Dernières colonies françaises

 

Certains, singulièrement des élus « dits » socialistes de Guadeloupe et autres « défenseurs » des libertés se sont offusqués des propos de Claude Guéant (UMP) sur la hiérarchie des civilisations. C’est bien, il était tout de même temps, mais quand même, mieux vaut tard que jamais. Car, admettons tout de même que les propos de Guéant s’inscrivent dans une longue « tradition » raciste de mépris et d’insultes distillés au plus haut sommet de l’Etat colonial Français depuis toujours, quelque soit le régime politique, quelque soit le parti politique au pouvoir. Et cette « tradition » raciste dure et perdure avec la bienveillance de bon nombre de ceux là mêmes, qui aujourd’hui, se disent brusquement choqués. Nous présentons ci-après quelques morceaux choisis parmi tant d’autres, d’expressions et de discours qui n’ont d’ailleurs suscité peu ou pas d’émoi, confirmant ainsi cette bonne vieille « tradition » raciste habituellement acceptée et digérée par les valets tropicaux du système colonial.

 

Jules Ferry, le père de l’école publique, laïque et obligatoire déclarait devant les députés le 28 juillet

1885 : « les races supérieures ont un droit sur les races inférieures ».

 

Le Général de Gaulle, père de la nation Française, disait le 05 mars 1959 : «C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine, et de religion chrétienne. »

 

Jacques Chiracle 19 juin 1991, parlant des immigrés : « ….Et si vous ajoutiez à cela le bruit et l’odeur ».

Nicolas Sarkozy, quant à lui, déclarait à Dakar le 26 juillet 2007 que : « l’homme africain n’est pas assez rentré dans l’histoire ? »

 

Rappelons-nous d’autres propos du candidat Sarkozy : Caen, Montpellier, … mars - mai 2007 : « Alors, c’est vrai, il y a dans notre histoire des erreurs, des fautes, des crimes, comme dans toutes les histoires de tous les pays. Mais nous n’avons pas à rougir de l’histoire de France. La France n’a pas commis de génocide, elle n’a pas inventé la solution finale. Elle est le pays qui a le plus fait pour la liberté du monde. Elle est le pays qui a le plus fait rayonner les valeurs de liberté, de tolérance, d’humanisme. Nous pouvons être fiers de notre pays, de ce qu’il a apporté à la civilisation universelle, à l’idée d’humanité. Nous pouvons être fiers d’être les enfants d’un pays de liberté et de démocratie. Nous pouvons être fiers d’être les enfants de la patrie des Droits de l’Homme. »

 

Toulon 7 février 2007 : « A tous ceux d’entre vous qui sont revenus des colonies en ayant tout abandonné, n’emportant avec eux que leurs souvenirs de jeunesse et cette nostalgie qui ne les quittera plus jamais, je veux dire que si la France a une dette morale, c’est d’abord envers eux. Aux enfants des

harkis qui ont servi la France, qui ont dû fuir leur pays et que la France a si mal accueillis, je veux dire

que si la France doit des excuses et des réparations, c’est à eux qu’elle les doit. A tous les anciens

combattants de nos anciennes colonies, je veux dire la reconnaissance de la France et je veux rendre

hommage à Jacques Chirac de leur avoir rendu justice.

 

Paris 6 mai 2OO7 : « Je veux remettre à l'honneur la nation et l'identité nationale. Je veux rendre aux

Français la fierté d'être Français. Je veux en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi,

et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres. »

 

Le 02 février 2011, le Gouvernement Français lançait l’année des outre mer dont l’objectif principal était « de changer la vision des Français » sur nous, les … ultramarins, les ultrapériphériques. Les Français

auraient donc une vision de NOUS. Rappelons-nous les voeux de Nicolas Sarkozy en 2011 : « Je voudrais vraiment qu'à la fin de cette action et de mon quinquennat, les Français portent un autre regard

sur l'Outre-mer, qu'ils vous voient comme des gens fiers, compétents, parfaitement inscrits dans le monde d'aujourd'hui, ayant parfaitement digéré leur histoire, n'ayant ni amertume, ni revanche, simplement de l'espérance pour eux et pour leurs enfants ».

 

NOUS serions donc sans fierté, sans dignité, sans conscience, incompétents, fainéants, arriérés, primitifs,

…. et surtout pour qu’on lui f…e la paix avec l’esclavage, il nous invitait gentiment à digérer notre histoire. Et nous savons tous ce qui suit la digestion. Aurait-il osé tenir de tels propos à Maillé où en août 1944, l’armée Allemande massacra une centaine de villageois ?

Aurait-il eu le courage et l’insouciance de dire cela à Oradour sur Glane où un village entier a été brûlé et les villageois exécutés par les Allemands en juin 1944 ?

 

Une telle vision nous renvoie donc, inexorablement, aux expositions coloniales dont le but était d’étaler,

d’exhiber la grandeur et l’immensité de l’empire colonial français mais surtout de montrer au monde et

tout particulièrement aux Français « cette mission civilisatrice » qu’un pouvoir quasi divin aurait donné

à la France afin d’éduquer les sauvages, cultiver les indigènes, en faire des hommes suivant les principes et valeurs catholiques, apostoliques et romaines dixit le code noir. La IIIème République ne fut pas en reste sur ce plan là.

 

L’histoire de la France coloniale n’est pas enseignée. Une grande majorité de Français ne savent rien de la barbarie du code noir qui définissait le statut de l’esclave. Ils ne savent pas que Napoléon était un

négrier qui a rétabli l’esclavage en Guadeloupe en 1802 ou que Pierre Messmer au nom de l’état français organisa l’élimination de plus de 300 000 nègres au Cameroun. Ils n’ont jamais entendu parler du code de l’indigénat qui déterminait plusieurs catégories de Français (français français et français moins français).

Ils ne sont qu’une poignée à savoir ce qui s’est passé à Sétif (Algérie, 45 000 morts)ou à Madagascar

(89 000 morts). Et encore moins nombreux sont ceux qui sauraient vous dire ce qui s’est produitles 26,27 et 28 mai 1967 en Guadeloupe (assassinat de plus de 100 Guadeloupéens) ou sur l’île d’Ouvéa sous la présidence de Mitterand en 1988. Rien non plus de l’empoisonnement « légal » du Peuple Guadeloupéen à la chlordécone. Ils ne savent rien non plus sur le rôle moteur joué par la France dans la destruction de la nation Haïtienne et de nombre d’Etats Africains. C’est ça aussi l’histoire de « la France universelle patrie des droits de l’homme » et source d’une « grande civilisation démocratique ».

 

La colonisation, la traite négrière, l’esclavage et tous leurs corollaires (pillage, vol, viol, massacre, épuration ethnique, génocide, aliénation culturelle, domination économique, répression et éradication de toute contestation, racisme, soumission de la classe politique locale, …) ont assuré et assurent encore aujourd’hui à la France ses richesses, sa puissance et son autorité.

 

2011, année des outre merconfirme bien la vision colonialiste de la France vis-à-vis des territoires et des peuples sous sa domination. Nous sommes dans le droit fil de la loi du 23 février 2005 reconnaissant les bienfaits de la colonisation, de la domination et de l’asservissement des peuples.

 

Voilà, toute crue, la réalité devant laquelle certains s’émeuvent seulement à l’approche des élections !

 

Ce n’est pas suffisant. Surtout quand ce sont des alliés inconditionnels de Guéant et Hortefeux. Surtout quand ce sont des fidèles valets au service de l’Etat colonial.

 

Rappelons-nous ceux qui ont été les premiers à réclamer l’usage de la force contre le mouvement

social de 2009. Les mêmes qui se sont entendus avec, Hortefeux, Guéant et Sarkozy pour renier leurs signatures, refuser l’application du protocole du 04 mars 2009 et arrêter toutes relations avec le LKP.

 

Ceux là mêmes qui crachent sur tous ceux qui luttent pour la dignité, le respect et la souveraineté du Peuple Guadeloupéen. Ceux là mêmes qui soutiennent les prélèvements ADN sur les syndicalistes, la répression anti syndicale et lé pwofitan kon Louisy.

 

Ceux-là mêmes qui ont traité LKP de fasciste le 06 mai 2009. Les mêmes qui ont traité les représentants du LKP de raciste pour avoir simplement exigé la priorité d’accès aux postes à responsabilité pour les cadres Guadeloupéens et dénoncer l’attitude des patrons békés Ceux-là mêmes que nous n’avons jamais entendus sur les propos racistes des Despointes, Guerlain ou récemment chez nous de Sylvie Hayot.

 

Ceux là mêmes qui ont fait de la Guadeloupe (congrès des élus du 15 avril 2005), un laboratoire

de remise en cause des droits des étrangers débouchant sur des lois d’exception sur les contrôles expéditifs des étrangers (Haïtiens) et les expulsions sans recours suspensifs d’exécution, ce

qui n’existe pas en France.

 

Encore les mêmes qui méprisaient les Guadeloupéens le 07 novembre 2011 en publiant et en approuvant des propos racistes stigmatisant le Peuple de Guadeloupe : « la majorité des crimes et des délits est commise par des guadeloupéens d’ascendance africaine, ce qui pose la question de la définition identitaire et communautaire de ce territoire ».

 

ALORS, FACE AU MEPRIS, AUX INSULTES. FACE A CETTE BONNE VIEILLE « TRADITION » RACISTE, ON N’EST PAS ANTI - RACISTE ET DEFENSEUR DES LIBERTES FONDAMENTALES PAR OPPORTUNISME, YENKI DAVWA NI ELEKSYON E POU SOVE POS A MINIS A LUREL OU POUR REVENDIQUER LA GUADELOUPE FRANÇAISE !

 

ALORS, DORENAVANT, OSEZ :

- L’Application pleine et entière de toutes les dispositions de l’accord du 04 Mars 2009, conclu avec le LKP ;

- Revendiquer respect, dignité et un véritable développement économique, social et culturel en faveur des

Travailleurs et du Peuple de Guadeloupe aujourd’hui, demain et après demain, ….en toutes circonstances, quelque soit le régime politique, quelque soit le parti politique au pouvoir ;

- Une Guadeloupe souveraine juste et équitable, débarrassée de la pwofitasyon kolonyalis é kapitalis !

 

LKP - Lapwent – 12 Févriyé 2012

 

 

U.G.T.G

UNION GENERALE DES TRAVAILLEURS DE GUADELOUPE

 

Rue Paul Lacavé – 97110 POINTE-A-PITRE 

TEL : 05.90.83.10.07 - FAX : 05.90.89.08.70

E-mail : ugtg@ugtg.org - ugtg@wanadoo.fr

 

Website : htpp://ugtg.org

Web gallery : http://photos.ugtg.org/

Vidéo Web : http://dailymotion.com/UGTG

 

Déclaration du Groupe Révolution Socialiste

Les arrières pensées électoralistes du sueur Guéant nous intéressent peu.

 L’indignation ressentie chez nous et ailleurs est autrement significative. Quel que soit l’emballage utilisé pour faire passer sa marchandise nauséabonde, les propos sont clairs. En parlant de civilisations « qui ne se valent pas », Guéant nous renvoie 130 ans en arrière, quand un certain Jules Ferry déclarait : « la  mission des races supérieures est de civiliser les races inférieures ». C’est de la même  veine que Sarkozy déclarant que « les peuples africains ne sont pas assez entrés dans l’Histoire » ou Le Pen parlant de « l’inégalité des races ».

Le peuple martiniquais n’a pas oublié sa juste colère quand on a voulu lui faire avaler le soi-disant « rôle positif » de la colonisation.

 

Cette vieille idéologie ne suffit  pas pour faire de celles et de ceux qui la diffusent des hitlériens mais elle forme le terreau intellectuel sur lequel poussent les plantes vénéneuses de toutes les formes de nazisme.

 

Serge Letchimy n’a pas dit autre chose et la rage qu’il a déclenchée ne fait que dévoiler la fragilité du vernis « humaniste et démocratique» des pourfendeurs.

En réalité le capitalisme en crise de putréfaction ne fait que libérer les pires relents des idéologies rétrogrades. L’Europe qui a « accumulé le plus haut tas de cadavres de l’histoire » (Césaire) est saisie par ses vieux démons.

Mais nous rejetons totalement les thèses idiotes et criminelles « du choc des civilisations ».

Le choc qui menace l’avenir de l’humanité entière, c’est le choc de la classe apatride des pwofiteurs sans manman contre les peuples, qu’ils saignent comme en Grèce.

 

Nous sommes frères et sœurs de toutes celles et tous ceux qui, partout, résistent à l’écrasement et cherchent les chemins de l’émancipation.

Ensemble, nous rejetons les Guéant

et leur civilisation du fric, du mépris raciste, de répression.

 Qu’il dégage !

notre civilisation n’en veut pas.

 

Le 11 février 2012

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De Septembre à décembre 2011 Mayotte la quatrième île de l'archipel des Comores va connaître un mouvement social historique. Sur ce territoire rattaché à la France en 1974 et encore contesté en terme de droit international (pour l'ONU, l'OUA ou encore la Ligue arabe l'occupation française est illégale). Le 27 septembre un collectif composé de syndicats (Cisma/CFDT, CGTMa, CGC-CFE et plus tard FO), des associations (Solidarité Mahoraise, Association des consommateurs de Mayotte (Ascoma)) et des collectifs tel le "Collectif des citoyens perdus" (né lors de la première mobilisation contre la vie chère de 2009) vont appeler à la grève générale illimitée et à la mobilisation.

Des revendications égalitaires. 
Cet appel est issu d'un mois de tractation pour les composantes de ce que l'on va baptiser « l'intersyndicale ». Ces derniers conviennent d'une mobilisation autour de la thématique de la « Vie chère ». Ce mot d'ordre regroupe une revendication simple la baisse des prix de 380 produits de première nécessité. Mais devant l'ampleur de la revendication l'intersyndicale s'accorde sur la baisse dans un premier temps des prix pour 10 produits (les ailes de poulet, les sardines, le riz, la viande, la farine, le lait, le sucre, les tomates, le sable et le gaz). La première phase d'une mobilisation qui souhaite remettre en cause la société de consommation, un développement vecteur d'inégalité.

Pour ce qui est des forces politiques en présence si ce n'est les élus qui vont se joindre au mouvement afin de couvrir leur intérêt de bourgeoisie locale, les organisations politiques ne participeront quasiment pas au mouvement social en tant que tel. Un gréviste s'exprimait ainsi à la troisième semaine du mouvement : « Tu sais c'est la première fois que l'on conteste vraiment à Mayotte on est pas habitué... » A noter que les organisations politiques de tradition « contestataires » sont quasiment absentes de l'île. Les raisons sont sans nul doute à trouver dans le statut particulier de Mayotte, ainsi le PCF de La réunion a t il apporté son soutien au mouvement non sans que les journalistes n'égratignent ce dernier de leurs commentaires acerbes rappelant que le PC réunionnais contestait la présence française à Mayotte... Il semble difficile pour la presse mahoraise à Mayotte de vouloir se battre pour l'égalité de tous et en même temps de contester une réalité coloniale, l'égalité serait donc bien loin d'être une valeur universelle...

La mobilisation de septembre fait suite à une première mobilisation en 2009 en écho au mouvement du LKP dans les Antilles, mouvement qui avait déjà été sévèrement réprimé par les autorités publiques, les arrestations intervenant plus de 6 mois après la fin des grèves... Ces mouvements avaient la même thématique mais n'avaient mobilisé principalement que les habitants de Petite Terre (seconde île de Mayotte qui comprend en fait plusieurs îlots).

En 2011, ce sera une mobilisation qui va intervenir 5 mois après l'accession de Mayotte au statut de 101ème département français, mais comme le disait le préfet de l'époque (qui sera distingué par le prix Papon par les associations de défense des migrants) un département c'est avant tout des devoirs avant des droits... Dur nouvelles pour les mahorais qui attendaient depuis des décennies ce département. Nul doute que la diaspora mahoraise va aussi jouer un grand rôle dans le déclenchement du mouvement car c'est elle qui va alerter les habitants de Mayotte sur la situation ubuesque de l'économie mahoraise.

Une économie d'inégalité.
Une économie où les prix des denrées sont supérieurs à ce de la métropole depuis la fermeture des frontières économiques et humaines décidée dans les années 90 afin de développer le territoire... Mais des salaires qui restent eux bien inférieurs à la moyenne métropolitaine, le RSA n'existe pas comme l'ensemble des aides sociales que l'on retrouve dans la France métropolitaine et le SMIC n'est toujours pas l'équivalent de celui de la métropole... Une situation sociale et salariale catastrophique pour l'ensemble de la population à l'exception d'une grande majorité des métropolitains de l'île expatriés et surpayés grâce aux primes dont une ironiquement baptisée « prime contre la vie chère »...

C'est ce qui explique en partie la désertion des métropolitains des mobilisations, même si l'aversion de ces derniers pour les manifestations va plus révéler le renouveau d'un esprit colonial mal assumé et une inégalité intériorisée pour nombre de métropolitains. Le statut de colonie de Mayotte sera tellement criant lors de cette lutte que certains mzungus (= blancs) vont très vite retrouver les réflexes que l'on pensait disparus depuis l'Algérie des années 60; mais que la politique répressive des autorités, inspirée tout droit de la guerre contre révolutionnaire menée en Algérie, va refaire jaillir.

Les différentes phases de la mobilisation. 
Cette mobilisation de plus de 44 jours va connaître différentes phases. La répression décidée par les autorités locales dans les premières heures du mouvement va radicaliser ce dernier. Ainsi dès le 28 septembre 2011 le préfet va décider de déployer devant plusieurs centaines de manifestants pacifistes les deux blindés de maintien de l'ordre de la gendarmerie stationnés dans l'ensemble des Dom Tom depuis les manifestations des Antilles (Laissant penser que les DOM TOM restent des pays de « sauvages »). Ce déploiement inimaginable de forces de l'ordre va cristalliser les tensions entre grévistes, soutenus massivement par la population, et les autorités.

Des autorités qui n'auront de cesse d'aller crescendo dans la violence déployée à l'encontre des manifestants. Les tirs de grenades lacrymogènes, de grenades assourdissantes et de flash ball deviennent le lot quotidien de chaque journée de mobilisation. Un choc pour une population qui avait toujours perçu la France comme la mère protectrice... Cette violence va faire son lot de victimes un enfant de neuf ans va perdre son œil à la suite d'un tir de flash ball¹, tout comme un adolescent de 14 ans qui perdra quand à lui sa mâchoire dans des circonstances similaires; et enfin la mort dans des circonstances troubles d'un manifestant fuyant la violence policière.

L’ État a le monopole de la violence légitime...
Mais un tel acharnement de la force publique ne va pas parvenir à démobiliser la population et va bien au contraire faire grossir les rangs des contestataires toujours plus nombreux jusqu'à atteindre plus de 15 000 manifestants pour une île qui compte 200 000 habitants le 13 octobre. Le seul effet que cette politique répressive va développer c'est le blocage partiel puis total de l'île et notamment des activités économiques. Les barrages vont fleurir partout sur l'île à l'issue de la troisième semaine dans le but d'éviter toutes confrontations avec les forces de l'ordre qui ont reçu d'importants renforts (comme le GIPN de la Réunion).

Un blocage qui va caractériser le mouvement sur les dernières semaines de mobilisation même si cette stratégie n'évitera pas toujours les incidents avec les forces répressives, incidents qui tourneront généralement à la faveur des grévistes (ce qui pèsera d'ailleurs dans les négociations). Mais un blocage qui va également cristalliser les tensions entre la communauté métropolitaine et le reste de l'île. Car le blocus économique met à mal des traditions de consommation². Les incidents qui émailleront les blocages, deviendront très vite un outil pour les autorités qui s'appuyant sur un appareil médiatique tout acquis au discours gouvernemental n'hésitera pas à donner un caractère racial à des incidents qui opposaient seulement grévistes et non grévistes comme l'on voit parfois en marge des mobilisations en métropole. Un exemple de la doctrine contre-révolutionnaire, l'outil favori des autorités gouvernementales dans les colonies (dont les DOM TOM), que l'on hésitait pas à proposer à Ben Ali d'ailleurs début 2011.

Les âpres négociations qui vont accompagner ces 44 jours de grève ne trouvant pas d'issue et les tensions se faisant plus fortes autour des barricades une pause est décidée par le mouvement social sans que les négociations n'aient aboutit. 
Le mouvement social ne reprendra qu'un mois plus tard le 19 décembre et ne durera cette fois ci que 2 jours. La signature d'un accord si rapide tient sans nul doute à l'essoufflement du mouvement et aux craintes de l'intersyndicale de voir ce mouvement devenir impopulaire si la lutte devait à nouveau s'éterniser³.

La fin d'une lutte ? 
L'accord trouvé en décembre 2011 reste encore loin des exigences des grévistes. Cet accord ressemble sans nul doute à une tentative de sortie de crise. Ce qui apparaît plus exact c'est que ce mouvement n'est que la prémisse d'autres mobilisations. Ce mouvement est le début d'un vaste mouvement social qui se cherche encore. Il a constitué une véritable onde de choc pour la population en mal de débouchés politiques... Une population qui n'a pas la tradition de la contestation et de la lutte sociale (il n'était pas rare qu'avant chaque manifestation ou action soit entonner successivement prières musulmanes et Marseillaise. Le drapeau français fleurissait aux côtés des drapeaux syndicaux et de certains autres à l'effigie de Mandela...). Chaque jours les syndicalistes synthétisaient l'avancement des négociations et déterminés les stratégies à venir en consultant leur « base » à travers les assemblées populaires ouvertes à tous et toutes qui se tenaient de manière journalière sur la place de la République rebaptisée pour l'occasion place Tahrir...

Même si plusieurs bémols sont à noter dans ce mouvement (le comportement pas toujours très clairvoyant de certains grévistes bloquant les véhicules de secours, des incidents prenant parfois un caractère communautaire sur certains barrages) comme dans chaque mouvement populaire; la force de ce dernier aura sans nul doute d'être populaire et de faire entrer la société mahoraise dans une phase de contestation de son sort et d'aspiration à l'égalitarisme. Si la remise en cause d'un statut de colonie a gagné les rangs de la contestation, cette remise en cause était encore simplement de surface pas question pour autant de remettre en cause la présence française à Mayotte, la volonté affichée était celle de devenir un département comme un autre. Autre bémol et pas des moindres l'isolement dont aura été victime ce mouvement au contraire du mouvement des Antilles qui avait suscité un élan de solidarité important en métropole.

En France cette solidarité va prendre un caractère communautaire, les mobilisations de soutien ne vont se créer qu'autour de la communauté mahoraise vivant en France observée par les médias tel une bête curieuse, pas vraiment comme des citoyens égaux à part entière... Un statut qui n'est pas sans rappeler celui des Algériens des années 60, les français musulmans comme l'on disait à l'époque (des français de seconde zone). Un peu comme si Mayotte avait certes voulu être française mais n'avait pas réellement demander l'avis de la France, la France voulait-elle de Mayotte ??? Alors évidement on peut trouver beaucoup d'explication à un tel mutisme en France (même si certaines sections syndicales françaises ont apporté leur soutien), y compris le mutisme du mouvement social et de celles et ceux qui la composent (isolement du territoire, black-out médiatique, relais d'informations contradictoires, précarité des moyens de communications locaux, rôle ambigü de la communauté métropolitaine présente sur l'île, …). Il n'empêche qu'à l'heure où une population vivait un mouvement historique aux revendications populaires héritées de la spirale des révoltes de la faim, les grévistes mahorais ont vécu un isolement insoutenable et une indifférence devant des aspirations à l'égalité. Le seul soutien notable du mouvement restera celui du LKP aux Antilles. 

Les revendications de la vie chère de l'égalité, de la fin du colonialisme dans les DOM TOM, ne serait-il que l'apanage des seuls DOM TOM? L'anti-colonialisme et la justice sociale des thèmes obsolètes pour la métropole ?

Tibo

¹Le policier déclarera à postériori s'être senti menacé par une bande de dix gamins de 10 ans à peine face à trois agent de police surarmé, y a pas à dire le rapport de force est là, comme quoi la révolution tient à peu de chose) 
² Tradition plus ancrée chez les métropolitains que chez les autres habitants de l'île pour qui la société de consommation n'a que 15 ans avant cette date pas de supermarché sur l'île 
³La perspective de reprise du mouvement social va développer la psychose au sein de la population la population se jetant sur les denrées de première nécessité dans la crainte d'un nouveau long conflit social, le riz va même venir à manquer sur l'île la veille du 19 décembre.

Source : http://www.npa2009.org/content/mayotte-chronique-dun-mouvement-social-historique

vendredi 11 novembre 2011

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Mayotte est plongée depuis quatre semaines maintenant dans le plus long conflit social de son histoire. Un conflit avec un mot d'ordre simple: halte à la «vie chère», mais qui ne cache pas des malaises sociaux beaucoup plus profonds et dramatiques. Une lutte qui va être réprimée par le gouvernement français avec une violence que l'île n'avait jamais connu, digne des rassemblements internationaux... Mais la construction de ce mouvement social sème les graines de la contestation sur la situation de Mayotte et le statut de colonie toujours réel sur cette île, confetti de l'impérialisme français...

Depuis le 27 septembre 2011 dernier, Mayotte, ce jeune département de l'empire, connaît un des plus important mouvement social de son histoire. A l'appel de trois syndicats, d'associations de consommateurs et du collectif des citoyens perdus¹, un mouvement de grève générale et illimitée a été lancé pour protester contre la «vie chère» et réclamer ainsi la baisse des prix sur 11 produits de première nécessité. Ce alors même que l'intersyndicale et les associations de consommateurs ont pointé du doigt plus de 300 produits dont le coût est plus important qu'en métropole . Un mouvement qui n'a cessé de prendre de l'ampleur au fur et à mesure des jours et de la répression qui l'a accompagné et qui l'accompagne toujours.

Instantané de la situation mahoraise

Cette contestation n'est pas sans rappeler les mobilisations sur la même thématique qui ont secoué les Antilles en 2008. Mais si les similitudes semblent visibles, il reste important de préciser le cadre mahorais.. Mayotte se lance depuis 1995 dans une politique drastique de fermeture des frontières qui va s'accompagner dans les années 2000 d'une lutte contre l'immigration qui ira crescendo. Le territoire totalise ainsi en 2010 26000 expulsions dont 6000 mineurs expulsés et plus de 8000 mineurs isolés sur l'île. C'est à dire autant de mineurs isolés et d'expulsions que sur l'ensemble du territoire métropolitain! Une lutte implacable qui n'a de cesse de précariser une large frange de la population, on estime ainsi la population de sans papier à plus de 65000, une population qui représente en même temps la moitié des 36000 actifs de l'île!

La population métropolitaine de l'île représente quand à elle un peu plus de 10 000 habitants, dont plus de 70% ont des revenus en moyenne cinq fois plus importants que les revenus locaux. Des revenus basés sur d'importantes primes et autres avantages liés à l'expatriation de ces français de métropole... Des français de métropole dont l'ancrage local est tout à fait particulier et qui n'est pas sans rappeler une implantation coloniale tant les échanges entre les deux cultures semblent difficiles et épars (une part importante de la population métropolitaine s'implante dans des quartiers peu mixtes qui rappellent les gated communities des Etats Unis). Mais les tensions entre les communautés ne sont pas le seul apanage des relations entre métropolitains et locaux. la lutte contre l'immigration à l'instar de la métropole va se développer et favoriser des idées d'extrême droite, des phénomènes d'exclusion, de racisme voire de xénophobie, qui semblent se répandre toujours un peu plus à Mayotte.

Cette fermeture des frontières pour les hommes va donc être implacable, elle va s'accompagner également d'une fermeture des frontières économiques par la rupture des échanges traditionnels avec la région. La France lance à partir des années 90 un développement de l'île basé sur un isolement régional construit sur et par un pouvoir colonial. L'économie de l'île essentiellement vivrière jusque dans les années 90 va petit à petit se muer en une économie basée aujourd'hui à plus de 90% sur les importations mondialisées et qui a vu progressivement disparaître une large partie des productions locales y compris les productions à forte valeur ajoutée telles la vanille et l'ylang...

Quand aux revenus de l'île, ils sont basés sur des inégalités criantes. Inégalités flagrantes avec la métropole coloniale puisque les aides sociales sont inexistantes sur l'île. Le Smic est inférieur de plus de 100 euros à celui de la métropole. Le RSA est prévu d'être mise en place à partir de 2012 mais seulement à hauteur de 25% du RSA de métropole soit à peine plus de 100 euros par mois. N'oublions pas que la population a un niveau de vie cinq fois inférieur à celui des habitants de la métropole et qu'un tiers de l'île se trouve exclu de fait de toutes hypothétiques prestations puisque sans autorisation de séjour...

Les origines de la contestation.

Profitant de ce nouveau marché qui s'ouvre dans les années 2000, d'un développement éclair voulu par la France, et d'une population qui s'accroit rapidement³, trois grandes plate-forme de distribution vont s'implanter sur l'île: SODIFRAM, SCORE et SOMACO. Tous trois vont se partager le marché en pleine expansion que représente Mayotte. Mais loin de jouer la carte de l'économie libérale capitaliste, ces trois derniers ne vont pas développer de concurrence et vont s'accorder sur les prix des denrées et produits vendus sur l'île. Ces prix vont bien évidement être tirés vers le haut sous prétexte d'éloignement du territoire et de l'origine des produits amenés² . Étrange raisonnement dans un capitalisme mondialisé qui a su tirer les coûts des produits vers le bas en abaissant drastiquement les coûts de transport souvent au détriment de l'environnement et du bon sens. Des politiques économiques incohérentes à un point tel que les économies modernes se trouvent complétement délocalisées et les produits locaux en concurrence implacable avec des produits qui viennent de l'autre bout du monde à moindre frais et dont les coûts ne cessent de se réduire...

Mais la désinformation et la manipulation ne s'arrête pas là, autre argument avancé par les distributeurs et l'Etat pour justifier une flambée des prix implacable, l'origine des produits et le principe de précaution sanitaire... Ironique lorsque l'on sait que les viandes qui viennent du Brésil jusqu'à Mayotte sont interdites en Europe du fait d'un moratoire sanitaire portant notamment sur le boeuf aux hormones... Or, Mayotte n'est pas en Europe alors pas de moratoire possible mais par contre un principe de précaution avancé pour les viandes venues de Madagascar qui jusque dans les années 90 étaient allégrement consommées par la population locale... La grande distribution valorisant ses profits ici avec des marges pharaoniques et sur une crédulité fantasmée de la population...

Mais ces trois grandes sociétés de distribution ne sont pas les seules à se partager ce juteux gâteaux, Total a su s'imposer sur l'île et bénéficie d'un monopole sur les hydrocarbures et une forte présence sur le gaz, il est clair qu'à Mayotte l'on ne vient pas chez eux par hasard...

Dans les années 2000 la création du Conseil Général de Mayotte en vue d'une future départementalisation va s'accompagner de taxes douanières sur les produits importés. Cette institution voit ainsi l'intégralité de ses revenus basés sur les aides de l'Etat français et sur ces taxes douanières puisque la fiscalité foncière reste toujours inexistante sur l'île. Des taxes qui viennent s'ajouter aux taxes de l'Etat concernant l'introduction des marchandises sur l'île. L'ensemble de ces taxes atteignent parfois 30% du prix des produits!

Dernier aspect de cette hausse des prix, cette fois ci beaucoup moins légitime mais s'intégrant parfaitement aux logiques néo libérales capitalistes, l'indexation des prix sur les revenus les plus hauts de l'île, en majorité ceux des mzungu (=métropolitain)... Revenus piégés par les systèmes de prime dont certaines sont dispensées, ironie du sort, du fait du coût de la vie sur l'île. Les prix s'adaptent à ces hauts revenus, créant inégalité et instabilité dans la population où une minorité dispose d'un pouvoir d'achat conséquent sur les denrées de première nécessité à l'inverse des trois quarts de la population de l'île...

Une contestation muselée et réprimée dès le début

Le 27 septembre dernier sonnait le premier jour d'une contestation qui allait durer plus de trois semaines et qui ne s'est toujours pas achevé à l'heure où nous écrivons ces lignes... Ce 27 septembre, en écho aux journées de mobilisation décidées en métropole, Mayotte emboîte le pas et se mobilise sur deux thématiques distinctes. La première de ces mobilisations en lien avec la métropole basée sur la crise au sein du système éducatif dont Mayotte reste l'un des symboles, et l'autre sur une problématique plus locale, la «vie chère». La première manifestation réunira une centaine de personne dont une majorité de métropolitains, alors que la seconde réunira plus d'un millier de manifestants où cette fois ci la population mzungu boude la mobilisation. A noter également que cette deuxième manifestation va se voir encadrée par un imposant dispositif policier qui va apporter son premier lot de tensions. Fort du succès de ce premier rendez-vous et répondant à l'appel à la grève générale et illimitée, une seconde mobilisation est décidée pour le lendemain 28 septembre. Une fois encore cette action va être un succès réunissant plusieurs milliers de manifestants.

Les autorités coloniales face au succès de ces premières démonstrations de force du 27 et 28 septembre, vont déployer en ce second jour de manifestation des moyens policiers massifs allant même jusqu'à l'utilisation des deux blindés de la gendarmerie affectés à Mayotte depuis 2008 et de l'hélicoptère de la Gendarmerie pour protéger la principale zone économique de l'île. Un déploiement policier digne des manifestation altermondialistes, allant parfois jusqu'à rappeler une situation de quasi-guerre. Dès lors la colère des manifestants devant le l'écoute et le traitement de leur revendications des autorités va croître et les premiers incidents vont survenir entre les forces de l'ordre et les manifestants. Les tirs de grenades lacrymogènes et de grenades assourdissantes, les arrestations massives vont pleuvoir et pleuvent encore sur l'île quasiment sans interruption sur les contestataires... Violences policières auxquelles les manifestants vont parfois répondre par des caillassages et des barrages routiers montés à la hâte en vue de blocage de l'île. Mais il faut rappeler que la plupart du temps les grévistes répondront aux provocations et intimidations policières par des mobilisations toujours plus massives...

Mais alors pourquoi un tel déploiement de forces lors des premiers jours de mobilisation? Importante question , où plusieurs pistes de réponse peuvent être avancées. La première tient sans nul doute à l'inexpérience du préfet en place depuis seulement juillet 2011, même si ce dernier peut s'enorgueillir d'une expérience au sein de la préfecture de Guadeloupe en 2008. Le second axe de réponse tient quand à lui aux craintes soulevées par une telle mobilisation qui n'est pas étrangère à la population mahoraise, qui s'était déjà mobilisée en décembre 2009 sur la même thématique. Dernière piste de réflexion relative à l'usage démesuré des moyens répressif, ces mouvements rassemblent dans leur immense majorité la population locale, avec une quasi absence des métropolitains au sein des cortèges et ce même si la tendance s'inverse petit à petit. Un constat qui va laisser un goût amer aux manifestants considérant de plus en plus les actions des forces de l'ordre comme une répression au caractère manifestement colonial. Un sentiment entretenu par les manipulations médiatiques et politiques à destination de la communauté métropolitaine «invitée à rester chez elle et à ne pas se joindre au mouvement de contestation» parfois par le biais de SMS, mais aussi avec des médias qui ne cesseront d'attiser les tensions raciales en rapportant ce qu'il jugent être des manifestations d'hostilités envers les «blancs» (= les mzungus).

Ces premiers incidents vont très vite mettre le feu aux poudres et entretenir les tensions perceptibles sur l'île. Face à cette répression et ces tentatives de maîtrise du mouvement social, l'île va s'enflammer et la jeunesse va se joindre au mouvement. Une jeunesse que les vacances scolaires vont libérer. Les quartiers et les villes plongés dans la misère de l'île vont s'embraser et la jeunesse va affronter les forces de l'ordre plusieurs jours durant, mettant en place barrages, et affrontant les forces répressives à coup de pierres et de cocktail Molotov. Une révolte répondant sans nul doute à une violence quotidienne et un mal être flagrant sur cette île.

Quasiment une semaine d'affrontement après 7 jours de mobilisation, des affrontements et une répression dont les cortèges de grévistes vont être les premières victimes. Les arrestations et les gazages vont devenir quotidiens, et les forces coloniales répressives se renforçant dans le même temps. Lors de la fin de cette première semaine de mobilisation et au cours de la deuxième semaine, le préfet dépêche plusieurs escadrons de gardes mobiles et de policiers venus de la Réunion et de la métropole. Des renforts qui atteindront quasiment 5 escadrons soit 500 hommes, le gouvernement colonial allant même jusqu'à réquisitionner les cowboys du GIPN (Groupe d'Intervention de la Police National) de la Réunion, et déployant des moyens militaires et une surveillance aérienne quasi quotidienne.

Le summum des tensions et de la violences policière va être atteint ce vendredi 07 octobre lorsque un enfant de neuf ans va être grièvement blessé à Longoni, principal port de commerce de l'île. Les policiers sont appelés ce jour là par le directeur du port qui craint une action envers les infrastructures portuaires. Les policiers interviennent alors sur une plage près du port où ils ont repéré un groupe d'enfants. Les fonctionnaires de police déclarent ensuite s'être sentis menacés, par des gamins de neuf ans face à des fonctionnaires surarmés censés «protéger et servir». Le fonctionnaire cerbère a donc tiré à moins de quinze mètres sur cet enfant de neuf ans percuté en plein tête. L'enfant sera ensuite évacué vers la Réunion et les médecins ne pourront malheureusement sauver son oeil... Paroxysme de la violence policière et de la répression dont est victime le mouvement social, cet incident va choquer et émouvoir, mais ne changera pas fondamentalement les actions entreprises par le pouvoir colonial pour mater la rébellion. Ainsi les opérations de maintien de l'ordre se poursuivent et les incidents se multiplient. Mais face à cette répression féroce les grévistes poursuivent inlassablement leur combat et semblent toujours plus déterminés. La stratégie des autorités françaises de l'île va changer alors que les négociations se poursuivent depuis la fin de la première semaine de mobilisation; les forces de l'ordre vont cesser d'être dans la provocation et vont s'échiner à accompagner discrètement les rassemblements de plus en plus importants en nombre de participants.

Des négociations parfois houleuses malgré de fortes démonstration de force du mouvement social.

La grève va atteindre son paroxysme les mercredi 12 octobre 2011 et jeudi 13 octobre 2011, avec des mobilisations sans précédent depuis le début du mouvement. Ces jours sont choisis afin de faire une démonstration de force du mouvement social, et le jeudi les grévistes parviennent à mobiliser plus de 12 000 personnes dans les rues de la capitale régionale Mamoudzou.

Même si les négociations sur les revendications basés sur la baisses des prix de 11 produits de première nécessité (dont le riz, la viande, les ailes de poulet ou encore les sardines...) ont débuté dès le début du mouvement, elles ne se déroulent pas sans difficultés. La violence des forces de répression et la politique de fermeté adoptée par la préfecture envers les grévistes ne sont pas étrangères à ces difficultés. Les intérêts soulevés par ces négociations vont de pair avec des effets d'annonce pilotés par les autorités avec l'appui des médias visant à achever rapidement la contestation voir à la discréditer. L'arrogance des autorités françaises dans la gestion de ces négociations va être flagrante le jeudi 13 octobre dernier, jour du plus grand rassemblement des grévistes depuis le début du mouvement, lorsque le préfet de Mayotte suspend les négociations pour annoncer l'arrivée de la ministre en charge de l'Outre Mer Marie Luce Penchard. Son arrivée ne va que mettre une fois de plus le feu aux poudres. Au lieu d'apaiser la situation cette dernière développe un discours paternaliste aux relents coloniaux, n'hésitant pas à demander aux mahorais de dire merci pour le département que la France leur a octroyé en avril dernier ! Un discours qui va enflammer les esprits et planter de nouveaux les graines de la contestation dans le sentiment marqué de Mayotte assimilée à une colonie.

Un mouvement qui peine à se trouver un fonctionnement de démocratie directe autonome des centrales syndicales.

Si ce mouvement reste piloté majoritairement par les syndicats qui se sont très vite mis au devant de la scène, les associations de consommateurs restant plus dans l'ombre, l'aspect populaire de ces mobilisations est indéniable. Les syndicats n'ont jamais agit sans concertation avec leur base, et des assemblées générales ont pris forme au fur et à mesure du mouvement. Même si ces dernières AG restent encore un peu chaotiques et ouvertement pilotées par les organisations syndicales, le mouvement est resté populaire.

Même si ces efforts de concertation et de liens avec la base développés par les syndicats sont restés constants dans ces journées de lutte; l'autonomisation du mouvement et la construction d'une démocratie directe participative fut plus difficile. En effet les ténors du mouvement social et des assemblées générales sont restés presque exclusivement les syndicats. Le développement d'une assise populaire du mouvement social n'a pas réussit à dépasser ce réflexe de se tourner et de confier la lute aux centrales syndicales mobilisées. Cette constance du mouvement social tient sans nul doute à la faible expérience de mouvements sociaux sur Mayotte, et à la jeunesse des structures syndicales dont bon nombre n'ont pas encore les réflexes des centrales syndicales de métropole (à l'exception notable de FO qui va cultiver avant tout l'intérêt personnel avant l'intérêt collectif).

Le lundi 17 octobre le malaise des négociations prend encore une autre dimension lorsqu'en cette matinée ensoleillée ce sont cette fois les distributeurs qui boudent les négociations et boycottent la table ronde. Une action justifiées par ces derniers par une perte de confiance dans les autorités françaises pour gérer la situation...Mais ce même jour un nouveau coup dur est porté au mouvement social avec la signature par l'Union Départementale Force Ouvrière d'un protocole d'accord, entraînant ainsi une réouverture chaotique des magasins. Un coup dur qui risque de porter atteinte à la mobilisation. Cette démarche personnelle du représentant de Force Ouvrière s'est réalisée sans concertation avec la base tant syndicale que les grévistes mobilisés et en lutte depuis plus de trois semaines.

Après le choc de ce 17 octobre et la morosité du lendemain de ce qui va être ressenti comme une trahison, la journée du mercredi 19 octobre va être un des tournants les plus importants de la lutte engagée depuis quatre semaines maintenant. La stratégie primaire de paralyser les voies de communications de l'île a été de nouveau adoptée. Alors que l'île est paralysée, la répression à Mamoudzou va commettre un énième crime. A Mamoudzou, la capitale locale, alors que les rassemblements n'ont pas débuté, les forces de l'ordre décident d'intervenir sur un groupe de personne rassemblées pour prendre un café. Les grenades lacrymogènes pleuvent, ainsi que les flash ball, c'est alors qu'un fonctionnaire de police tire au flash ball à bout portant et atteint mortellement El Anziz père de famille de 39 ans qui s'écroule à terre. Alors que la foule tente de donner l'alerte auprès des forces de l'ordre, le commissaire de police s'approche du rassemblement et tire des lacrymogènes sur les personnes venus assister la victime et asperge par la même la victime elle-même. Ce crime va mettre le feu aux poudres et les manifestants en colère vont s'affronter toute la journée aux forces de l'ordre sur l'ensemble de l'île où les barrages routiers dureront jusqu'à la nuit. Ces affrontements vont également se ponctuer un peu partout sur l'île par des actions contre les magasins fermés depuis le début du mouvement. Plusieurs magasins, symboles de cette lutte vont être attaqués et leur marchandises récupérées par les insurgés.

Cette stratégie de lutte pour une baisse des prix des denrées de première nécessité adoptée à Mayotte est intéressante. En effet en réclamant une baisse des prix et non une hausse des revenus, les grévistes ont permis de développer la solidarité entre les habitants de Mayotte aux situations variées et parfois extrêmement précaires. Ainsi cette stratégie n'exclut en rien celles et ceux qui tirent leur revenus de l'économie informelle (en majorité les sans papiers) mais aussi celles et ceux qui ne peuvent plus travailler (le système des retraites est absent de Mayotte par exemple). Une lutte qui au fur et à mesure du développement de la situation et de la réaction répressive des autorités, va n'avoir de cesse de gagner en maturité. Une lutte qui s'inscrit sans nul doute dans la contestation d'une économie capitaliste mondialisée vecteur d'inégalités et de discriminations. Un mouvement social qui va également prendre la mesure de la perception de la métropole vis à vis de ce territoire perdu au milieu du canal de Mozambique. Pour bon nombre de grévistes le sentiment légitime est d'être perçu comme des colonisés et le territoire comme une antique colonie.

Mais attention bien loin de nous l'idée que Mayotte s'est lancée dans une véritable lutte pour la décolonisation. Car si le réveil des consciences est intervenu sur la perception de Mayotte telle une colonie la perspective de changement avancée par les grévistes ne tient pas à une décolonisation de Mayotte ou son rattachement aux Comores. C'est bien plus une volonté affichée d'être considéré avant tout comme un DOM comme un autre et un département comme un autre. Espérons que ce mouvement soit la première pierre d'un réel réveil des consciences dans ce confetti de l'empire, et qu'il y est réellement un développement de l'autodétermination réel de la population de Mayotte.

Tibo

¹ Collectif né en 2009 suite à une première mobilisation sur la vie chère

² La viande est ainsi en provenance du Brésil soit plus de 8000 km alors même que Madagascar qui est à moins de 300Km produit de la viande elle aussi

³ Plus de 50% de la population à moins de 18 ans, et compte tenu de la politique de fermeture des frontières de 1995 va bloquer nombre de «migrants», terme contestable car plus de 90% de ces migrants sont des Comoriens qui sont dans leur pays aux yeux de la législation internationale sur l'île qui représente désormais un tiers de la population de l'île. La population est passée ainsi de quelques 40 000 habitants en 1975 à plus de 200 000 aujourd'hui...

Depuis plusieurs semaines, Mayotte est confrontée à une crise sociale, un mouvement sans précédant contre la vie chère. Contacté par leJDD.fr, Elie Domota – le leader du LKP à la tête de la fronde en Guadeloupe en 2009 – revient sur la situation dans l’île de l’archipel des Comores. Et dénonce l’attitude de la ministre de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard.


Depuis quasiment un mois, Mayotte est confrontée à une crise sociale sans précédent. Qu’en pensez-vous ?

C’est un mouvement qui ressemble beaucoup à ce qui s’est passé en Guadeloupe en 2009. Le commerce et la distribution sont contrôlés et la seule réponse de l’Etat, c’est la liberté des prix ! Le gouvernement est en train de proposer à Mayotte ce qu’il nous avait proposé, à savoir la mise en place d’un groupe d’intervention régional sur les prix (GIR) – cela n’a rien donné en Guadeloupe – et un audit. Chez nous, il y a eu deux rapports de l’autorité de la concurrence. Pourtant rien n’a changé. Il s’agit de maintenir en place le même système avec au sommet de la pyramide ceux de la grande distribution qui s’en mettent plein les poches et en bas les Mahorais qui souffrent. Ils ont raison de se soulever contre ce système.

Cette crise est donc vraiment similaire à celle de 2009 en Guadeloupe ?

Pas en tout point. Mais les causes du mal sont les mêmes : une société à deux vitesses avec beaucoup d’arrogance et de mépris. La pauvreté touche une grande partie de la population de Mayotte. On leur a fait croire beaucoup de choses avec la départementalisation (en mars 2011, ndlr). Aujourd’hui, ils se rendent compte que tout ça n’était que du pipeau. Ceux qui possèdent sont toujours au sommet. C’est une crise sociale mais également une crise identitaire, où les Mahorais demandent à choisir ce qui est bon pour eux.

Le leader du Collectif des citoyens perdus souhaitait vous faire venir à Mayotte pour participer aux négociations. Pourquoi n’y êtes-vous pas allé ?

Les Mahorais sont suffisamment forts, courageux et intelligents. Ils le montrent en ne tombant pas dans les pièges qui leur sont tendus par le pouvoir. Après, nous sommes toujours en contact, nous avons eu l’occasion d’organiser des meetings de solidarité en Guadeloupe. Mais je pense qu’ils peuvent faire eux-mêmes ce qu’ils ont à faire à Mayotte, et c’est très bien comme ça. Ils sont tout à fait compétents pour mener à bien leurs revendications.

Vous condamnez la répression et dénoncez l’attitude du gouvernement et de Marie-Luce Penchard. Pourquoi ?

Marie-Luce Penchard n’a rien fait pour apaiser les esprits, pour aller dans le sens de la négociation, d’un véritable dialogue. Toutes ses prises de paroles ont été faites pour mettre de l’huile sur le feu. Elle n’est pas du tout à la hauteur de la situation ! Et ne l’a jamais été. Cela fait plus d’un an et demi qu’elle n’adresse pas la parole au LKP. Aujourd’hui (mercredi, ndlr), un comité interministériel de l’Outre-mer a été organisé à Paris pour faire le point sur les mesures prises. Mais ce sont des mesurettes qui n’ont rien à voir avec les revendications posées. La profitation sur les prix continue, les discriminations raciales à l’embauche aussi, le plan d’urgence pour la formation des jeunes n’a jamais été mis en œuvre… Pourtant, ils font un conseil interministériel pour se congratuler, alors que sur le terrain, tout est en recul. Tout va de travers !

En Guadeloupe, la situation ne s’est donc pas améliorée. Un mouvement de protestation comme celui de 2009 est-il de nouveau possible ?

Aujourd’hui, tous les clignotants sont au rouge. L’Etat n’a jamais tenu ses engagements. Sa seule réponse est la répression. Que ce soit le Parti socialiste ou le gouvernement actuel, personne ne veut régler les problèmes. Tout le monde prépare l’échéance de 2012. La seule mesure pour laquelle ils ont fait de la publicité était l’année des Outre-mer. Mais, pour nous, ce n’est ni plus ni moins que l’affichage des trophées coloniaux et une opération de séduction en direction de la diaspora antillaise et autres à Paris en vue de l’élection présidentielle. Sur le terrain, ni l’Etat, ni les collectivités, ni le patronat ne respectent leurs engagements.

Un médiateur a été envoyé après plusieurs semaines de conflit. Mayotte est en France mais on a l’impression que la situation importe peu…

Tout à fait. C’est le black out médiatique ! Je crois que l’Etat a organisé le boycott médiatique pour ne pas être sur le devant de la scène publique internationale. Nicolas Sarkozy donne des leçons de morale au président turc sur la situation avec les Arméniens mais refuse de donner satisfaction aux revendications des Français de Mayotte. Et puis, l’Etat ne veut pas de contagion ! Il sait très bien que les problèmes de Mayotte sont les mêmes que ceux qui se posent en Nouvelle Calédonie, en Martinique, à La Réunion ou en Guadeloupe. Chez nous, cela commence à bouillonner. Les problèmes restent posés. Un jour ou l’autre, les Guadeloupéens redescendront dans les rues.

Selon vous, quelles sont les solutions à mettre en oeuvre ?

Il faut en finir avec la volonté de faire de ces îles des colonies de consommation ! En Guadeloupe, notre balance commerciale est déficitaire. Nous ne sommes plus un territoire de production mais de consommation des produits manufacturés venus d’Europe. Pour moi, la réponse passe par plusieurs choses, parmi lesquelles la préservation des terres agricoles et la possibilité d’accéder à des postes à responsabilités. Au niveau culturel, il faut que nous puissions nous entendre à la radio ou à la télévision. Sans oublier bien sûr de mettre en place un encadrement des prix des produits de première nécessité, qui ne rentrent pas en concurrence avec la production locale. Mais il n’y a pas de volonté politique. Aujourd’hui, les financiers et les économistes dictent aux politiques ce qu’ils doivent faire. Ce devrait être l’inverse.

Anne-Charlotte Dusseaulx - Le JDD.fr

Mercredi 26 octobre 2011

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