Samedi 20 mars 2010
1 – Les habitants de Bil’in défient la décision de l’armée israélienne
Des dizaines de manifestants ont été blessés vendredi lors de la marche hebdomadaire contre le mur, à Bil’in. Certains souffrent de problèmes respiratoires provoqués par les gaz lacrymogènes que les forces d’occupation israéliennes utilisent quand elles attaquent les manifestants et les militants internationaux solidaires. Tel est le résultat de la répression de cette première des marches hebdomadaires contre le mur et les colonies, suitte à la déclaration de l’armée israélienne décrétant la zone, « zone militaire fermée ».
Mardi, l’armée israélienne a publié une ordonnance déclarant que tout le terrain compris entre la zone bâtie du village et le mur, à Bil’in et Ni’lin, serait zone militaire fermée, tous les vendredis, de 8 h du matin à 8 h du soir, jusqu’au 17 août. Le Comité populaire contre le mur et les colonies, dans Bil’in, condamne et remet en cause cet ordre, il appelle le peuple palestinien et les manifestants internationaux à s’opposer à cette décision en continuant à participer aux initiatives hebdomadaires contre le mur et la colonisation. Les manifestants se sont mis en route pour leur marche hebdo, après la prière du vendredi, s’engageant dans les rues du village et scandant des slogans. Ils appelaient à l’union et ont juré qu’ils resteraient déterminés face à l’occupation et à la répression israéliennes. Les slogans visaient également la décision israélienne d’annexer les lieux saints palestiniens à Israël, en les intégrant dans son héritage culturel. La marche a appelé aussi à la libération de tous les prisonniers et a clairement condamné la déclaration de « zone militaire fermée » pour des terres du village.
La marche a très vite quitté la partie construite du village et s’est avancée vers le mur, là où les forces d’occupation israéliennes s’étaient postées derrière des blocs de béton, de l’autre côté. La porte du mur était fermée par des barbelés. Néanmoins, les manifestants purent se frayer un chemin à travers, et se dirigèrent vers les terres qui sont derrière le mur – des terres qui appartiennent à des gens de Bil’in. Ils furent reçus par les FOI, qui leur ont balancé des grenades assourdissantes, des lacrymogènes et tiré sur eux à balles caoutchouc. Les gens qui manifestaient dans leurs oliveraies furent visés et des dizaines d’entre souffrent de l’inhalation des lacrymogènes.
L’appel lancé par le Comité populaire de Bi’lin à continuer et à renforcer leurs manifestations n’a pas seulement été entendu par les gens du village de Bil’in et par les pacifistes. Le Dr Mustafa Barghouti, secrétaire général de l’INP (Initiative Nationale Palestinienne), et Hisham Abu Raya, membre du bureau politique du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) participaient également à la marche.
Le Dr Mustafa Barghouthi a déclaré que, « La décision de l’occupant d’interdire aux Palestiniens de Bil’in et Ni’lin d’accéder à leurs terres dans la zone du mur d’apartheid, et la déclaration disant que le secteur aux alentours du mur était zone militaire fermée, étaient illégales. Elles émanent d’une force d’occupation illégale. Nous ne l’accepterons pas et nous nous y opposerons. » Barghouthi a en outre appelé la communauté internationale à réagir devant les mesures répressives des autorités de l’occupation, en les sanctionnant, tout comme cela fut fait pendant l’apartheid d’Afrique du Sud.
Hisham Abu Raya a de son côté indiqué que ce jour était un jour mémorable pour Bil’in et pour la résistance populaire. Les gens ont montré qu’ils pouvaient casser, et qu’ils casseraient la décision de l’occupant déclarant les zones de Bil’in et Nil’in zones militaires fermées. Et de poursuivre : « Ce jour défend Jérusalem et les lieux saints islamiques et chrétiens. C’est un jour de résistance contre la judaïsation de Jérusalem. »
Une délégation du consulat des Etats-Unis est venue avant-hier à Bil’in, et a écouté les explications très précises du Comité populaire à propos du tracé du mur et du début des travaux, et de cette décision des FOI de déclarer Bil’in zone militaire fermée tous les vendredis pendant six mois.
2 – Ni’lin : plus de répression israélienne rend plus forte la résistance populaire plus forte
La décision des FOI de la semaine dernière de déclarer les terres de Ni’lin proches du mur, zone militaire fermée tous les vendredis pour empêcher les villageois de se rendre au mur et sur leurs terres n’a pas dissuadé les gens de Ni’lin de manifester chaque vendredi. Après la prière de vendredi dernier, plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées dans le village et ont marché vers la terre que les forces d’occupation ont confisquée. Les manifestants scandaient des slogans contre la politique d’occupation et contre la répression de la résistance populaire à Ni’lin et partout en Palestine.
Ayant connaissance des nouveaux ordres de l’armée, les habitants avaient modifié le parcours de leur marche, anticipant sur ce qu’avaient pu prévoir les forces d’occupation.
En fait, quand les manifestants arrivèrent près du mur d’apartheid, les jeeps et des soldats de l’armée israélienne étaient stationnées de façon inhabituelle près de la porte du mur. Protégés par leur mur, les soldats se mirent alors à lancer des lacrymogènes sur les manifestants, qui se défendirent à lançant des pierres sur l’armée qui avait envahi leurs terres. Beaucoup de manifestants ont souffert d’avoir respiré les gaz.
Les manifestants firent savoir aux forces d’occupation, par haut-parleurs, que leur décision de déclarer le terrain proche du mur "zone militaire" ne serait pas respectée par les habitants car cette terre n’était pas une propriété de l’armée, mais du peuple de Ni’lin. Les habitants firent remarquer qu’ils approchaient de la fin de leur deuxième année de manifestations hebdomadaires et qu’ils passeraient outre ces ordres et continueraient les manifestations contre le mur d’apartheid.
Les forces d’occupation continuèrent de pilonner les manifestants avec leurs lacrymogènes pendant trois heures. Se cachant derrière les oliviers, les soldats essayèrent plusieurs fois d’arrêter des gens du village. En fin de compte, les habitants de Ni’lin décidèrent de rentrer chez eux.
L’ordre de déclarer les terres de Ni’lin « zone militaire fermée » est une étape de plus dans la campagne de répressions contre le village. Déjà , depuis quelques semaines, les internationaux et la presse sont interdits d’entrée dans le village, les vendredis.
3 – Nabi Saleh : un village agressé
L’armée israélienne a agressé la manifestation hebdomadaire à Nabi Saleh aussitôt la fin des prières des habitants de ce vendredi. Les gens du village et les internationaux avaient à peine commencé leur marche que les soldats se mirent à tirer des balles d’acier enrobées de caoutchouc et à leur lancer des lacrymogènes. Les soldats israéliens ont alors pénétré de force dans plusieurs maisons du village et pris position sur les terrasses, pour avoir une meilleure vue sur les manifestants.
Cette agression contre le peuple par l’armée israélienne a fait trois blessés chez les villageois, touchés par une balle caoutchouc : l’un à la tête, un autre, Mahmoud Abdul Hafiz Tamimi, 85 ans, a été atteint par une balle à la main droite alors qu’il était chez lui, et un autre, de Nabi Saleh, fut touché par une balle à une main. L’armée israélienne a également arrêté deux villageois : Amjad Abdul Hafiz Tamimi et Omar Saleh Ayyub.
Deux internationaux ont également été blessés. L’un a reçu deux balles directement dans un pied. Un témoin dit que l’armée occupait plusieurs maisons nouvellement construites d’où elle lançait ses attaques. Trois militants internationaux se sont approché de l’une de ces maisons et se mirent à parler aux soldats, leur demandant d’arrêter de tirer sur les maisons et sur les gens, l’un des soldats lui tira directement dessus, avec des balles caoutchouc, l’armée tira aussi sur ceux qui venaient le secourir. Des témoins ont en outre déclaré que l’armée avait tiré à balles caoutchouc et lancé des lacrymogènes directement sur les maisons à l’entrée du village, brisant les fenêtres et les panneaux solaires pour le chauffage, et provoquant bien d’autres dégâts.
Les soldats israéliens ont harcelé un homme, malade des reins, qui s’appelle Abdul Razaaq Tamimi, et dont 4 de ses enfants ont arrêtés il y a deux semaines. Les soldats harcelèrent Tamimi en balançant des lacrymogènes à l’intérieur de sa maison où se trouvait notamment une personne de 85 ans, malade de pressions artérielles et de diabète, qui dormait dans sa chambre quand les soldats se sont mis à tirer, cette personne a été obligée de sortir et dans ce contexte, de respirer les lacrymogènes.
La maison d’Ali Nemir Tamimi a subi également les tirs de balles caoutchouc, Tamimi fut blessé à la main droite et sa maison subit bien des dégâts matériels, ainsi que sa voiture.
De plus, les soldats israéliens avaient déjà arrêté Jameel Abdul Qadir et Hassan Ahmad le jeudi d’avant. Les jeunes du village avaient retiré des pancartes que les colons de la colonie voisine d’Halmish avaient mises près d’une source d’eau dont les colons veulent déposséder ses propriétaires. Les deux jeunes ont été arrêtés alors qu’ils marchaient dans le secteur où les faits s’étaient déroulés, et ils furent accusés d’avoir participé à l’enlèvement des pancartes.
4 – Deir Nizam : deux personnes arrêtées et trois autres blessées
La manifestation hebdomadaire à Deir Nizam a subi une fois de plus une répression dure par les forces d’occupations. Abdul Jawad Taher, 19 ans, et Khairallah Mahmoud al-Tamimi, 37 ans, ont été arrêtés tous les deux un jour où les balles caoutchouc et les lacrymogènes fusaient de partout.
Ce vendredi, les manifestants sont partis après la prière du vendredi en direction des terres menacées. Il leur faut d’abord traverser une route de contournement réservée aux colons, qui court près du village et coupe ses terres. Les forces d’occupation étaient déjà stationnées le long de cette route coloniale et ont commencé à lancer des grenades et à tirer à balles caoutchouc sur les manifestants aussitôt que ceux-ci arrivèrent sur la route. Le gens ont essayé de se défendre avec les seuls outils qu’ils avaient : les pierres de leur sol. L’affrontement a duré jusqu’à l’après-midi et trois personnes furent blessées, toutes par des balles en caoutchouc.
Les villages de Deir Nizam et Nabi Saleh manifestent tous les vendredis depuis que l’armée a annoncé la confiscation d’environ 4 000 dunums (400 ha) de terres de leurs villages.
5 – Budrus : une personne arrêtée, une autre blessée sérieusement et un grand nombre de choquées par les gaz
Une grande manifestation a eu lieu à Budrus, village à l’ouest de Ramallah. Les manifestants ont marché en direction du mur d’apartheid pour protester contre un récent ordre militaire israélien qui leur confisque une partie des terres du village, sur laquelle les FOI ont déjà construit des miradors. Ces installations militaires s’intègrent à une infrastructure qui prépare la construction du mur d’apartheid dans cette zone. Les gens manifestaient également contre la récente politique israélienne à Jérusalem pour judaïser toujours plus la cité et qui contribue à développer une colonisation agressive.
Comme dans les autres villages de Cisjordanie, après la prière du vendredi, les gens se sont rassemblé pour une protestation populaire. Au même moment, l’armée israélienne est arrivée et a commencé à tirer à balles caoutchouc et des lacrymogènes sur les manifestants, faisant plusieurs blessés, dont une personne touchée au visage et à la main par une grenade lacrymogène à son explosion.
Après une heure de manifestation, l’armée israélienne avait arrêté 4 manifestants palestiniens et un international ; tous, sauf un, furent relâchés sur les pressions de leurs familles et des manifestants.
La manifestation s’est poursuivie jusqu’à 19 h, pendant laquelle l’armée eut besoin d’un fort déploiement de forces, dont 12 véhicules militaires, pour arrêter les villageois qui manifestaient sur le propre sol. Les soldats utilisèrent les balles d’acier enrobées de caoutchouc et les bombes sonores, ainsi qu’un système de catapulte capable de lancer plus de 60 grenades lacrymogènes à la fois et dans toutes les directions.
La terre que les Israéliens ont décidé de confisquer appartient aux agriculteurs et à des propriétaires terriens de Nabi Saleh. Ces propriétaires et les manifestants envisagent de poursuivre les actions dans le style de leurs précédentes manifestations, contre la confiscation des terres de Budrus pour la construction du mur.
http://stopthewall.org/latestnews/2204.shtml
traduction : JPP pour la CCIPPP
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