Informations sur la situation au Maroc
Par le bureau de l'association Maroc Solidarités citoyennes, 18/2/2012
Les nouvelles que nous recevons du Maroc révèlent que les tensions se multiplient sur le terrain des droits humains, économiques et sociaux et sur celui des droits
civiques, notamment des libertés d'expression et de manifestation.
L'adoption par referendum d'une nouvelle réforme constitutionnelle qui n'a pas changé fondamentalement l'organisation des pouvoirs, l'élection d'un nouveau
Parlement et la nomination d'un nouveau gouvernement dirigé par le PJD, ont débouché pour le moment sur une parfaite continuité des politiques appliquées par les pouvoirs publics au Maroc. C'est
pourquoi sans doute, comme dans tous les pays arabes, des mobilisations populaires continuent à manifester dans de nombreux endroits au Maroc, sous les bannières du Mouvement du 20 Février, pour
réclamer une véritable démocratie, un changement radical dans la politique économique et sociale capable de créer des emplois et de combattre la pauvreté, et pour engager une lutte effective
contre la corruption.
Les méthodes répressives restent un pilier du régime marocain
Malheureusement, cette continuité se manifeste également dans le recours aux méthodes brutales de répression et aux emprisonnements arbitraires décidés par des
tribunaux aux ordres des autorités. Citons seulement quelques victimes de ces méthodes: les emprisonnements arbitraires de Rachid Niny, directeur du quotidien Al Massae, du rappeur El Haked, du
champion de boxe Zakaria Moumni, des syndicalistes Seddik Kabouri et Mahjoub Chenou, tous traînés en justice et condamnés à la prison sur la base de procès fallacieux et de "preuves" fabriquées
par la police. Mêmes réactions à l'encontre des étudiants qui demandent seulement à s'organiser dans leur syndicat l'UNEM: Ezedine Eroussi, incarcéré à Taza pour cette raison, est en grève de la
faim depuis le 19 décembre et maintenant en danger de mort, quatre autres étudiants accompagnent sa grève incarcérés à la prison Aïn Kadous de Fès.*
Ou à l'encontre d'un montagnard du village d'Imider (région de Tinghir), Moustapha Ouchtoubane, parce qu'il participe à la lutte des villageois contre une
société minière (la SMI, propriété du holding royal) qui épuise leurs ressources en eau et pollue leurs terres. Et sans même parler ici des Sahraouis emprisonnés pour avoir protesté contre la
violation des droits humains dans leur région ni des militants islamistes arrêtés après l'attentat terroriste de 2003 à Casablanca sans la moindre preuve d'une responsabilité de leur part. Enfin
le Mouvement du 20 février, dont les manifestations répétées sur tout le territoire sont caractérisées par leur caractère pacifique, déplore une dizaine de morts en un an d'existence parmi ses
militants dues aux brutalités policières ou même aux tortures qui leur sont infligées, comme dans le cas de Kamal Ammari, décédé à Safi entre les mains des forces de l'ordre après une banale
manifestation.
Dans ce contexte répressif, relevons une bonne nouvelle: à l'occasion de la fête du Mouloud, le souverain a décidé de libérer 458 prisonniers, parmi lesquels de
nombreux droits communs, mais aussi des militants islamistes ainsi que les syndicalistes de Bou Arfa et Zakaria Moumni le champion du monde de boxe. Nous nous en réjouissons, mais ces grâces
octroyées n'en relèvent pas moins de l'exercice du bon plaisir du pouvoir, comme en témoigne le maintien en prison du journaliste Rachid Niny ou du militant d'ATTAC-Maroc Abdeljalil Agadil à
Safi.
Une situation particulièrement alarmante dans les villes de Safi et de Taza
La ville de Safi a une tradition revendicative qui remonte aux luttes pour l'indépendance du Maroc , aux mobilisations des ouvrières des conserveries de sardines,
des pêcheurs et des travailleurs du port. C'est pourquoi les manifestations du Mouvement du 20 février y sont particulièrement massives et c'est aussi pourquoi les jeunes de ce mouvement y sont
soumis à une violence policière inadmissible. Nous relayons en attaché l'appel à la solidarité internationale lancé par ATTAC-Maroc pour obtenir la fin de ces exactions.
La ville de Taza, située dans le Moyen Atlas à l'est de Fès, fait partie de ce Maroc périphérique abandonné par les politiques du capitalisme mondialisé : celui-ci
concentre ses investissements sur les villes et les grandes plaines de la côte atlantique du pays. Fortement atteinte par le chômage et le sous équipement, la population de Taza s'est massivement
soulevée contre cette marginalisation, à l'image des protestations de masse qui s'étaient produites à Sidi Ifni en 2008. Au lieu de prêter attention à ces revendications, le gouvernement a
répliqué avec les mêmes méthodes : concentration de forces armées pour investir la ville et opérations de ratissage dans les quartiers populaires, avec irruptions violentes dans les habitations,
destruction du mobilier, vols et maltraitances envers les habitants. La situation à Taza pourrait déraper vers des affrontements incontrôlables...
Que faire pour obtenir la cessation de ces atteintes aux droits humains et manifester notre solidarité avec ceux qui exigent une véritable démocratie au Maroc
?
Vous avez l'occasion d'en débattre en participant à la rencontre que nous organisons avec le Centre d'Information Inter-Peuples le 2 mars prochain, salle 150 de la
galerie de l'Arlequin. Nous recevrons un invité très engagé dans le « Mouvement du 20 février », Omar Aziki, Secrétaire Général de l'association ATTAC/CADTM Maroc. Cette rencontre est soutenue
par plusieurs organisations iséroises: ATTAC, la Ligue des Droits de l'Homme, Survie, le NPA.
Nous aurons l'occasion, au cours de cette rencontre, de proposer une pétition pour réaffirmer notre soutien au peuple marocain et pour exiger le respect des droits
humains dans toutes leurs dimensions par les autorités marocaines, particulièrement par le nouveau gouvernement issu de la récente révision de la Constitution.
*
Deux pétitions sont mises en ligne. Il faut des milliers de signatures pour faire pression sur le pouvoir marocain http://www.petitionenligne.fr/petition/etudiants-emprisonnes-en-greve-de-la-faim-ezedine-en-danger-de-mort/2151
Une autre pétition avec des nouvelles plus récentes sur la situation de plus en plus préoccupante d’Ezedine, et des autres grévistes est mise en ligne sur
cyberacteurs:
http://www.cyberacteurs.org/cyberactions/silence-etudiants-marocains-greve-faim-ezedine-eroussi-danger-mort-431.html
CENTRE D’INFORMATION INTER-PEUPLES -
MAROC SOLIDARITES CITOYENNES
MAROC : QUELLES LUTTES ? QUELLES SOLIDARITÉS ?
Soirée-débat
le vendredi 2 mars 2012
à 20h
Salle 150 de la Villeneuve
(galerie de l’Arlequin – station de tram « Arlequin »)
Grenoble
avec Omar AZIKI
Secrétaire Général d’ ATTAC/CADTM MAROC
Manifestations du Mouvement du 20 février, luttes des diplômés chômeurs, mobilisations syndicales, pas un jour ne passe sans que les résistances ne
s’expriment. Comment s’insèrent ces luttes au Maroc dans le processus révolutionnaire qui traverse la région ?
Le pouvoir manœuvre : une réforme constitutionnelle, des élections, un nouveau gouvernement. Mais rien ne change pour la grande majorité de la population. La
répression continue : des centaines de manifestants en prison, des étudiants de l’UNEM en grève de la faim, des chômeurs quotidiennement matraqués, des villes comme Taza en état de siège, la
torture et des morts à Safi, et la liste est longue. Quelle est la vraie réalité du pouvoir autocratique ?
En France, un silence assourdissant des grands médias, un soutien ouvert du gouvernement au pouvoir. Pourquoi ?
Comment ici, est-il possible de construire des solidarités utiles ? Venez en débattre !
9 février par Attac/Cadtm Maroc
Déclaration finale du 4ème congrès national d’ATTAC/CADTM Maroc.
L’association ATTAC/CADTM |1| Maroc a tenu son 4ème congrès national les 27, 28 et 29 janvier 2012 sous le slogan « Pour le renforcement de la dimension populaire
de la lutte contre la mondialisation capitaliste au Maroc ». Malgré le harcèlement des autorités publiques, ce rendez-vous s’est tenu comme prévu à Rabat. Les pressions exercées par l’Etat sur
les responsables du Centre social sahb dahab de Poste Maroc, où le congrès était programmé, nous a obligé de tenir cette activité au siège de l’Union régionale du syndicat marocain l’Union
marocaine du travail (UMT). Les présents au congrès adressent, à cette occasion, leurs salutations et remerciements aux camarades de l’UMT et de l’Association Marocaine des Droits de l’Homme pour
leur soutien moral et logistique qui a contribué à la réussite de nos travaux.
En clôture, notre Congrès national fait les constats suivants :
1. Ce congrès s’est tenu dans un contexte international marqué par l’amplification de la crise du capitalisme mondialisé et l’explosion de la crise de la dette dans
les pays du Nord avec le train de mesures d’austérité qui les accompagne. Sur le plan régional, les révoltes dans le Maghreb et le Machrek s’étendent encore. Sur le plan national, le Mouvement du
20 février (M20F) n’est plus une parenthèse de l’histoire mais la première force d’opposition dans le pays
2. Toujours sur le plan national, le bilan économique de 56 ans « d’indépendance » confirme notre « interdépendance ». Notre pays est dépendant des anciens «
protecteurs » (le capitalisme européen). Ce dernier a profité de cette situation pour piller nos richesses et accroitre notre dépendance. Désormais, les Institutions économiques internationales
(FMI, BM, OMC) contrôlent de manière indirecte les choix stratégiques du Maroc. Le capitalisme local, intimement lié au pouvoir politique, a tiré profit de ces politiques et a accumulé des
richesses ostentatoires au dépend de larges couches de la population.
3. Dans ce contexte est né le M20F. Des dizaines de milliers de manifestants chaque semaine, depuis le 20 février 2011, revendiquent une meilleure répartition des
richesses, la hausse des salaires, la création d’emplois et de logements décents, l’accès gratuit aux soins de santé et à l’enseignement, etc….Ces revendications ont constitué le cœur des luttes
sociales depuis le début des années 90. Le M20F a le mérite d’avoir donné à ces revendications une empreinte populaire. Ce mouvement a réussi pour la première fois dans l’histoire du Maroc à
réunir les citoyens des villes et des campagnes autour de ces thèmes ainsi que sur la base de la lutte contre le népotisme qui gangrène l’Etat.
4. Ces mobilisations ont obligé la classe dirigeante au Maroc à faire des concessions. Son objectif : contourner les revendications populaires. En même temps elle
continue de réprimer et criminaliser les mouvements contestataires.
5. La réformette constitutionnelle n’a fait pour sa part que maquiller le visage du despotisme. Les dernières élections ne sont qu’une représentation d’une piètre
comédie pour aboutir à un parlement non populaire et un gouvernement de façade.
6. Le colmatage opéré par ces dirigeants n’arrive pas à apaiser la crise politique et sociale, causée par les choix libéraux de l’Etat. Le programme du gouvernement
de « façade » reconduit ces politiques (les accords de libre échange, le remboursement de la dette qui absorbe un tiers du budget, les privatisations, etc…).
7. Sauf qu’une bonne partie du peuple a su reconnaitre le caractère superficiel de ces réformes, qui ne changent rien aux conditions de misère, où vivent plus de la
moitié des Marocains. Les récentes immolations des diplômés chômeurs sont l’expression tragique de cette crise sociale. La poursuite des manifestations et des mobilisations est une nouvelle
preuve que le peuple boycotte ces institutions.
8. Prenant acte de ce contexte explosif, l’Etat a amplifié sa répression contre les mouvements contestataires (diplômés chômeurs ; étudiants à Taza, Fès et
Marrakech ; habitants des bidonvilles ; etc…). Le mouvement social à Bouarfa (Est du pays) comme à Safi (Centre) a eu droit à un traitement « spécial » de la part du Makhzen. Des jugements
iniques ont condamné les symboles des luttes dans plusieurs villes. À leur tête Saddik Kabouri à Bouarfa |2| et Abdeljalil Agadil |3| à Safi. Et également le rappeur Mouad L7a9ed (L’indigné) |4|
à Casa. La répression de l’Etat a ciblé aussi le gagne-pain de plusieurs militants dont Mustapha Sandia, membre de notre Secrétariat national (SN), sortant, qui depuis des mois est suspendu de
son travail sans motif légal.
Au vu de ces éléments, notre association tire les conclusions suivantes :
La répression que subissent les mouvements sociaux ainsi que le M20F doit être condamnée avec vigueur.
Le tout sécuritaire reflète l’impasse que traversent le régime et ses institutions.
Les mesures lancées depuis le début du Printemps des peuples n’arriveront pas à résoudre la crise sociale aigüe.
Tant que le pillage des deniers publiques et l’accaparement des richesses nationales par une infime minorité de la population bénéficiant des relations
clientélistes au sein du régime se poursuivra, cette crise sociale continuera à sévir.
Ce clientélisme et ce népotisme sont les mêmes raisons qui expliquent les révoltes que connaissent les pays du Maghreb et du Machrek.
La résistante est la voie possible pour nous permettre d’engranger des victoires dans nos luttes actuelles et futures.
Le M20F est le symbole marocain de cette résistance populaire.
ATTAC/CADTM Maroc réaffirme son adhésion entière aux initiatives et dynamiques de ce mouvement.
Renforcer le M20F passe par l’élargissement de ses composantes, que sont la classe ouvrière, les chômeurs, les étudiants, les élèves, les femmes, les citoyens
démunis et paupérisés dans les villes comme dans les campagnes.
Notre volonté est inébranlable pour construire « Un autre Maroc possible », le Maroc de la justice sociale et de la démocratie populaire.
Le prisonnier politique Abdeljalil Agadil, membre d’ATTAC/CADTM Maroc et M20F-Safi est désigné comme membre d’honneur du SN de notre association.
Le 4ème congrès national d’ATTAC/CADTM Maroc
Rabat, 29 janvier 2012
Notes
|1| ATTAC : Association pour la taxation des transactions financières et l’aide aux citoyens. CADTM : Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde
|2| Le 26 juillet 2011, la Cour d’appel d’Oujda condamne10 militants de la ville pour 12 ans de prison ferme
|3| Le 19 janvier 2012, la Cour d’appel de Safi condamne 15 militants pour 32 ans de prison ferme et 8 millions d’amende (pour les détails voir les communiqués
d’ATTAC sur ce procès)
|4| Le janvier 2012, la Cour d’appel de Casa condamne L7a9ed pour 4 mois de prison ferme, une peine qu’il a purgé en la détention provisoire. Aujourd’hui libre, il
lutte pour sa réhabilitation.
REUNION-DEBAT avec Mohamed Nadrani
LE 11 Février
A 18h
CENTRE CULTUREL DE MESOPOTAMIE
24, Boulevard national 13001 Marseille.
Cette semaine où les bouleversements
gigantesque qui ont secoué plusieurs pays en Afrique du Nord et au Proch-Orient continuent à produire, avec plus ou moins de bonheur leurs effets, et notamment au Maroc avec le mouvement du
20 février, coincide avec le 50ème anniversaire de la disparition d’un des plus grands résistants à la pénétration coloniale au Maroc du siècle précédent ! Il s’agit de Abdelkrim
Khattabi , un des grands initiateurs de la guerre populaire contre le colonialisme qui a su unifier la population du Rif au Nord du Maroc et même au-delà, remportant des victoires
importantes contre l’armée coloniale espagnole et ne pliant que devant une alliance militaire franco-espagnole.
Ce résistant de la première heure, malgré le déni de l’Histoire officielle du pouvoir marocain continue à inspirer des générations entières et notamment le
Mouvement du 20 février ( M20F) qui a pris naissance et a mobilisé dans toutes les villes du Maroc pour exiger la liberté, la démocratie, la dignité et la justice sociale !
Mais les derniers événements à Taza, dans le Nord-est du Maroc où une violente répression s’est abattue sur la population n’épargnant ni les femmes, ni les enfants
et allant jusqu’à l’intrusion et la destruction des domiciles privés de la population civile dans certains quartiers, montrent que le Makhzen ne renonce pas à la manière forte et répressive comme
seule réponse aux revendications citoyennes contre la détérioration de leurs conditions de vie !
Un militant marocain du 20 février, ancien détenu du bagne de Qalaat M’Gouna, comme Hassan II savait les construire et les cacher aux yeux du monde , Mohamed
Nadrani viendra en témoigner. Venez en débattre !
Un montage photo ponctuera les débats !
Arrêté arbitrairement pour son appartenance à l'UNEM.
Aveux arrachés sous la torture, incarcéré dans des conditions inhumaines, inacceptables avec des repris de justice handicapés mentaux encouragés à l'agresser sexuellement ...
Il lui reste deux mois à supporte ce cauchemar...
En longue grève de la faim depuis le 19 décembre, il est extrêmement affaibli...
Seule une rapide libération pourra le sauver de la mort.
Signez la pétition pour la libération d'Ezedine :http://www.petitionenligne.fr/petition/etudiants-emprisonnes-en-greve-de-la-faim-ezedine-en-danger-de-mort/2151
( plus d’informations sur le texte de la pétition)
Forum social thématique 2012 de Porto Alegre /
mardi, 31 janvier 2012
Nous, peuples de tous les continents, réunis dans le cadre de l’Assemblée des mouvements sociaux tenue lors du Forum social thématique « Crise capitaliste - Justice
sociale et environnementale », luttons contre une crise systémique qui se traduit par une crise économique, financière, politique, alimentaire et environnementale mettant en péril la survie même
de l’humanité. La décolonisation des peuples opprimés et la confrontation avec l’impérialisme représentent le principal défi des mouvements sociaux dans le monde.
Nous nous réunissons ici, dans toute notre diversité, pour construire ensemble un agenda d’actions communes contre le capitalisme, le patriarcat, le racisme et tout
type de discrimination et d’exploitation. C’est pourquoi nous réaffirmons nos axes communs de luttes, adoptés lors de notre Assemblée de Dakar en 2011. La lutte contre les transnationales, la
lutte pour la justice climatique et pour la souveraineté alimentaire, la lutte pour l’élimination des violences faites aux femmes, la lutte pour la paix et contre la guerre, le colonialisme,
l’occupation et la militarisation de nos territoires.
Les peuples du monde entier subissent aujourd’hui l’aggravation d’une crise profonde du capitalisme dans laquelle ses agents (banques, transnationales, conglomérats
médiatiques, institutions internationales et tous les gouvernements à leur service) cherchent à accroître leurs bénéfices au prix d’une politique interventionniste et néo-colonialiste. Guerres,
occupations militaires, traités néo-libéraux de libre-échange et "mesures d’austérité" se voient traduits en paquets économiques qui privatisent les biens, baissent les salaires, réduisent les
droits, augmentent le chômage et exploitent les ressources naturelles. Ces politiques affectent lourdement les pays riches du Nord, augmentent les migrations, les déplacements forcés, les
délogements, l’endettement et les inégalités sociales.
La logique d’exclusion de ce modèle ne sert qu’à enrichir une petite élite, tant dans les pays du Nord que dans les pays du Sud, au détriment de la grande majorité
de la population. La défense de la souveraineté et de l’auto-détermination des peuples, la justice économique, environnementale et de genre, sont les clés pour affronter et dépasser la crise, en
consolidant le protagonisme d’un Etat libre des corporations et au services des peuples.
Le réchauffement global est le résultat du système capitaliste de production, de distribution et de consommation. Les transnationales, les institutions financières,
les gouvernements et les organismes internationaux à son service, ne veulent pas réduire leur émission de gaz à effet de serre. A présent, ils tentent de nous imposer "l’économie verte" comme
solution à la crise environnementale et alimentaire, ce qui non seulement aggrave le problème, mais débouche sur la marchandisation, la privatisation et la financiarisation de la vie. Nous
rejetons toutes les fausses solutions à ces crises, tels que les agro-combustibles transgéniques, la géo-ingénierie et les marchés carbone, car ce ne sont là que les nouveaux déguisements du
système. La tenue de la Conférence des Nations-unies Río+20, au mois de juin à Río de Janeiro, 20 ans après Rio 92, renforce la lutte pour la justice climatique en opposition au modèle de
développement capitaliste. La tentative de "verdir" le capitalisme, s’accompagnant de nouveaux instruments de "l’économie verte", doit alerter les mouvements sociaux et leur permettre de durcir
la résistance et d’être les protagonistes de la construction de véritables alternatives à la crise.
Nous dénonçons la violence faites aux femmes qui est exercée régulièrement comme un outil de contrôle de leurs vies et de leurs corps. De surcroît, nous luttons
contre la recrudescence de leur exploitation au travail qui permet aux entreprises d’atténuer les impacts de la crise et de maintenir des marges de bénéfices constantes. Nous luttons contre le
trafic des femmes et d’enfants, contre les relations forcées et les préjugés raciaux. Nous défendons la diversité sexuelle, le droit à l’auto-détermination de genre et luttons contre l’homophobie
et les violences sexistes.
Les puissances impérialistes utilisent des bases militaires étrangères pour fomenter des conflits, contrôler et piller les ressources naturelles et promouvoir des
dictatures en divers endroits du monde. Nous dénonçons le faux discours de défense des droits humains, qui souvent permet de justifier les occupations militaires. Nous nous prononçons contre la
violation permanente des droits humains et démocratiques au Honduras, et plus particulièrement à Bajo Aguán, l’assassinat de syndicalistes et d’acteurs de la lutte sociale en Colombie, ainsi que
le blocus criminel contre Cuba depuis 50 ans. Nous luttons pour la libération des 5 cubains emprisonnés illégalement aux Etats-Unis, l’occupation illégale des Iles Malouines par l’Angleterre, les
tortures et les occupations militaires promues par les Etats-Unis et l’Otan en Libye et en Afghanistan. Nous dénonçons le processus de néo-colonisation et de militarisation à l’oeuvre sur le
continent africain et la présence de l’Africom. Nous luttons également pour l’élimination de toutes les armes nucléaires et contre l’Otan.
Nous exprimons notre solidarité avec les luttes des peuples du monde contre la logique prédatrice et néocoloniale des industries extractives et minières
transnationales, en particulier avec la lutte du peuple de Famatina en Argentine. Nous dénonçons la criminalisation des mouvements sociaux. Le capitalisme a détruit la vie des personnes. Pour
cette raison, de nombreuses luttes naissent chaque jour pour la justice sociale, afin d’éliminer les effets laissés par le colonialisme et pour que tous et toutes, nous ayons une qualité de vie
digne. Chacune de ces luttes implique une bataille d’idées qui rend indispensable les actions pour la démocratisation des moyens de communication indépendants, contrôlés pour le moment par des
conglomérats, et contre le contrôle privé de la propriété intellectuelle. Dans le même temps, le développement d’une communication indépendante doit accompagner notre processus d’émancipation.
Engagés dans nos luttes historiques, nous défendons le travail décent et la réforme agraire et considérons que c’est le seul chemin vers l’économie familiale, paysanne et indigène, c’est un pas
nécessaire pour accéder à la souveraineté alimentaire et la justice environnementale. Nous réaffirmons notre engagement dans la lutte pour la réforme urbaine comme instrument fondamental dans la
construction de villes justes aux espaces démocratiques et participatifs. Nous défendons la construction d’une autre intégration, fondée sur la logique de la solidarité, et le renforcement de
processus tels que l’Unasur et l’Alba. La lutte pour le soutien à l’éducation, la science et les technologies publiques, ainsi que pour la défense des savoirs traditionnels devient urgente à
mesure que ces domaines sont livrés à la marchandisation et à la privatisation.
Nous exprimons notre solidarité et notre soutien aux étudiants chiliens, colombiens, portoricains et du monde entier qui continuent de défendre ce bien commun
qu’est l’éducation. Nous affirmons que les peuples ne doivent pas payer pour cette crise et qu’il n’y a pas d’issue possible au sein du système capitaliste. De grands défis sont inscrits au
calendrier, ils exigent que nous articulions nos luttes et que nous nous mobilisions massivement.
Inspirés par l’histoire de nos luttes et par la force rénovatrice des mouvements du « Printemps arabe », d’Occupy Wall Street, des Indignés et la lutte des indignés
chiliens, l’Assemblée des mouvements sociaux appelle les forces et acteurs populaires de tous les pays à développer des actions de mobilisation coordonnées au niveau mondial. Nous devons
contribuer à l’émancipation et à l’auto-détermination de nos peuples, en renforçant la lutte contre le capitalisme. Nous appelons tous et toutes à renforcer le poids de la Rencontre
internationale des droits humains en solidarité avec le Honduras et à construire le Forum social de la Palestine libre, soutenant le mouvement mondial pour le boycott, le désinvestissement et les
sanctions contre l’Etat d’Israël et sa politique d’apartheid contre le peuple palestinien.
Prenons la rue à partir du 5 juin pour une grande journée de mobilisation mondiale contre le capitalisme. Nous appelons à impulser l’organisation, face à la
Conférence Rio+20, du Sommet des peuples pour la justice sociale et environnementale, contre la marchandisation de la vie et pour la défense des biens communs.
Oui, le temps présent est à la lutte, l’avenir est à nous !
Porto Alegre, le 28 janvier 2012, Assemblée des mouvements sociaux
Traduction : Guillaume Beaulande
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