouvoir qui seules permettront des avancées conséquentes ? Des ponts pourront-ils être construits associant les luttes anti-impérialistes et populaires du Sud à des progrès de la conscience socialiste dans le Nord ?
Je me garderai de proposer ici des réponses rapides à ces questions difficiles que seul le développement des luttes tranchera. Sans sous estimer l’importance des débats dans lesquels les intellectuels radicaux de notre époque ont le devoir de s’engager et des propositions qu’ils peuvent en dégager.
Les conclusions auxquelles les groupes de réflexion des années 1950 étaient parvenus à l’époque, formulaient le défi dans des termes qui sont fondamentalement restés les mêmes depuis : les peuples des périphéries doivent s’engager dans des constructions nationales (soutenues aux plans régionaux et à celui du Sud pris dans son ensemble) autocentrées et déconnectées ; ils ne pourront avancer dans cette voie qu’en inscrivant leurs luttes dans une perspective socialiste ; il leur faut pour cela se débarrasser des illusions de la fausse alternative, celui du « rattrapage » dans le système capitaliste mondialisé. Bandung a donné corps à l’option indépendante, dans les limites que l’histoire de son déploiement a révélées.
Fera-t-on mieux dans le moment actuel, lorsque s’ouvre un « second éveil du Sud » ? Et surtout sera-t-il possible cette fois ci de construire des convergences entre les luttes au Nord et au Sud ? Car celles-ci avaient cruellement fait défaut à l’époque de Bandung. Les peuples  des centres impérialistes étaient alors finalement demeurés alignés derrière leurs classes dirigeantes impérialistes. Le projet social-démocrate de l’époque était lui-même difficile à imaginer sans la rente impérialiste dont bénéficiaient les sociétés opulentes du Nord. Bandung et le Non Alignement n’ont été vus, dans ces conditions, que comme un épisode de la guerre froide peut-être même « manipulés » par Moscou. La dimension réelle de cette histoire de la première vague d’émancipation des pays d’Asie et d’Afrique, parvenue à convaincre Moscou de lui apporter son soutien, échappait.
Le défi – la construction d’un internationalisme, anti-impérialiste des travailleurs et des peuples – reste entier.
Neuf intellectuels antillais, Ernest Breleur, Patrick Chamoiseau, Serge Domi, Gérard Delver, Edouard Glissant, Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar, Jean-Claude William ont rédigé ce "Manifeste pour les 'produits' de haute nécessité".

 
C'est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s'est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n'est illégitime. Aucune n'est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu'elle représente, ni dans ce qu'elle implique en relation avec l'ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d'avoir su organiser sur une même base ce qui jusqu'alors s'était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle –– à savoir les luttes jusqu'alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales...
Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj – qui est d'allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé – est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d'ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l'on peut saisir l'impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.
 
GRÈVE LÉGITIME

Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent.
Dès lors, derrière le prosaïque du "pouvoir d'achat" ou du "panier de la ménagère", se profile l'essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l'existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s'articule entre, d'un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l'autre, l'aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d'honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d'amour, de temps libre affecté à l'accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n'ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.

 
La "hausse des prix" ou "la vie chère" ne sont pas de petits diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d'une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s'est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires – non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte "d'épuration éthique 1" (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain. Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent  à deux misères profondes : être "consommateur" ou bien être "producteur". Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l'unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites. L'ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait André Gorz, et où l'économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste. Alors, quand le "prosaïque" n'ouvre pas aux élévations du " poétique ", quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont "le pouvoir d'achat" ou "le panier de la ménagère". Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d'une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d'escorter les "produits de premières nécessités", d'une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d'une "haute nécessité".
Par cette idée de "haute nécessité", nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en œuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d'achat, relève d'une exigence existentielle réelle, d'un appel très profond au plus noble de la vie.

 
Alors que mettre dans ces "produits" de haute nécessité ?

C'est tout ce qui constitue le cœur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d'entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd'hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.

D'abord, il ne saurait y avoir d'avancées sociales qui se contenteraient d'elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s'est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l'absence de pouvoir qui lui sert d'ossature. Le "déterminant" ou bien le "décisif" s'obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n'arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L'éloignement, l'aveuglement et la déformation président aux analyses. L'imbroglio des pseudos pouvoirs Région-Département-Préfet, tout comme cette chose qu'est l'association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s'est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par-dessus nos "présidents locaux" pour s'en aller mander ailleurs. Hélas, tout victoire sociale qui s'obtiendrait ainsi (dans ce bond par-dessus nous-mêmes), et qui s'arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudos pouvoirs.

 
Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d'acquiescer aux sous-traitances. La question békée et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu'une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l'accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d'une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement... Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l'autre, confiance réduite en soi... La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C'est dans l'irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c'est dans la responsabilité que se trouve l'invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C'est dans la responsabilité que l'échec ou l'impuissance devient un lieu d'expérience véritable et de maturation. C'est en responsabilité que l'on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l'essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.

 
Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s'est étendu à l'ensemble de la planète avec la force aveugle d'une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens. C'est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres. Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l'insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l'immédiat ; mais l'illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du "Marché" et par tous ces mécanismes que créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par " l'esprit colonial " et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l'octroi de mer, ne sauraient endiguer.

 
VICTIMES D'UN SYSTÈME FLOU, GLOBALISÉ

Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L'autre très haute nécessité est ensuite de s'inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n'est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d'un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d'une société non économique, où l'idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d'épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l'humain. Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables "producteurs" – chefs d'entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes – incapables de tressaillements en face d'un sursaut de souffrance et de l'impérieuse nécessité d'un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n'existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d'un système flou, globalisé, qu'il nous faut affronter ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu'il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l'élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l'ampleur du poétique.

On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement.
On peut renvoyer la Sara et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile.
On peut endiguer les agences de l'eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles d'un trésor qui appartient à tous.

On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd'hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile...) ne sauraient ni ne pourraient y résister.

 
Enfin, sur la question des salaires et de l'emploi. Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité. Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu'il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main d'œuvre. Quand il délocalise, ce n'est pas dans la recherche d'une main d'œuvre abondante, mais dans le souci d'un effondrement plus accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n'est donc en rien illégitime : c'est le début d'une équité qui doit se faire mondiale.

 
Quant à l'idée du "plein emploi", elle nous a été clouée dans l'imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l'ont accompagnée. Le travail à l'origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d'ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu'il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple "emploi", et l'unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s'est mis à n'ouvrir qu'à la consommation. Nous sommes maintenant au fond du gouffre. Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu'il redevienne un lieu d'accomplissement, d'invention sociale et de construction de soi, ou alors qu'il en soit un outil secondaire parmi d'autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la valeur-travail en une sorte d'arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu'à l'équation d'une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s'envisagera dans ce qu'il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu'il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement... Il s'envisagera en "tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue". Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l'ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l'étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création – créaconsommation. En valeur poétique, il n'existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l'infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.

 
Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l'imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l'esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l'artisanat, la culture et l'agriculture... Qu'il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation... Qu'il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu'il favorise tout ce qui permet d'entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde... C'est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l'ampleur des exceptions. C'est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire... C'est le gratuit en son principe qui devrait s'installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes...

 
NOUS APPELONS À UNE HAUTE POLITIQUE, À UN ART POLITIQUE

Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu'à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un "panier de ménagère", mais le souci démultiplié d'une plénitude de l'idée de l'humain.

Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise guadeloupéenne guyanaise réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.

Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, prolongent et s'ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.

An gwan lodyans qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l'utopie.

Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du "Marché", mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l'instrumentalisant de la manière la plus étroite.

Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l'individu, sa relation à l'Autre, au centre d'un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.

Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l'assistanat, en nous inscrivant résolument dans l'épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d'un rapport écologique global aux équilibres de la planète...

Alors voici notre vision : Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d'être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s'inscrit dans l'horizontale plénitude du vivant...

ENTRETIEN
Huit ans après le premier Forum social mondial, l’intellectuel tiers-mondiste retrace des grandes évolutions historiques du capitalisme et interroge les alternatives que dessinent bouleversements géopolitiques du début du siècle.
Samir Amin est membre du Conseil international du Forum social mondial et président du Forum mondial des alternatives (Égypte). > Il est auteur de très nombreux ouvrages d’analyse économique et politique et de géopolitique. Il participait samedi dernier à Paris au colloque « Altermondialisme et post-altermondialisme » organisé par l’association Mémoires des luttes et la revue Utopie critique.

Comment analysez-vous les développements actuels de la crise économique et financière à l’échelle mondiale ?
Samir Amin. La financiarisation du système libéral, considérée par beaucoup comme une forme nouvelle, durable du capitalisme, n’était à mon avis que le moyen conjoncturel pour
le capital de surmonter ses contradictions.
La croissance des revenus du capital et la réduction de ceux du travail ne peuvent être poursuivies indéfiniment. Le versant financier du système était son talon d’Achille.
Les subprimes ne sont pas la cause de la crise, qui est systémique, mais seulement l’accident de parcours qui l’a déclenchée. Après la privatisation des profits, les forces dominantes en place vont s’employer à en socialiser les pertes, c’est-à-dire à les faire payer aux travailleurs, aux retraités et aux pays vulnérables du tiers-monde.
Le capitalisme, comme système historique, est, selon vous, dans une phase de « déclin ». Qu’est-ce qui justifie une telle analyse ?
Samir Amin. Le système capitaliste, comme système historique, a connu une très longue maturation. Au contraire, son apogée, amorcé au plan politique par la Révolution française et au plan économique par la révolution industrielle, s’est concentré sur le XIXe siècle, c’est-à-dire sur une période très courte. La fin de cet apogée est annoncée très tôt, dès 1871, par la Commune de Paris et peu après, en 1917, par la première révolution au nom du socialisme, la révolution russe. Contrairement aux apparences et aux opinions dominantes, le capitalisme est entré, alors, dans une longue période de déclin. Remis en cause au XXe siècle, comme système économique, social et politique par les projets alternatifs (socialistes, communistes), il est également confronté au contraste grandissant qu’il a lui-même produit entre les centres dominants et les périphéries dominées. Ce contraste a alimenté la révolte, le refus des peuples dominés de s’ajuster, d’accepter cette domination et la dégradation des conditions sociales qu’elle engendre.
Comment s’articulent ces deux dimensions - idéologique et géopolitique - de la remise en cause du capitalisme ?
Samir Amin. Elles sont indissociables. Tout simplement parce que le capitalisme réellement existant, comme système mondialisé, est impérialiste par nature. Cette indissociabilité a été formalisée, au siècle dernier, par les révolutions socialistes qui ont pris corps aux périphéries du système capitaliste. Je pense aux révolutions chinoise, vietnamienne et cubaine. Cette association, au XXe siècle, entre les deux dimensions de la remise en cause du capitalisme constitue en quelque sorte une première « vague ». Celle des révolutions au nom du socialisme, des grands mouvements de libération nationale avec des degrés divers de radicalité, du non-alignement, de l’anti-impérialisme. Cette première vague a atteint ses limites historiques assez rapidement. Elle s’est essoufflée. Très rapidement, dans le cas des pays du tiers-monde sortis de la libération nationale. Moins rapidement dans le cas des révolutions au nom du socialisme. Mais le résultat est le même : cette première vague s’est émoussée, puis exténuée.
Vous estimez néanmoins qu’une seconde « vague » de remise en question d’ensemble du système mondialisé peut prendre naissance. Mais comment ?
Samir Amin. Entre la vague qui s’est épuisée et la nouvelle vague, possible et nécessaire,
du XXIe siècle, il y a un creux. Dans ce creux, les rapports de force sociaux, politiques, sont inégaux. Tellement inégaux qu’ils permettent une contre-offensive du capital, renforcée par les illusions de la fin de l’histoire, de l’effacement totale de la première vague.
Ce qui permet au néolibéralisme de construire un discours réactionnaire, et non pas « libéral », comme il se prétend. C’est un discours de retour au XIXe siècle, sur le modèle du discours de la Restauration, qui illustrait, en France, l’aspiration à un retour avant la Révolution. Sarkozy est la parfaite illustration de ce discours réactionnaire.
Ce qu’il appelle « réformes » désigne en réalité des contre-réformes visant l’abolition de tout ce que les travailleurs ont conquis au cours du XXe siècle.
Nous sommes dans ce creux. Mais nous voyons déjà se dessiner sur l’océan les premières rides de ce qui peut devenir la nouvelle vague. On peut les voir, par exemple, dans ce que j’appelle les avancées révolutionnaires de l’Amérique latine. Le processus que connaît ce sous-continent est caractéristique. Il est à la fois anti-impérialiste (particulièrement anti-yankee, puisque c’est l’impérialisme nord-américain qui domine brutalement cette région du monde) et à aspiration socialiste. Cette aspiration est formulée de façons diverses, parfois vagues, parfois plus précises, voire dogmatiques.
Mais il est intéressant de constater qu’anti-impérialisme et aspiration socialiste sont,là encore, indissociables.
Vous évoquez des « avancées révolutionnaires » en Amérique latine. Qu’entendez-vous exactement par là ? Quelle différence faites-vous avec la révolution ?
Samir Amin. Je crois qu’il faut voir ce long déclin du capitalisme comme pouvant devenir une longue transition vers le socialisme mondial. « Longue » signifiant ici qu’un tel processus historique pourrait prendre plusieurs siècles, cette transition impliquant des vagues successives. La tradition communiste a pensé la révolution et la construction du socialisme comme des possibilités relativement rapides, dans un temps historique court, sur des années ou des décennies. Je préfère, aujourd’hui, parler d’avancées révolutionnaires plutôt que de révolution. « Révolution » inspire l’idée, fausse, que tous les problèmes pourraient être réglés du jour au lendemain. Des « avancées révolutionnaires » correspondent, à mes yeux, aux amorces de mise en place d’autres logiques que celles du capitalisme. Elles peuvent, à leur tour, préparer d’autres avancées, des « vagues » ultérieures. Mais il n’y a pas, en la matière, de déterminisme historique. Il y a des nécessités objectives, au sens hégélien du terme, mais pas de déterminisme absolu. Si cette transition vers le socialisme ne devait pas s’opérer, le scénario serait celui d’une longue transition vers toujours davantage de barbarie. Les deux possibilités coexistent.
Ce creux de la vague est propice, dites-vous, au développement de toutes sortes d’« illusions » sur le capitalisme. Qu’est-ce à dire ?
Samir Amin. « Le vieux monde se meurt. Le nouveau monde tarde à paraître. Et dans ce clair-obscur les monstres surgissent », écrivait Antonio Gramsci. Cette phrase m’a toujours frappé par sa justesse et sa puissance. On peut dire que l’ancien monde, celui de la première vague de remise en cause du capitalisme, est mort. La seconde vague est en train de naître. Dans ce clair-obscur, les « monstres » prennent la forme de personnages comme Bush, Sarkozy, Berlusconi, d’un côté, comme Ben Laden et ses complices de l’autre. Mais ce clair-obscur est aussi un moment de grandes illusions, que l’on peut classer en trois familles. Elles se répartissent dans le monde en des lieux différents, l’une ou l’autre est dominante selon les régions, mais elles existent et coexistent partout.
Appelons la première l’illusion « sociale-démocrate ». C’est l’illusion d’un capitalisme à visage humain. Elle a pu se traduire dans un projet politique à certains moments de l’histoire du capitalisme, quand le rapport de forces était plus favorable aux classes populaires. Je ne dénigre pas du tout ce qu’ont réalisé les régimes du « welfare state » après la Seconde Guerre mondiale. Mais ces réalisations n’auraient pu voir le jour sans la « menace communiste » qui hantait alors la bourgeoisie. Cette menace était incarnée, aux yeux des dominants, par l’URSS. En réalité, la menace n’était pas tant celle du communisme ou de l’URSS que la menace que représentaient pour eux leurs propres peuples.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les retraites par répartition, les régimes spéciaux ou la Sécurité sociale auraient été impensables sans la puissance, dans le cas français, du Parti communiste. C’est vrai un peu partout dans le monde, sous des formes différentes. Ce capitalisme à visage humain n’est donc envisageable que dans les périodes d’affaiblissement du capital.
En revanche, lorsque la domination du capital est assise, forte, il n’a pas du tout de visage humain. Il prend son visage réel, un visage tout à fait sauvage. Nous sommes dans un moment de ce genre. Dès lors, croire, aujourd’hui, dans la possibilité d’un mouvement vers un capitalisme à visage humain relève de l’illusion. Une illusion grave et dangereuse, dans la mesure où elle désarme les classes populaires en leur faisant miroiter la possibilité d’avancées sans luttes, sans renversement des rapports de forces en leur faveur. Cette famille d’illusions est dominante en Europe occidentale.
Dans les pays dits émergents, ce sont les illusions nationalistes qui dominent. Ce type d’illusions consiste à considérer que des pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil, assez forts, désormais, pour entrer dans le système capitaliste mondial, peuvent s’imposer comme des partenaires à égalité avec les anciennes puissances. Ces illusions sont nourries par une abondante littérature sur la crainte de « l’hégémonisme chinois montant », presque une variante de la peur du « péril jaune ».
À cette littérature en répond une autre, nationaliste celle-là, faisant l’éloge des évolutions en Chine et ailleurs.
En réalité, les rapports de forces internationaux, la domination du capital financier, de l’impérialisme collectif des États-Unis, de l’Europe et du Japon ne permettra pas à ces pays de jouer à égalité, sur la scène mondiale, avec les vieilles puissances.
Le langage de plus en plus agressif vis-à-vis de la Chine en témoigne. Ce langage trouve déjà sa traduction, dans le réel, avec des agressions brutales visant des pays faibles, comme l’Irak. D’autres pays, moins faibles, mais qui sont néanmoins des puissances moyennes, comme l’Iran, sont à leur tour menacés. Derrière ces agressions se profile, en réalité, la volonté des États-Unis d’envisager jusqu’à une guerre contre la Chine si celle-ci devenait trop menaçante pour leurs intérêts. Dans un tel contexte, croire que les pays émergents pourront s’imposer dans le système pour rompre avec la logique capitaliste est une illusion.
La troisième série d’illusions, la pire, recouvre les passéismes. Ces illusions-là frappent les peuples défaits dans l’histoire. C’est le cas des pays arabes, et, plus largement, des pays islamiques, mais aussi de l’Afrique subsaharienne, tentés par la recherche de solutions dans les « racines », dans la reconstruction aberrante d’un passé mythique qui n’a jamais existé.
Ces passéismes se déguisent facilement. La religion, l’adhésion à la religion s’y prêtent, de même que la revendication de racines « ethniques » ou « tribales ». Ces illusions se fondent sur une pseudo-authenticité fabriquée, qui n’a rien à voir avec la réalité. Nous sommes dans un moment où ces trois illusions travaillent des sociétés différentes.
Vous proposez, dans votre dernier livre Pour la Cinquième Internationale, de favoriser la cristallisation de la deuxième vague critique du capitalisme. De quelle manière ?
Samir Amin. Le moment de démoralisation des forces populaires, des ralliements aux idées selon lesquelles le « socialisme était définitivement vaincu » et le capitalisme était devenu « la fin de l’histoire » ont cédé la place, dès la fin des années quatre-vingt-dix, à l’appel au combat pour un autre monde, meilleur. Les forums sociaux altermondialistes ont été l’un des lieux donnant une visibilité aux luttes. Mais il reste beaucoup de chemin à parcourir pour que la convergence de ces luttes se cristallise dans des stratégies cohérentes et efficaces, capables de mettre en déroute les projets de contrôle militaire de la planète par les États-Unis et leurs alliés, d’ouvrir des voies nouvelles au socialisme du XXIe siècle, un socialisme plus authentiquement démocratique que celui de la vague du XXe siècle. Associer le combat démocratique au progrès social, reconstruire sur cette base l’internationalisme des peuples face au cosmopolitisme du capital, tel est le défi auquel la gauche est confrontée dans le monde entier.
Entretien réalisé par Rosa Moussaoui
Tribune libre -
Article paru le 1er février 2008 dans  l'Humanité

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