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Excepté la Turquie et Israël, tous les autres Etats de la rive sud de la Méditerranée sont des pays membres de la Ligue arabe.
C’est l’évidence par conséquent que le projet d’Union pour la Méditerranée que leur propose l’Union européenne concerne tout autant le reste du monde arabe, au sens où ce qui se décidera dans
cette union déterminera sur beaucoup de questions ses propres positions.
Tout comme elle s’est imposée en tant qu’ensemble dans son projet, l’Union européenne aurait dû par conséquent inviter le monde arabe dans la même forme. Cela d’autant que les problèmes les plus
cruciaux en terme d’urgence qui se posent à la région méditerranéenne ont leurs origines au Moyen-Orient, dans le monde arabe. Le projet d’Union pour la Méditerranée élargi à l’ensemble de ce
monde arabe aurait pu constituer le cadre de règlement du conflit arabo-israélien, par l’entremise de l’Union européenne.
Au lieu de cela, il apparaît légitimement comme un montage destiné à saper la position unitaire du monde arabe autour de la solution de ce conflit. D’où le soupçon qu’ont certains dirigeants
d’Etats arabes que la démarche européenne est d’inspiration israélienne, ou conçue pour le moins pour faire aboutir les intérêts de l’Etat hébreu. Il se trouve que sauf l’Egypte, tous les autres
Etats arabes de la rive sud de la Méditerranée n’entretiennent pas de relations officielles normalisées avec Israël. Pas même le Maroc qui entretient avec lui des rapports et une coopération
inavoués. Les promoteurs du projet d’Union pour la Méditerranée n’ont-ils pas lancé leur initiative dans le but de « forcer la main » à ces Etats en les poussant à une « union » dans laquelle
leur présence prendrait valeur de reconnaissance de fait de l’Etat hébreu ? Si elle n’a pas ce calcul, pourquoi l’Union européenne ne soumet-elle pas la participation d’Israël dans l’Union au
préalable de son engagement à respecter et à exécuter toutes les résolutions internationales relatives à la question palestinienne ? Pourquoi surtout elle n’accorde pas aux Palestiniens la
reconnaissance pleine et entière d’entité étatique dans cette union ?
Dans ses tentatives de jouer un rôle dans les affaires proche et moyen-orientales, l’Union européenne use de détours et d’artifices qui ne la grandissent ni diplomatiquement ni moralement. Sa
puissance économique, le poids conjugué au plan international des Etats qui la composent, sont des atouts qu’elle pourrait pourtant employer efficacement pour faire avancer les principes dont
elle prétend être la gardienne, et surtout en obtenir le respect. Au lieu de cela, elle se fait dans cette affaire d’Union pour la Méditerranée le poisson pilote d’une opération de « débauchage »
en direction d’une partie du monde arabe au profit des intérêts de l’Etat d’Israël.
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