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Egypte

Dimanche manifestation  des travailleurs contre le gouvernement et pour l'augmentation du salaire minimum.


Bravant la loi d'urgence, un demi-millier de personnes, syndicalistes, fonctionnaires et membres de groupes d'opposition, ont manifesté dimanche au Caire pour réclamer un relèvement du salaire minimum , fixé depuis 1984 à 35 livres (6,5 dollars) par mois à 1200 livres (162 euros).

En pratique, le salaire minimum pratiqué tourne autour de 18 dollars par mois, mais les manifestants veulent que le gouvernement exécute une décision de justice qui relèverait le chiffre et aiderait des millions de personnes défavorisées à faire face à la hausse des prix.
Les manifestations, bien que modestes, se sont récemment multipliées en Egypte, sur fond d'incertitudes quant à l'avenir politique. Au pouvoir depuis près de trente ans, le président Hosni Moubarak, qui fêtera ses 82 ans cette semaine, n'a pas dit s'il briguerait un nouveau mandat l'an prochain.
"Les prix augmentent et les salaires des ouvriers baissent. La viande est devenue un luxe que la plupart d'entre nous ne peuvent s'offrir", explique Hicham Oakal, ouvrier dans une usine du delta du Nil.
Dimanche, dans le centre du Caire, les manifestants, entourés par des centaines de membres des forces de sécurité, scandaient "Nous voulons des salaires suffisants pour le mois" et réclamaient le départ de Moubarak.
Selon le Land Centre for Human Rights, le nombre de manifestations d'ouvriers a augmenté en Egypte, passant de 97 en 2002 à 742 en 2009.

Lundi un manifestant a été arrêté  lors d'un nouveau rassemblement de l'opposition dans le centre du Caire, qui a dégénéré en un affrontement avec les forces de l'ordre.
Plus d'une centaine de personnes, dont plusieurs députés de l'opposition, s'étaient réunis pour exiger la levée de l'état d'urgence, des amendements à la Constitution et la tenue d'élections libres, avant d'être encerclées.
Les heurts ont débuté quand une vingtaine de manifestants a tenté de briser le cordon de police, jetant des bouteilles et des pancartes sur les forces de sécurité, qui ont riposté en frappant les protestataires.
Un responsable de la police a confirmé l'arrestation d'un manifestant.
"A bas Moubarak", scandaient les manifestants.

Voir également d'autres videos sur le même sujet :

http://www.youtube.com/watch?v=OjlNrhBMu8I

http://www.youtube.com/watch?v=zdhszsVM0xI

http://www.youtube.com/watch?v=k9aSYuJFlGw

http://www.youtube.com/watch?v=OhdXURUI-EU

http://www.youtube.com/watch?v=Awj-msMGSAA

La grève des professeurs du dimanche 23 mars, au Caire, à Alexandrie et à Mansoura était une première en Egypte. Même partielle, cette grève a été un succès

Le tour des profs
Dimanche 23 mars à l’Université du Caire, c’était le jour des professeurs. Ces derniers ont cessé le travail entre 13 et 14 heures en guise de protestation. Ils portaient des affiches sur lesquelles on pouvait lire : "Nous voulons des hausses de salaires, nous voulons une vie honorable". A l’Université du Caire et contrairement à toute attente, 80% des professeurs ont répondu à l’appel de cette grève. Celle-ci a été particulièrement suivie dans les facultés de lettres, de sciences et d’ingénierie.
Cela faisait plusieurs semaines déjà que les profs étaient mobilisés. Ils revendiquent une hausse des salaires de l’ordre de 100 % et une amélioration des conditions de travail (augmentation du budget alloué par le gouvernement aux établissements universitaires et construction de nouvelles universités gouvernementales afin de diminuer la densité des étudiants dans les classes).

Tout commence en 2005
Lors de sa campagne électorale, le président Moubarak promet d’améliorer les salaires des enseignants des écoles par le biais d’un nouveau statut salarial. Cette promesse a mis le gouvernement dans l’embarras. Car il devait trouver les fonds nécessaires à la mise en application de ce nouveau statut, dont le coût s’élèverait à plusieurs milliards de L.E. Après de multiples tractations, le gouvernement a annoncé que le statut salarial des enseignants serait mis en œuvre sur plusieurs étapes. D’autres catégories professionnelles comme les médecins et les professeurs d’universités ont revendiqué à leur tour des hausses de salaires "à l’instar des enseignants". La hausse de l’inflation et la détérioration des conditions de travail ont accentué l’ampleur des revendications.
Le gouvernement qui fait également face à des soulèvements ouvriers et à un mécontentement populaire en raison de la hausse continuelle des prix n’a pas les moyens d’y répondre. Il a essayé donc de diviser les rangs des professeurs. "Il s’agissait de gagner le ralliement des présidents et des doyens des universités en leur faisant miroiter des promotions et des avantages en tous genres. Ces derniers peuvent contribuer à avorter le mouvement de grève", affirme un professeur sous couvert d’anonymat.

Mais même partielle, la grève du 23 mars a été un succès

"C’est un précédent qui prouve que nous pouvons utiliser cette arme pour obtenir nos droits", affirme Moutia Mohamad, assistante à la faculté des lettres. Pour elle, les promesses du gouvernement visent seulement à gagner du temps. "Le gouvernement nous a promis des hausses pour le mois de juillet car il sait que ce mois est un mois "mort". Les profs ne  travaillent pas et il n’y a pas de cours. Alors il n’y aura personne pour s’opposer à la décision du gouvernement", ajoute Moutia.

Photo et texte
Névine KAMEL (www.lepetitjournal.com - Le Caire) lundi 31 mars 2008
par  Barah MIKAÏL (IRIS, 27 septembre 2007)

Il y a cinq jours, plusieurs milliers d’ouvriers de l’entreprise de filature et de tissage Ghazl al-Mahalla sont entrés en grève. Leurs requêtes sont multiples : revendication d’une augmentation de leur salaire de base et de leurs primes pour la nourriture et le logement, doublée d’un intéressement annuel supplémentaire, demande de moyens de transport adaptés pour les employés de la compagnie les plus éloignés géographiquement, ou encore insistance sur de meilleures conditions d’accès aux services médicaux. A quoi s’ajoute, nouveauté intéressante dans le contexte égyptien, leur demande d’une démission du Président-directeur général de leur entreprise, qui a d’ailleurs été accompagnée du retrait de leur confiance au comité syndical.

On pourrait certes, de prime abord, voir dans cet événement le reflet d’une grogne générée par les mauvaises conditions faites par Ghazl al-Mahalla à ses employés. Replacer néanmoins cette réelle révolte de quelque 27000 ouvriers sur le temps long pousse pourtant à constater que cet épisode actuellement vécu par l’Egypte est loin de ne pouvoir s’expliquer que par des éléments ponctuels, ni même exclusivement micro-économiques.

Ce n’est en effet pas la première fois que l’on assiste à une grogne ouvrière dans le pays. Certes, le secteur du textile connaît des difficultés particulières, et pour cause : au lendemain de la guerre du Golfe de 1991, le président Hosni Moubarak avait pris la décision de se soumettre aux recommandations du Fonds monétaire international (FMI), dont les recommandations iront naturellement vers un encouragement du pays à privatiser les entreprises du secteur public. La promulgation par le gouvernement égyptien, en juin 1991, de la fameuse Loi 203 prévoira ainsi, sur le terme, la privatisation initiale de quelque 314 entreprises publiques égyptiennes. En juin 2002, 189 d’entre elles étaient effectivement allées au secteur privé, que ce soit de manière totale (pour 132 d’entre elles) ou partielle (57 d’entre elles). Depuis, les réticences affichées par le Parlement égyptien devant cette tendance accélérée à la privatisation de secteurs-clé de l’économie égyptienne (dont le secteur bancaire très particulièrement) n’a pas pour autant freiné le gouvernement dans sa course.

Certes, les chiffres officiels semblent conforter l’exécutif égyptien dans sa stratégie, comme l’indiquent les quelque 7% de moyenne de croissance annuelle. En parallèle, les non moins officiels 11% de taux de chômage paraissent ainsi, toujours du point de vue du gouvernement, peu problématiques, tant le pays est réputé pour la nature de ses problèmes géo-démographiques (la population du pays se concentre en effet le long du Nil, laissant le reste du territoire quasi-vide, en dépit de la promotion par le gouvernement de nombreux projets pour pousser les jeunes diplômés notamment à désengorger les rives du fleuve). Pourtant, une situation de crise économique semble bel et bien installée dans le paysage, et l’état du secteur textile, bien qu’étant loin d’être le seul touché, reflète très bien cette situation.

On se souvient qu’en décembre 2004, déjà, une série de manifestations avaient éclaté, de manière localisée tout d’abord, puis générale, suite à la signature par Le Caire de l’accord sur les Zones industrielles qualifiées (Qualified Industrial Zones, ou QIZ) avec chacune de Washington et de Tel-Aviv. Les manifestants exprimaient alors certes leur désaccord sur les conséquences économiques d’un engagement qui permettait l’établissement de zones franches sur leur territoire ; mais ils contestaient également l’une des principales dispositions qui sous-tendaient ces QIZ, à savoir l’impossibilité qu’il y aurait pour l’Egypte de manufacturer au sein de ces mêmes zones franches des produits si ceux-ci n’étaient pas composés à 11,5% au moins de matières premières israéliennes. En d’autres termes, on retrouvait du politique, de l’économique, et une fibre nationaliste dans les motivations des manifestants d’alors, qui pousseront d’ailleurs à la très timide ouverture par le régime égyptien de son champ politique le long de l’année 2005.

Parallèlement à cela, néanmoins, les manifestations à l’émanation d’ouvriers du secteur textile auxquelles l’on assiste aujourd’hui en Egypte restent susceptibles d’une interprétation double, au minimum. D’une part, en effet, elles traduisent le dépit des employés de ce secteur vis-à-vis des conditions économiques et sociales qui leur sont faites. Mais, d’autre part, elles restent tout aussi bien le reflet d’un malaise socio-économique qui traverse l’ensemble du pays.

Avec la politique des privatisations, le secteur privé en est en effet venu aujourd’hui à contrôler quelque 60% des compagnies spécialisées dans le filage du coton, contre 8% au début des années 1990. Cette situation rampante a ainsi connu ses premiers aboutissements sérieux au début des années 2000, et très précisément à partir de 2003. Faut-il y voir l’effet de la promulgation par le gouvernement égyptien de la Loi unifiée du Travail de 2003, en vertu de laquelle les employés égyptiens se verront reconnaître un droit de grève à la condition pour eux d’obtenir au préalable l’approbation de la Fédération générale des Syndicats égyptiens ? En tous cas, depuis le second trimestre de l’année 2003, on ne comptera plus les manifestations d’employés du textile, qui éclateront dans des proportions amplement révélatrices de l’état du malaise ambiant. A titre d’exemple, la révolte des employés de Mahalla al-Kobra, en mars 2006, les poussera à investir la rue pour faire valoir leurs revendications économiques… soit tout de même un total de 24000 manifestants.

Aujourd’hui, la révolte ouvrière de Ghazl al-Mahalla semble connaître une relative accalmie, le nombre de manifestants ayant baissé de moitié en l’espace de cinq jours, pour « ne plus concerner que » quelque 14000 employés. Mais la question de l’état économique de l’Egypte, ainsi que de l’ampleur des frustrations des Egyptiens devant la déficience gestionnaire de leurs gouvernants, ne trompe plus. Même la presse officielle égyptienne se voit ainsi contrainte de relayer, même si de manière très partielle, l’existence de ces manifestations.

Le régime de Hosni Moubarak se maintient pour l’essentiel du fait des méthodes musclées qu’il continue à développer et/ou à agiter vis-à-vis de sa population, et que conforte en parallèle l’absence d’émergence d’une/de figure(s) forte(s) de l’opposition politique. Un premier signal d’alarme concret et révélateur avait pourtant fait son apparition en 2005, quand les candidats des Frères musulmans réussiront, à l’occasion des élections législatives, à sextupler leur présence au Parlement, en dépit d’ailleurs des pressions, des répressions et des opérations de fermeture de bureaux de vote qui avaient été ordonnées par le régime de Hosni Moubarak. Force est de constater néanmoins que la situation politico-économique égyptienne est source de maints questionnements pour ce qui relève de l’avenir proche du pays. Sauf surprise de taille, la succession du président H. Moubarak devrait aller à l’un de ses fils, Gamal, d’ailleurs lui-même ardent défenseur d’options économiques néo-libérales. Dans l’intervalle, la montée en force des Frères musulmans sur la scène politique interne, ainsi que la grande difficulté qu’ont les partis de l’opposition dite laïque à s’affirmer à titre national, reste la plus grande preuve de ce que les Egyptiens restent à la recherche d’une alternative au pouvoir en place qui soit crédible et efficace.

Or, les subterfuges juridiques et constitutionnels développés par H. Moubarak le long de ces trois dernières années ne pourront en rien limiter la grogne grandissante des Egyptiens. Ceux-ci ont en effet un triple sentiment : celui de voir que leur pays a perdu sa position longtemps enviée dans la région de « phare du monde arabe » ; celui de constater que les options de leur président sont par trop pro-occidentales, et donc nécessairement synonymes d’une mise à mal de toutes notions de souveraineté et d’indépendance nationales ; et celui, enfin, de voir que l’étiolement de leur posture politique régionale n’a même pas pu être compensé par un rehaussement de leurs perspectives et de leurs horizons économiques.

L’Egypte pâtit ainsi aujourd’hui d’une succession de révoltes ouvrières révélatrices de l’échec de ses options macro-économiques avant que micro-économiques. Mais, en filigrane, transparaît tout aussi bien l’échec gestionnaire du régime de H. Moubarak sur un plan purement politique. C’est la conjonction de ces deux éléments qui a pour aboutissement le malaise social que l’on ressent de plus en plus dans le pays. Et, quand bien même les manifestations ouvrières actuelles ne préjugent en rien d’une explosion franche du chaudron égyptien, il va de soi qu’elles restent un signal d’alarme supplémentaire de l’urgence qu’il y a pour l’Egypte à mettre en place des réformes gestionnaires de fond. Le système actuel a en effet toutes les chances de se maintenir et de tenir tant qu’il sera tenu par le successeur de feu Anouar al-Sadate, méthodes coercitives aidant ; cette stabilité apparente sera par contre beaucoup moins à même de se perpétuer si le successeur de H. Moubarak, qui qu’il soit, venait à s’avérer prisonnier des mêmes logiques du régime.

Source : http://www.iris-france.org/Tribunes-2007-09-27a.php3

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Depuis plusieurs mois, des milliers de travailleurs ont fait grève en Égypte, en particulier dans le secteur textile. Les salaires extrêmement bas, les conditions de travail, le mécontentement face à des représentants syndicaux qui sont du côté du pouvoir, sont à la base de ces mouvements, qui sont loin d'être terminés.

Ainsi, dans le vaste complexe industriel de Mahalla al Kubra, dans le delta du Nil, des milliers d'ouvriers ont fait grève pendant une semaine en décembre 2006, avec rassemblements, sit-in, occupations de locaux, afin d'obtenir que leur prime de fin d'année de 100 livres égyptiennes (13 euros) soit  portée à deux mois de salaire. Le salaire moyen d'un ouvrier d'une usine textile d'État est fréquemment inférieur à 100 LE, primes comprises. Seule la promesse du gouvernement de verser à tous l'équivalent de quarante-cinq jours de salaire a mis fin à la grève mais, à l'annonce de ce recul gouvernemental, les mouvements se sont étendus à d'autres usines du Delta, où des milliers d'autres ouvriers et ouvrières du textile débrayèrent à leur tour pour exiger de meilleurs salaires et conditions de travail.

Des mouvements ont également eu lieu dans d'autres secteurs, les cimenteries, le ramassage des ordures, les industries alimentaires, et dans d'autres régions, comme Alexandrie et dans le sud, dans des entreprises d'État comme dans le privé.

Récemment, début mai, dans l'agglomération du Caire, les transports publics, lignes de bus et métro du Caire, ont été touchés par les grèves. Des dépôts de bus ont été occupés. Les revendications des 4 000 grévistes  portaient également sur les salaires et les conditions de travail. « Nous souffrons depuis des années et notre situation est de plus en plus mauvaise. La direction ne fait rien et personne ne défend nos intérêts. Alors nous avons décidé de faire entendre notre voix », déclarait un conducteur de bus gréviste au journal Al-Ahram. Douze heures de travail par jour, un salaire de 450 LE (60 euros) après dix ans d'ancienneté, les nombreuses contraventions soustraites de la paye, c'est le quotidien des 12 000 chauffeurs qui transportent quotidiennement quelque dix millions de voyageurs au Caire. Le Premier ministre, Ahmad Nazif, ayant annoncé des mesures chiffrées sur les primes et la non-déduction des contraventions, les chauffeurs ont cessé la grève, tout en menaçant de reprendre ultérieurement si les promesses n'étaient pas tenues.

Face à ce mécontentement généralisé, le gouvernement et le patronat temporisent donc parfois. Mais parallèlement ils cherchent à  faire taire les militants qui pourraient donner une expression à la contestation. Ainsi le 25 avril, le Centre de services syndicaux et ouvriers, le CTUWS (Center for Trade Unions and Workers Services), a été purement et simplement fermé par le gouvernement.

Fondé en 1990, ce centre, sous le statut d'une ONG, cherche à coordonner les travailleurs des entreprises des grands centres industriels, à leur faire connaître leurs droits, à leur apporter son aide dans les mouvements et les grèves. Il cherche en particulier à exprimer une voix discordante face aux représentants de la confédération syndicale existante, qui n'est autre qu'un syndicat unique progouvernemental et patronal.

Devant la multiplication et l'ampleur des grèves de ces derniers mois, Moubarak et les ministres de la Main-d'œuvre, de la Solidarité sociale, ainsi que le président de l'Union syndicale, ont visiblement jugé qu'il ne fallait plus laisser cette voix s'exprimer. Après s'en être pris à ses  locaux dans diverses villes, la police a envahi le siège du Centre, à Helouan, ville ouvrière au sud du Caire, et en a scellé les portes.

« Cette situation a assez duré, déclarait il y a quelque temps à la télévision la ministre du Travail. Nous travaillons à résoudre les problèmes des ouvriers, mais il y a ceux qui veulent démarrer une révolution. » Mais voilà, des dizaines, voire des centaines de milliers de travailleurs égyptiens en ont assez d'attendre que les ministres « travaillent à résoudre leurs problèmes  »...

Viviane LAFONT
sur
http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2024&id=28
publié dans le n° 647 d' Al-Ahram Hebdo

Ouvriers. La montée en puissance de la Ligue des conducteurs de train face à l’administration explique en partie son incessante combativité. 

Les conducteurs de train ont obtenu satisfaction cette semaine, après avoir déclenché un mouvement de grève pour protester contre le système « participatif ». Ce système reléguait les conducteurs dont l’état de santé était déclaré non-conforme aux normes requises à des professions administratives et leur faisait perdre de ce fait leur statut particulier, et les primes qui y sont attachées. « Pendant le Ramadan, lors d’un iftar, le ministre nous avait promis d’abroger ce système », raconte William Zaki, conducteur de train et membre du conseil d’administration de la Ligue des conducteurs. Trois mois plus tard, n’ayant toujours pas reçu satisfaction, les conducteurs font à nouveau la une de plusieurs journaux d’opposition en bloquant, le 20 janvier, plusieurs trains en partance pour Alexandrie à la Gare centrale du Caire, pour des périodes d’une à deux heures. Les négociations avec Mohamad Mansour, ministre des Transports, ont abouti à un compromis : la direction des chemins de fer s’engage à leur verser 60 % de ces primes. Cette avancée est applicable de manière rétroactive à tous les conducteurs relégués à des postes administratifs avant cette date. « Le ministre nous a donné le choix entre 80 % des primes, applicables à partir d’aujourd’hui, ou 60 % rétroactifs. Nous avons préféré la seconde option. Il nous a également promis que les conducteurs relégués en postes administratifs recevront bientôt l’entièreté de leurs primes », explique Zaki.

La grogne des cheminots ne date pas d’aujourd’hui. S’ils ont protesté plusieurs fois contre leurs rémunérations trop basses et des conditions de travail de plus en plus mauvaises, ils sont également montés au créneau pour protester contre le fait que le gouvernement leur a souvent fait porter la responsabilité des accidents ferroviaires de plus en plus fréquents ces dernières années. Ainsi, les conducteurs de train s’étaient-ils déjà mobilisés en septembre 2006 pour protester contre l’inculpation de leur collègue Edward Malak, considéré par la direction comme responsable de la catastrophe de Qalioub, qui avait coûté la vie à 60 personnes, le 21 août 2006. Il s’agissait de l’accident le plus grave survenu après la catastrophe d’Al-Ayyat, en 2002, qui avait coûté la vie, selon les chiffres officiels, à 373 personnes.

Les cheminots, eux, estiment que ces accidents sont dus à un équipement vétuste — en particulier les locomotives —, un entretien déficient, des rémunérations qui les obligent à des heures supplémentaires. Au nombre de 4 500 en Egypte, ils déclarent ne pas suffire à la tâche et réclament des embauches. Si leur ligue existe depuis 1934, elle s’est récemment replacée sur le devant de la scène après les élections de juin 2006, avec le renouvellement du conseil d’administration. « Nous avons mené une bataille difficile pour libérer le conseil de l’emprise de l’administration, pour organiser de réelles élections », raconte Zaki. Tout en s’affirmant déterminé à ne pas baisser les bras, et à continuer la lutte, pour les conditions de travail, mais aussi pour la sécurité des passagers.

Dina Heshmat


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