Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Recherche

Algérie

Au troisième jour de grève la paralysie du trafic est totale en Algérie. 95 % des cheminots sont en grève.


Vent de colère chez les cheminots. Le mouvement de protestation, spontanément initié par la base syndicale, a engendré hier d’importantes perturbations dans le transport des voyageurs et de marchandises sur le territoire national. Dans la capitale, la majorité des trains de banlieue n’a pas quitté le quai. Même le service minimum n’a pas été assuré. Par conséquent, de nombreux usagers, désirant rejoindre Alger, sa banlieue ou d’autres wilayas du pays, n’ont pas pu le faire.


Les citoyens devaient se rabattre sur d’autres moyens de locomotion. D’aucuns n’ont pas manqué de pester contre ces intempestifs tracas. « C’est surprenant cette grève ! Je n’ai pas eu vent d’une telle action. Sinon, j’aurais pris mes précautions », susurre un étudiant. Au niveau de la gare Agha, le silence régnait dans les quais. Bras croisés, des préposés au guichet ne savaient pas quoi faire. Pas très loin, un groupuscule de cheminots-syndicalistes tenait des conciliabules. Le ras-le-bol est à son acmé. « Nous avons déclenché ce mouvement de grève illimitée parce que nous avons été exclus des rémunérations salariales. Ceci alors que d’autres secteurs d’activité sont concernés par les conventions de branches », tonne un syndicaliste, affilié à une section syndicale de la région d’Alger. Quid du préavis de grève ? « On n’a pas besoin de le donner. Cette grève est l’expression d’un grand malaise au sein de notre corporation. Nous touchons des salaires de misère. On ne peut plus continuer de vivre comme ça, d’autant plus qu’on vient de nous signifier que nous ne sommes pas concernés par les conventions de branches », tempête-t-il, estimant que les grévistes sont convaincus de la justesse de leur revendication. Pris de court et accusée par sa base de « trahison et de complicité avec l’administration », la Fédération nationale des cheminots, affiliée à l’UGTA, observe de loin le remue-ménage.
« Notre syndicat a tourné le dos à nos doléances », déplore notre interlocuteur. Les sections syndicales de la région d’Alger ont déjà saisi le bureau fédéral de leur syndicat et la direction générale de la SNTF, les interpellant sur leur situation sociale « intenable » et afin de satisfaire leurs « droits inaliénables ». « Nous avons consenti des sacrifices durant la décennie noire. Et aujourd’hui, on nous refuse injustement une augmentation des salaires dans le cadre des négociations sur les conventions de branches. Nous ne demandons que notre droit à un salaire décent. Nous ne demandons pas la lune », réclame un autre syndicaliste, rencontré au siège de la direction régionale de la SNTF, à Alger. Ils sont nombreux, d’ailleurs, à observer un pied de grue afin d’exprimer leur colère. « Le cheminot est devenu presque un mendiant. J’ai trente ans de carrière. Et mon salaire de base ne dépasse pas 19 000 DA. C’est injuste », raconte, amer, un vieux cadre de la société, en indiquant que bon nombre de cheminots, loin de joindre les deux bouts, traînent fatalement des maladies chroniques. Par ailleurs, ils rejettent avec véhémence l’argument de l’administration selon lequel la SNTF n’est pas en mesure de consentir de nouvelles augmentations salariales. « Ce n’est pas de notre faute si cette entreprises est en crise. C’est leur responsabilité de redresser la barre. Après tout, c’est à eux d’assumer la situation catastrophique dans laquelle elle se trouve. Ce n’est pas à nous de payer les pots cassés », affirment-ils à l’unanimité.


« Grève illicite »

Si ce mouvement de grève, de l’avis des syndicalistes, a enregistré une large adhésion, la SNTF tente de minimiser son ampleur. « Ce mouvement est illicite et ne répond pas aux procédures légales », soutient Dakhli Noureddine, directeur des ressources humaines à la direction générale de la SNTF, lors d’un point de pressé improvisé dans l’après-midi d’hier. « Le taux de suivi national est de moins de 40% et a touché particulièrement les wilayas de Annaba, Constantine, Alger et Oran », ajoute-t-il. Selon lui, 20% des trains de la banlieue algéroise n’ont pas suivi le mot d’ordre de grève. Idem pour les trains des grandes lignes qui ont circulé à hauteur de 50% à l’Est et 33 % à l’Ouest. Interrogé sur les motifs du refus à la SNTF d’accorder des augmentations salariales, celui-ci a rétorqué que l’entreprise n’est pas, financièrement, en mesure de le faire. « Notre société connaît une situation de déficit. Nous ne pouvons pas nous permettre une augmentation aussi conséquente », indique-t-il, en rappelant que la SNTF a consenti, par le passé, des efforts « importants » en matière salariale en direction des travailleurs du chemin de fer. Entre autres « gestes » brandis comme un trophée de guerre, par l’orateur, l’augmentation des salaires liée au régime indemnitaire depuis mars 2008, la mise en place depuis septembre 2009 d’une grille des salaires et d’une autre nouvelle grille indiciaire avec une majoration de 20% du SNMG, d’ici novembre 2010. Même s’il ne brandit pas clairement la menace de poursuivre en justice les grévistes, M. Dahkli souligne que « la loi nous confère la responsabilité d’appliquer certaines mesures », notamment la ponction sur salaires.

Par Hocine Lamriben

 

Source : El Watan du 10 mai 2010

Voir également dans le même journal :

52 gares ferroviaires de l’est du pays paralysées

La grève des cheminots continue : Une paralysie presque totale

Troisième jour de grève à la SNTF : Paralysie totale des gares

Egalement sur Alger-Républicain

Les cheminots algériens en grève illimitée pour des salaires qui rattrapent la hausse du coût de la vie.

Ce 1er mai 2010 est l’occasion de fêter le développement des luttes ouvrières et populaires et de célébrer les premiers acquis de notre combat, c’est aussi l’occasion de faire le point sur nos faiblesses et de tracer nos perspectives.

Le capitalisme mondial s’enfonce dans la crise et précipite dans le désarroi des pans entiers de l’humanité pour préserver les profits alors que les défis alimentaires, sanitaires, énergétiques et climatiques se font plus pressants,

Dans notre pays, les partisans du libéralisme, ceux du pouvoir comme ceux de l’opposition, avouent l’échec de cette politique dictée par les grandes puissances, une politique qui a gaspillé nos ressources, démantelé nos capacités productives et livré le marché  des multinationales.  

Un tournant patriotique inconséquent et contradictoire

Bouteflika et Ouyahia, disent se repentir de leur politique ultralibérale suicidaire mais le tournant patriotique qu’ils peinent à mettre au jour est fait de contradictions et d’inconséquence. On confie la réhabilitation des entreprises à ceux qui ont dirigé leur destruction. On charge ceux qui  aggravé la dépendance de protéger notre économie. Et pendant que le redressement des entreprises traine, on continue d’offrir les contrats et les concessions aux multinationales.

Pendant que les grandes puissances utilisent tous leurs moyens pour annuler les timides mesures protectionnistes, organisent les représailles diplomatiques, mobilisent leurs relais locaux, le régime, centralisé autour du Président affaibli, semble paralysé. Il se déchire dans les luttes de succession. Les classes possédantes révèlent leur inconsistance économique et leur vassalité.  Leur intégration dans les circuits d’importation et d’affairisme les place dans l’opposition à un tournant pourtant destiné à servir les producteurs nationaux.

Les travailleurs sont la solution !

Alors que la jeunesse est livrée à la précarité et que les masses populaires sont menacées de clochardisation, le spectacle odieux de la corruption massive et du pillage systématique au profit des possédants nationaux et au profit de leurs tuteurs étrangers est révoltant. 50 ans après l’indépendance, l’Algérie régresse malgré les réserves immenses prêtées aux pays riches. Ce gâchis économique et social sème le défaitisme et le désespoir. Il y a aussi une perte de confiance dans toutes les représentations politiques. C’est ce désarroi que ciblent les offres de service de petits sauveurs de la Nation qui se proposent de remplacer Bouteflika pour conduire une politique qui lui ressemble.

La solution n’est pas non plus la surenchère  identitaire. L’exploitation capitaliste et le pillage impérialiste ne sont ni une question morale ou religieuse, ni  un problème régional ou linguistique, ils accablent l’humanité entière dans la diversité de ses cultures et de ses expériences historiques.

L’expérience des dernières décennies confirme le rôle nécessaire et déterminant des travailleurs et des masses dans toutes les avancées politiques et sociales, pour les libertés en 80 et 88, pour tamazight en 80 et 94, pour défendre nos entreprises en 2001 et 2003, pour préserver la médecine gratuite en 2002  et nos retraites en  2009.  Oui, ce sont nos luttes qui les ont obligés à dépenser pour nous loger et pour goudronner nos routes, sinon ils auraient offert cet argent à BRC, à Tonic, à Falcon ou aux intermédiaires émiratis ! A El Hadjar pour démasquer les maffias, avec les enseignants, les cheminots et Rouiba, pour les salaires, avec Diar Eschems pour les relogements, les travailleurs, les masses populaires ne sont pas le problème, ils sont la solution !

Les cheminots, les communaux ont repris l’offensive !.

Après des années de grèves interdites, de rassemblements matraqués à travers nos quartiers et nos villages, de lourdes condamnations pour les  jeunes révoltés et de persécution pour nos syndicalistes, les luttes populaires ont obligé le pouvoir à céder un peu. Trop peu au regard des besoins sociaux, trop peu quand on pense aux prix des légumes. Mais après avoir concédé des augmentations et s’être résigné à l’effet rétroactif, après avoir consenti quelques relogements, Ouyahia a voulu profiter du cafouillage syndical chez les enseignants pour éteindre la contestation et faire passer son code du travail, son code de régression sociale.

Mais malgré l’intimidation et les menaces, les cheminots, les communaux ont imposé leur grève, les mal logés et les médecins ont repris leurs rassemblements, les enseignants se mobilisent, El Hadjar se prépare. 

Pour une alternative démocratique, anti libérale et anti-impérialiste!

Pour améliorer la situation des masses, peut on compter sur ceux qui tirent profit de notre exploitation ? Organisons la mobilisation ouvrière et populaire ! Imposons les libertés démocratiques ! Pour un syndicat de classe autonome démocratique et combatif !

Contre la corruption, peut-on compter sur ceux qu’elle nourrit ? Levée du secret bancaire et contrôle populaire !

Pour construire l’économie nationale peut-on compter sur les organisateurs de la dépendance ? Peut-on reposer sur notre bourgeoisie qui tire sa fortune des trafics ? Pour un programme de développement au service des besoins sociaux des masses ! Construire le mouvement politique le parti qui représente les travailleurs, les jeunes et tous les opprimés !

Nos défis sont à l’échelle planétaire, construisons la solidarité internationale !

SN du PST. Alger, le 1er mai 2010


PARTI SOCIALISTE DES TRAVAILLEURS

PST 27 Boulevard Zirout Youcef, Alger.  Tel/fax  021 71 47 72 – Mob 07 71 97 49 39  Email pst_dz@yahoo.fr   Siteweb : www.pst-dz.org


Le comité de solidarité avec les femmes violentées à Hassi Messaoud annonce son intention de se restructurer en instance ou observatoire de veille pour alerter sur les violences à l’égard des femmes et les dénoncer. Composé d’une quinzaine d’associations de défense des droits de l’homme en général et des droits des femmes en particulier, ce comité exige de l’Etat qu’il assume son devoir de protection des travailleuses…


Réunies autour d’un collectif de soutien aux femmes violentées à Hassi Messaoud, une quinzaine d’associations ont décidé de se restructurer en une instance de veille chargée d’alerter sur les violences à l’égard des femmes. C’est ce qu’a annoncé Mme Cherifa Bouatta, de l’Association de défense et de promotion des droits des femmes (ADPDF), porte-parole du comité, lors d’une conférence de presse animée hier au siège de la Ligue algérienne des droits de l’homme à Alger. « Choqués par les violences subies par les femmes travailleuses et par l’inertie des forces de l’ordre qui n ’ont pas protégé les victimes, nous avons tenu d’abord à exprimer à celles-ci notre entière solidarité et estimé qu’il était important d’inscrire notre action dans la durée et la pérennité », a déclaré Mme Bouatta.
Ces femmes, sans défense, a-t-elle souligné, ont été lynchées, battues, volées, violentées, terrorisées et leurs maisons saccagées. Dans leur majorité, elles travaillent comme femmes de ménage ou secrétaires dans les compagnies pétrolières et habitent seules ou avec leurs enfants dans des quartiers périphériques. « L’impunité qui a régné en 2001 (lors des attaques qui ont ciblé des femmes à Al Haïcha, toujours à Hassi Messaoud), a engendré la récidive en 2010. Ces femmes sont des citoyennes à part entière et elles ont le droit d’aller où elles le veulent. L’Etat a le devoir de les protéger. Elles vivent dans la terreur juste parce qu’elles ont eu le courage d’aller à la recherche d’un emploi et d’arracher leur liberté d’aller travailler ailleurs que chez elles », a déclaré la conférencière.
Elle a noté, cependant, que depuis que les policiers font des rondes dans les quartiers, les attaques ont cessé et les femmes ont retrouvé leur quiétude. « Pour nous, il est important que la sécurité soit assurée pour tous les citoyens, quels que soient leur sexe ou leur statut. Il n’est pas dit que les femmes ne doivent pas aller travailler à Hassi Messaoud. Les victimes sont issues de familles très pauvres et elles-mêmes vivent dans des conditions très précaires. Nous avons l’impression que les femmes sont considérées, dans toute la société algérienne, comme des citoyennes de seconde zone.
Pourtant, leurs droits à un travail et à la libre circulation sont garantis par la Constitution. » Mme Bouatta a précisé en outre que les victimes « sont encore sous le choc », subissant « de graves pressions psychologiques » et refusant d’être exposées de peur de perdre leur poste de travail. « Ce qui nous a poussés à lancer d’abord un comité et à le restructurer en instance ou observatoire de veille pour alerter sur les violences à l’égard des femmes où qu’elles surviennent, les dénoncer et interpeller les pouvoirs publics, auxquels il appartient d’assurer la protection de tous les citoyens. Il ne faut plus revivre de telles violences. Les rescapées d’Al Haïcha vivent toujours, neuf ans après, le traumatisme de ces agressions », a relevé la conférencière. Celle-ci s’est interrogée sur le silence de certains médias et surtout de l’Etat, en dépit du fait que l’affaire est devenue une actualité internationale.
« Notre ambassadeur à Paris a été saisi par écrit à la suite d’une manifestation de solidarité avec les victimes, la commissaire des droits de l’homme auprès de l’Onu a, elle aussi, été interpellée, alors que le Bureau international du travail (BIT) a été saisi et aucune réaction ici, en Algérie, comme si la question ne concernait pas nos responsables », a souligné Mme Bouatta, précisant que les associations et la presse ont le devoir d’alerter et d’informer et non de protéger les citoyens, une tâche que doit assumer l’Etat. « Nos actions seront axées surtout sur l’alerte et la solidarité envers les victimes, afin que plus jamais ce genre de violences ne soient commises », a conclu la conférencière.
A signaler que ce comité est composé des représentants du réseau Wassila, de l’Association pour la défense et protection des droits des femmes (ADPDF), de l’Association pour l’émancipation des femmes (AEF), de l’Association du planning familial (APF), de l’Anadde, de l’Atustep, d’Amusnaw, de l’Association d’aide aux victimes de violence femmes et enfants (Avife), du Centre d’information et de documentation des droits des femmes et des enfants (Ciddefe), du Collectif des femmes du printemps noir, de Djazaïrouna, de Femmes en communication (FEC), des Femmes PLD, de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), de Rachda, de SOS Femmes en détresse, de Tharwa Fatma n’Sumer, de l’Association de défense des libertés syndicales. Une liste qui reste ouverte, y compris aux personnalités, selon son porte-parole.

Par Salima Tlemçani

dans El Watan

Le 13 février 1960, la France commençait, dans le Sahara algérien, une série d’essais atomiques qui allaient lui donner son statut de puissance nucléaire. Cinquante ans après, d’Alger à Taourirt via Reggane et les villages ensablés de la RN6, nous avons pris la route de la mort. Où la population et l’environnement portent à jamais les séquelles d’un crime resté longtemps enfoui dans les bunkers du secret d’Etat. Le vieil homme au chèche beige sourit. Les rides, aux coins de ses yeux, s’animent. Rien ne sert plus de pleurer. Ils sont tous partis. Des quinze ouvriers de son équipe, Mohamed Belhacen est aujourd’hui le seul survivant. Son bébé de 6 mois et son premier garçon de 4 ans sont tombés malades quelques mois après l’explosion. Dans sa voix, il y a de la fatalité. « On a pensé à une maladie de Dieu. Ou à la bombe. » Et puis, eux aussi sont morts. D’ailleurs, à Taourirt, reste-t-il encore quelqu’un ou quelque chose en vie ? Rien ne bouge dans ce hameau fantôme attaqué sans répit par le sable, où portes et fenêtres restent closes. A 35 km au bout de cette route de la mort se trouve le point Zéro. Là où le 13 février 1960, la France fit exploser une bombe atomique de 70 kilotonnes.


Quatre fois Hiroshima. L’opération Gerboise Bleue marquait le début d’un long cauchemar pour plus de 40 000 personnes* – population du Touat hors Touareg – qui furent exposées aux radiations des essais nucléaires entre 1960 et 1966. Dans son bureau à Adrar, Kaloum Mekki, notable de la ville et sociologue de formation, croule sous les dossiers. Il cherche à lever une des nombreuses zones d’ombre de cette affaire. Profitant de son aura, il lança, il y a quelques années, un appel dans les médias pour recenser tous les Algériens mobilisés pour travailler sur le site. A en juger par le nombre de photocopies de pièces d’identité empilées sur son bureau, ils ont été des centaines à venir frapper à sa porte. « Il y avait quelque 10 000 travailleurs sur le site, dont 6500 Français et 3500 Algériens. Pour la wilaya d’Adrar, j’en ai recensé 600 dont la majorité avait entre 19 et 26 ans. Les Français avaient lancé une opération de recensement. Quand les hommes se présentaient avec leur carte, ils les enrôlaient de force, raconte-t-il en levant un doigt accusateur vers le ciel. Avec la complicité des caïds, qui exécutaient les ordres de l’administration avec plus ou moins de zèle. »

Bahou. Village ensablé avant Reggane, sur la RN6 qui s’enfonce vers Bordj Badji Mokhtar. Sid Ammar El Hammel, président de l’Association du 13 février 1960, travaille à l’école du village et passe beaucoup de temps à recueillir les témoignages des derniers survivants. En 1960, il n’était pas né. Mais il sait que les essais ont bouleversé sa vie, celle de son père, Ahmed Lamine, qui travaillait comme manœuvre sur le site. En 1960, pour les populations laborieuses du Bas-Touat ou des Oasis, comme les avaient appelés les Français, les préparatifs des militaires n’avaient rien de suspect. Jusqu’à ce que des consignes bizarres leur fassent pressentir le pire. « Avant l’explosion, les Français nous ont demandé de sortir des maisons, se souvient Mohamed Belhacen. Ils avaient peur qu’elles s’effondrent. Et puis, on nous a dit de nous mettre à plat ventre par terre, le bras devant les yeux. Il y a d’abord eu une lumière, comme un soleil. Puis un quart d’heure après, un bruit assourdissant et, enfin, l’onde qui s’est propagée dans le sol, pareille à celle d’un tremblement de terre qui vous emporte dans les profondeurs… »

Avec ses doigts, le vieil homme dessine ses souvenirs dans le sable. Et d’un coup, lève les yeux vers le ciel. « On a vu de la fumée noire, jaune, marron qui montait très haut. On ne comprenait pas, mais on savait que c’était un jour noir. Des hommes ont pleuré. » Sid Ammar a recoupé tous les récits et confirme : « Ils ne savaient pas ce qui se tramait. Aujourd’hui encore, mon père ne comprend pas tout le danger. Il sait qu’avec l’Association, je me rends souvent au point Zéro, mais il ne me dit rien ! » Après l’explosion, invisibles, les radiations ont semé la mort. « Les femmes perdaient leurs bébés. Les chèvres et les dromadaires tombaient malades puis mouraient. On n’avait même plus de moustiques », poursuit Mohamed. Le temps où les habitants du Touat troquaient leurs tomates contre du bétail avec les Maliens est terminé. Leur regard est désormais tourné vers le nord, d’où arrivent les camions pleins des fruits et légumes qui poussaient autrefois dans les oasis. « Nos tomates restent petites, leurs feuilles deviennent blanches. A l’intérieur des petits pois, on trouve une sorte de plâtre blanc et des vers. Quant aux palmiers, ils ne donnent plus de dattes. »

Pour les fellahs, qui ne souffrent pas du manque d’eau et sont aidés par les fonds de l’Etat pour revaloriser leurs terres, le lien entre les essais, l’anémie des cultures et les maladies des troupeaux ne fait pas de doute. Kaloum Mekki, à Adrar, se souvient « avoir lancé un cri d’alarme » en 1986, à l’occasion d’un colloque sur les perspectives de l’agriculture saharienne. « J’avais relevé que les symptômes de dégradation des écosystèmes de la région et leurs répercussions sur l’agriculture traditionnelle étaient les conséquences des irradiations. J’avais parlé de “bayoud nucléaire” ! » Mais aucune étude ne leur donne raison. Tout comme aucune enquête épidémiologique ne permet d’établir une corrélation directe entre les radiations, les cancers et les malformations. Sidi Mokhtar, 4 ans, est un des fils de Sid Ammar.

Un petit bonhomme aux cheveux bouclés. Il ne court pas aussi vite que ses copains car un de ses pieds est malformé. Abdallah, un autre de ses fils, 8 ans, n’a pas toutes ses facultés mentales. Bien sûr, Sid Ammar sait qu’il ne doit pas accuser la bombe. Dans cette région du Sahara, les médecins ne se bousculent pas. Et à Adrar, le chef-lieu de la wilaya, à 155 km, il n’y a même pas d’hôpital. Juste un ensemble de blocs réunis sous le nom d’« établissement public hospitalier ». Abderrezak Mentouri y travaille depuis un an et demi. Il ouvre la porte de son logement de fonction, en face de la morgue. Débordé, les yeux cernés, les traits marqués, il confie sur un ton excédé : « Je n’ai pas de moyens, pas de quoi faire des radiothérapies, les médicaments coûtent trop cher, alors je fais du palliatif. Si j’arrive à leur ajouter trois à six mois de vie, je suis content. »

Avant lui, il n’y a jamais eu d’oncologue dans la région. Aujourd’hui, tous les malades affluent vers son service. « J’avais complètement sous-estimé leur nombre ! Sur 70 cancers, je dois en avoir 30 du sein ! Et aussi des leucémies, des cancers du poumon… bref, tous les cancers radio-induits, que l’on connaît depuis Nagasaki et Tchernobyl. Normalement, on devrait avoir un registre des cancers. Mais ici, il n’existe pas ! Alors au moment du diagnostic, je relève le lieu de naissance, l’adresse, l’âge… Autant d’éléments qui serviront à établir une corrélation entre les radiations et les cancers. »

A Reggane, Abdellahi M’barek, le président de l’APC, paraphe les documents posés sur son bureau en expliquant : « Nous avons absolument besoin d’études. On n’est sûrs de rien, par rapport à la terre, l’eau, la santé. En tant qu’élu, j’ai besoin de ces données pour savoir ce qui est enterré. Beaucoup de choses sont dites mais j’ai des doutes, je sens toujours qu’il y a ‘quelque chose’ là-bas. » A la bombe, Nourredine Belmouhoub, 62 ans, y pense tous les jours. Toutes les minutes presque, à chaque fois que ses boutons le démangent. Des boutons rouges qui se déplacent sur le cuir chevelu, dans sa barbe rousse blanche et noire, sur ses jambes, entre ses orteils... Abdelkader, 52 ans, a les mêmes, localisés sur les omoplates, la poitrine.

Les deux hommes ont passé plusieurs mois dans le « triangle de la mort » : In M’guel, Reggane, Oued Namous. Trois casernes françaises incluses dans le périmètre irradié, que les Algériens ont récupérées et transformé en camps d’internement. Entre 1992 et 1995, ils seraient entre 18 000, selon la Commission nationale consultative pour la protection et la promotion des droits de l’homme, et 24 000, selon le Comité de défense des internés, à y avoir été déportés sur soupçon d’appartenance à l’ex-FIS (Front islamique du salut). Les deux ex-détenus ont aussi perdu l’odorat à In M’guel, en bas de la montagne d’In Ecker. Un comble pour Nourredine, autrefois restaurateur à Sétif. « Là où nous étions, rien ne poussait. Et du sol, se dégageait une odeur de pomme et de vinaigre », témoigne-t-il.

Trente ans auparavant, le 1er mai 1962, la France effectuait, à In Ecker, un tir dans une galerie creusée dans une montagne. Lors de l’explosion, le système d’obturation céda sous la pression, projetant gaz, poussières et matériaux radioactifs à l’extérieur. Pierre Messmer, ministre des Armées, et Gaston Palewski, ministre de la Recherche, présents lors de l’accident, furent irradiés. Le second mourut d’une leucémie. Le nuage radioactif qui s’était échappé a contaminé une partie de la région. En 2005, l’Agence internationale de l’énergie atomique relevait dans un rapport que la radioactivité résiduelle y était encore très forte. Alors que les températures frôlaient les 50° la journée et chutaient jusqu’à 5° la nuit, que le vent déchirait les tentes, les détenus ont alors creusé des abris dans cette terre maudite.

« On ramassait les piquets métalliques que les Français avaient laissés et on creusait, creusait, parfois jusqu’à trois mètres de profondeur. On trouvait bien qu’il y avait des odeurs bizarres, mais on pensait qu’elles étaient naturelles. Qu’elles venaient du sable, de vieilles racines… Et puis, avec l’argile et l’eau avec laquelle nous nous douchions, nous avons fabriqué des parpaings. On ne savait pas. Je n’ai découvert qu’en 2007 qu’il y avait eu des essais sur le site… » Fatah Bouteba, 51 ans, est passé par Reggane et In M’guel, où il a commencé à perdre la vue. Arbi Messaoud, 62 ans, lui, a connu les trois camps. Cet ancien commerçant, détenu pendant six ans et trois mois, se souvient avoir été mis dès le début de son internement au courant du passé des camps.

« Avec d’autres prisonniers, nous avions trouvé des pierres noires et des morceaux de ferraille calcinés. Un professeur en neurologie nous a expliqué pourquoi. Un des détenus vomissait souvent du sang, mais les militaires n’ont pas voulu l’emmener à l’hôpital. Il est mort au bout d’un an. Moi, je suis parti à In M’guel avec une fistule. J’ai été opéré, sans savoir d’où elle venait. Encore aujourd’hui, j’ai des douleurs. Un instant, il s’arrête pour s’éponger le front. A Oued Namous, un autre docteur nous avait dit que les blocs dans lesquels nous dormions étaient, du temps des Français, des laboratoires pour les expériences chimiques. » En Algérie, le dossier des essais nucléaires est longtemps resté fermé. A Bahou, Sid Ammar el Hammel, président de l’Association des victimes du 13 février 1960, écarquille ses yeux et passe la main dans son épaisse barbe poivre et sel, comme pour mieux faire resurgir ses souvenirs.

« En 1987, un député a écrit un article sur les essais nucléaires dans le magazine d’une petite association locale. Cet article a été repris par un autre magazine, Al Wihda, puis la télé de Béchar est venue faire un reportage. Mais le dossier n’est vraiment devenu officiel qu’en 1996. Saïd Abadou, alors ministre des Moudjahidine, a osé partir au point Zéro, raconte-t-il en exhumant un vieil album de photos jaunies par le sable et le soleil. Il est monté au sommet du bunker scellé depuis le départ des Français et a prononcé un discours assez violent contre la France en parlant de ‘crime’. » Et ce crime a le visage d’Abdelkader et de Mohamed. Assis au bord de la chaussée, dans le sable déjà chaud, à l’ombre d’un mur, sur cette route de la mort menant au point Zéro. Ils sont nés dans les années 1960. Mentalement déficients, il leur est impossible de tenir une discussion. Ils ont perdu un frère et leur père, Abderrahmane, est décédé il y a dix ans « d’un cancer ». Il était responsable du magasin où étaient entreposés les produits chimiques entre 1957 et 1962. Les yeux fixés sur leurs pieds nus, la peau lézardée par la sécheresse et le sable, chassant les mouches d’un revers de la main, ils attendent là que le temps passe. Et que la mort les prenne.

*) Chiffre avancé par le Comité de liaison pour la coordination du suivi sanitaire des essais nucléaires français (CSSEN) dans son rapport de mai 2007



Par Adlène Meddi, Mélanie Matarese

Source El Watan



En Algérie, l’année commence sous le signe de la contestation sociale. Des actions se développent où les travailleurs s’organisent indépendamment du syndicat officiel, l’UGTA.

Barrages routiers, manifestations, grèves, les actions de protestation se sont multipliées ces dernières semaines pour l’emploi, la couverture sanitaire, les retraites, les transports et infrastructures routières et l’absence de biens essentiels comme l’eau, le gaz et l’assainissement.
Dans certains cas, les autorités locales ont rapidement calmé le jeu en accordant telle ou telle amélioration mineure mais, dans les entreprises, les conflits sont importants et difficiles. Les travailleurs trouvent face à eux le patronat, la direction des entreprises, le pouvoir mais également, bien souvent, le syndicat UGTA.
En grève depuis le 10 janvier pour faire respecter la convention collective, les 250 ouvriers de l’usine de production de verre Africaver (wilaya de Jijel) ont suspendu le 24 janvier leur mouvement pour quinze jours dans l’attente d’une réponse de la direction.
Le 12 janvier, 7 500 sidérurgistes d’Arcelor-Mittal sont entrés en grève contre la fermeture de la cokerie et la perspective de plus de 320 licenciements. Poursuivis en justice, menacés de ne pas être payés en février, ils ont repris le travail quinze jours plus tard avec la promesse d’un plan de réhabilitation de la cokerie. Le conflit n’en est pas pour autant terminé car les représailles sont arrivées : poursuites et sanctions de certains militants syndicaux, heures de délégation supprimées, retenues sur salaire.
Mais la grève des 5 000 ouvriers de la Société nationale de véhicules industriels (SNVI) de Rouiba (Mitidja) avec sa violente répression policière contre les travailleurs ouvre, peut-être, une nouvelle période pour le mouvement ouvrier algérien. La grève a été déclenchée contre l’accord direction-UGTA, pour l’augmentation des salaires et contre la suppression du droit de départ à la retraite anticipée ou sans condition d’âge basé sur 32 ans de service. Manifestations devant le siège du syndicat, barrages routiers et affrontements ont ponctué le mouvement.
La colère gronde contre l’UGTA, accusée d’avoir « livré les travailleurs à l’injustice et à l’exploitation en cédant sur leurs droits », selon les propos d’un travailleur rapportés par le quotidien El Watan.
«  Le pouvoir d’achat ne cesse de dégringoler et notre situation de se dégrader. Les hauts responsables voient leurs revenus croître sans cesse et nous autres, simples travailleurs, subissons le diktat d’un pouvoir qui n’a d’yeux que pour les intérêts restreints d’une certaine classe », déclare un autre. Trahis, menacés de licenciements ou de retenues de jours de grève par les représentants même de l’UGTA, c’est la mort dans l’âme que les travailleurs ont repris leur poste, neuf jours plus tard, en attendant l’ouverture des négociations pour lesquelles ils ont décidé de créer un « comité de suivi » indépendant du syndicat.
Dans tout le pays, la contestation s’étend, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’UGTA, instrument du pouvoir, l’un des rares syndicats au monde à avoir approuvé un programme d’ajustement structurel du FMI, aujourd’hui profondément discrédité.
De nombreux syndicats autonomes se sont créés et sont à l’origine des mouvements, en cours ou sur le point de se déclencher, dans l’enseignement, la santé, les transports, etc.
L’appel que viennent de lancer les syndicats autonomes de la fonction publique pour la création d’une nouvelle confédération est une initiative particulièrement importante que tous les syndicalistes de lutte de classe doivent soutenir.

Alain Castan  (Tout est à nous n°41 du 4 février 2010)

Voir également : "entre repression et manipulation : le courageux combat des syndicats autonomes algériens" par François Della Sudda (Comité international de soutien au syndicalisme
autonome algérien – CISA)  CISA Algérie CISA Algérie



Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés