Le 28 octobre, 27 syndicats ont organisé une grève générale dans la fonction publique chypriote turque
qui a été soutenue par l'ensemble de la gauche politique et des organisations étudiantes.
La cause de cette grève est le projet de loi sur "l'organisation du reglement des employés du service public".
Une grève "préventive" avait été initiée plus tôt dans l'année contre la coalition de centre gauche qui n'avait pas initiée
cette contre-réforme, surtout à la veille des élections. Lors de ces élections le parti de droite-pro turc UBP a gagné et a initié cette réforme.

Il convient de brièvement situer ce projet dans le cadre plus large de ce qu'est devenu la République Turque de Chypre du Nord, un Etat uniquement reconnu par la Turquie (et anecdotiquement le Pakistan).
En effet, ce projet ne représente pas seulement une remise en cause d'acquis sociaux mais est le dernier acte de la dissolution d'un peuple, les chypriotes turcs, dans le cadre de l'impérialisme turc. L'histoire de la RTCN est marquée par l'influence de la Turquie. Celle-ci prend évidemment la forme d'une présence militaire de 40 000 hommes dans le nord et un grand nombre de terres confisqués en tant que zones militaires (ce qui fait de Chypre une zone particulièrement militarisée si l'on prend compte les troupes au sud et surtout les immenses bases britanniques qui échappent à la souveraineté chypriote) ainsi que l'installation de populations venues du continent et qui s'apparente à de la colonisation. Cependant, l'impérialisme de l'Etat turc a pris la forme, plus pérnicieuse mais socialement plus destructrice, de politiques économiques ou plutôt de la réduction de ces politiques à leurs plus simple expression, la mise sous respiration artificielle de l'île.
Ainsi, alors que le principal partenaire économique de la RTCN ne pouvait être que la Turquie (en tant que seul pays reconnaissant la RTCN durant une longue période), les gouvernements succesifs turcs en accord avec la direction de l'armée ont délibérement mené une politique de démantèlement de la production dans le nord de l'île.
En revanche, la fonction publique est devenue pléthorique et constitutait le principal débouché pour la population de l'île (insulaires d'avant la séparation et les familles installées par la Turquie). Il convient de rajouter à cela les indemnités de "martyrs de guerre" largement distribuées. L'économie nord chypriote s'est constituée en dépendance de facto par rapport à l'Etat turc alors que ne subsistait comme activité productive locale notable qu'une agriculture traditionnelle (agrumes) et l'agroindustrie, ainsi que, bien sûr l'hôtellerie.
Durant cette dernière décénnie de nouveaux secteurs économiques se sont développées mais sans réellement inclure la population locale: les universités privées (destinées aux étudiants n'ayant pas reussi à intégrer les universités public turcs mais qui sont désormais fortement concurrencées par les nouvelles universités privées turques), les "night clubs" (des maisons closes qui ont pignon sur rue), le secteur du jeu, le secteur de la construction, et les banques qui permettent de blanchir de l'argent. Toutes ces activités emploient en grande majorité des populations de "passage" (enseignants du supérieur turcs continentaux, indiens ou européens dans les universités, travailleuses du sexe d'Europe de l'est ayant généralement des contrats de quelques mois, ouvriers en bâtiment de Turquie...).
En raison de sont utilisation geostratégique, l'Etat turc a choisi un afflux relatif mais réel d'argent à travers la fonction publique locale afin de rendre dépendant les "chypriotes turcs" et, en quelque sorte, "acheter" la paix sociale, ce qui conduit souvent à considérer les "continentaux" (y compris ceux vivant sur l'île) à véhiculer le cliché du chypriote turc "assisté" et "paresseux" sans prendre en compte les politiques de l'Etat turc.
Cependant, une telle politique même pour un petit pays de quelques centaines de milliers d'habitants a un coût qui devient difficile à assumer pour la Turquie, d'ou cette loi qui remet sérieusement en cause les revenus des fonctionnaires. Ainsi, la fonction publique qui avait été délibérément transformé le principal débouché social des chypriotes turcs est paupérisé ce qui aura à terme immanquablement pour conséquence l'émigration de la jeunnesse et la dissolution des chypriotes turcs en tant que peuple (si bien que ce projet de loi est surnommé "loi de l'émigration" par certains manifestants).
Dans ces conditions, l'enjeu de cette grève de la fonction publique apparaît comme de sortir d'un schéma "corporatiste" et d'articuler les revendications de défense des acquis sociaux  avec le colonialisme rampant turc qui lui même s'intègre dans le jeu des impérialismes régionaux. Or, cela présente un paradoxe. S'opposer à une telle réforme prend son sens en tant que tel dans le cadre d'une revendication d'indépendance face à la Turquie alors que le maintien des financements actuels semble impossible sans la contribution de l'Etat turc. Ainsi, une mobilisation des fonctionnaires de l'île face à l'impasse dans laquelle est entraînée Chypre du nord devra rapidement prendre un caractère politique en supplantant les revendications directement économiques au profit d'un discours d'émancipation face à la Turquie et son corrolaire l'union avec le sud, d'une réorganisation économique et sociale de l'île.
Le déroulement de la manifestation du 28 durant laquelle les manifestants, environ 2000 personnes, ont rompu les barrages de la police pour manifester devant le parlement e tl'ambassade de Turquie (qui sont dans la même rue...) permet d'envisager des pistes dans ce sens à travers certains slogans ("Ankara enlève ta main de notre gorge"), ("Démission des valets, le pouvoir au peuple!", "L'objectif est clair 50% assimilation, 50% émigration"... ) ou le panneau "Préfecture de la Répubşique de Turquie" devant l'ambassade
 origine : Correspondant
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