Samedi 20 mars 2010
1 – Les habitants de Bil’in défient la décision de l’armée israélienne
Des dizaines de manifestants ont été blessés vendredi lors de la marche hebdomadaire contre le mur, à Bil’in. Certains souffrent de problèmes respiratoires provoqués par les gaz lacrymogènes que les forces d’occupation israéliennes utilisent quand elles attaquent les manifestants et les militants internationaux solidaires. Tel est le résultat de la répression de cette première des marches hebdomadaires contre le mur et les colonies, suitte à la déclaration de l’armée israélienne décrétant la zone, « zone militaire fermée ».
Mardi, l’armée israélienne a publié une ordonnance déclarant que tout le terrain compris entre la zone bâtie du village et le mur, à Bil’in et Ni’lin, serait zone militaire fermée, tous les vendredis, de 8 h du matin à 8 h du soir, jusqu’au 17 août. Le Comité populaire contre le mur et les colonies, dans Bil’in, condamne et remet en cause cet ordre, il appelle le peuple palestinien et les manifestants internationaux à s’opposer à cette décision en continuant à participer aux initiatives hebdomadaires contre le mur et la colonisation. Les manifestants se sont mis en route pour leur marche hebdo, après la prière du vendredi, s’engageant dans les rues du village et scandant des slogans. Ils appelaient à l’union et ont juré qu’ils resteraient déterminés face à l’occupation et à la répression israéliennes. Les slogans visaient également la décision israélienne d’annexer les lieux saints palestiniens à Israël, en les intégrant dans son héritage culturel. La marche a appelé aussi à la libération de tous les prisonniers et a clairement condamné la déclaration de « zone militaire fermée » pour des terres du village.
La marche a très vite quitté la partie construite du village et s’est avancée vers le mur, là où les forces d’occupation israéliennes s’étaient postées derrière des blocs de béton, de l’autre côté. La porte du mur était fermée par des barbelés. Néanmoins, les manifestants purent se frayer un chemin à travers, et se dirigèrent vers les terres qui sont derrière le mur – des terres qui appartiennent à des gens de Bil’in. Ils furent reçus par les FOI, qui leur ont balancé des grenades assourdissantes, des lacrymogènes et tiré sur eux à balles caoutchouc. Les gens qui manifestaient dans leurs oliveraies furent visés et des dizaines d’entre souffrent de l’inhalation des lacrymogènes.
L’appel lancé par le Comité populaire de Bi’lin à continuer et à renforcer leurs manifestations n’a pas seulement été entendu par les gens du village de Bil’in et par les pacifistes. Le Dr Mustafa Barghouti, secrétaire général de l’INP (Initiative Nationale Palestinienne), et Hisham Abu Raya, membre du bureau politique du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) participaient également à la marche.
Le Dr Mustafa Barghouthi a déclaré que, « La décision de l’occupant d’interdire aux Palestiniens de Bil’in et Ni’lin d’accéder à leurs terres dans la zone du mur d’apartheid, et la déclaration disant que le secteur aux alentours du mur était zone militaire fermée, étaient illégales. Elles émanent d’une force d’occupation illégale. Nous ne l’accepterons pas et nous nous y opposerons. » Barghouthi a en outre appelé la communauté internationale à réagir devant les mesures répressives des autorités de l’occupation, en les sanctionnant, tout comme cela fut fait pendant l’apartheid d’Afrique du Sud.
Hisham Abu Raya a de son côté indiqué que ce jour était un jour mémorable pour Bil’in et pour la résistance populaire. Les gens ont montré qu’ils pouvaient casser, et qu’ils casseraient la décision de l’occupant déclarant les zones de Bil’in et Nil’in zones militaires fermées. Et de poursuivre : « Ce jour défend Jérusalem et les lieux saints islamiques et chrétiens. C’est un jour de résistance contre la judaïsation de Jérusalem. »
Une délégation du consulat des Etats-Unis est venue avant-hier à Bil’in, et a écouté les explications très précises du Comité populaire à propos du tracé du mur et du début des travaux, et de cette décision des FOI de déclarer Bil’in zone militaire fermée tous les vendredis pendant six mois.
2 – Ni’lin : plus de répression israélienne rend plus forte la résistance populaire plus forte
La décision des FOI de la semaine dernière de déclarer les terres de Ni’lin proches du mur, zone militaire fermée tous les vendredis pour empêcher les villageois de se rendre au mur et sur leurs terres n’a pas dissuadé les gens de Ni’lin de manifester chaque vendredi. Après la prière de vendredi dernier, plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées dans le village et ont marché vers la terre que les forces d’occupation ont confisquée. Les manifestants scandaient des slogans contre la politique d’occupation et contre la répression de la résistance populaire à Ni’lin et partout en Palestine.
Ayant connaissance des nouveaux ordres de l’armée, les habitants avaient modifié le parcours de leur marche, anticipant sur ce qu’avaient pu prévoir les forces d’occupation.
En fait, quand les manifestants arrivèrent près du mur d’apartheid, les jeeps et des soldats de l’armée israélienne étaient stationnées de façon inhabituelle près de la porte du mur. Protégés par leur mur, les soldats se mirent alors à lancer des lacrymogènes sur les manifestants, qui se défendirent à lançant des pierres sur l’armée qui avait envahi leurs terres. Beaucoup de manifestants ont souffert d’avoir respiré les gaz.
Les manifestants firent savoir aux forces d’occupation, par haut-parleurs, que leur décision de déclarer le terrain proche du mur "zone militaire" ne serait pas respectée par les habitants car cette terre n’était pas une propriété de l’armée, mais du peuple de Ni’lin. Les habitants firent remarquer qu’ils approchaient de la fin de leur deuxième année de manifestations hebdomadaires et qu’ils passeraient outre ces ordres et continueraient les manifestations contre le mur d’apartheid.
Les forces d’occupation continuèrent de pilonner les manifestants avec leurs lacrymogènes pendant trois heures. Se cachant derrière les oliviers, les soldats essayèrent plusieurs fois d’arrêter des gens du village. En fin de compte, les habitants de Ni’lin décidèrent de rentrer chez eux.
L’ordre de déclarer les terres de Ni’lin « zone militaire fermée » est une étape de plus dans la campagne de répressions contre le village. Déjà, depuis quelques semaines, les internationaux et la presse sont interdits d’entrée dans le village, les vendredis.
3 – Nabi Saleh : un village agressé
L’armée israélienne a agressé la manifestation hebdomadaire à Nabi Saleh aussitôt la fin des prières des habitants de ce vendredi. Les gens du village et les internationaux avaient à peine commencé leur marche que les soldats se mirent à tirer des balles d’acier enrobées de caoutchouc et à leur lancer des lacrymogènes. Les soldats israéliens ont alors pénétré de force dans plusieurs maisons du village et pris position sur les terrasses, pour avoir une meilleure vue sur les manifestants.
Cette agression contre le peuple par l’armée israélienne a fait trois blessés chez les villageois, touchés par une balle caoutchouc : l’un à la tête, un autre, Mahmoud Abdul Hafiz Tamimi, 85 ans, a été atteint par une balle à la main droite alors qu’il était chez lui, et un autre, de Nabi Saleh, fut touché par une balle à une main. L’armée israélienne a également arrêté deux villageois : Amjad Abdul Hafiz Tamimi et Omar Saleh Ayyub.
Deux internationaux ont également été blessés. L’un a reçu deux balles directement dans un pied. Un témoin dit que l’armée occupait plusieurs maisons nouvellement construites d’où elle lançait ses attaques. Trois militants internationaux se sont approché de l’une de ces maisons et se mirent à parler aux soldats, leur demandant d’arrêter de tirer sur les maisons et sur les gens, l’un des soldats lui tira directement dessus, avec des balles caoutchouc, l’armée tira aussi sur ceux qui venaient le secourir. Des témoins ont en outre déclaré que l’armée avait tiré à balles caoutchouc et lancé des lacrymogènes directement sur les maisons à l’entrée du village, brisant les fenêtres et les panneaux solaires pour le chauffage, et provoquant bien d’autres dégâts.
Les soldats israéliens ont harcelé un homme, malade des reins, qui s’appelle Abdul Razaaq Tamimi, et dont 4 de ses enfants ont arrêtés il y a deux semaines. Les soldats harcelèrent Tamimi en balançant des lacrymogènes à l’intérieur de sa maison où se trouvait notamment une personne de 85 ans, malade de pressions artérielles et de diabète, qui dormait dans sa chambre quand les soldats se sont mis à tirer, cette personne a été obligée de sortir et dans ce contexte, de respirer les lacrymogènes.
La maison d’Ali Nemir Tamimi a subi également les tirs de balles caoutchouc, Tamimi fut blessé à la main droite et sa maison subit bien des dégâts matériels, ainsi que sa voiture.
De plus, les soldats israéliens avaient déjà arrêté Jameel Abdul Qadir et Hassan Ahmad le jeudi d’avant. Les jeunes du village avaient retiré des pancartes que les colons de la colonie voisine d’Halmish avaient mises près d’une source d’eau dont les colons veulent déposséder ses propriétaires. Les deux jeunes ont été arrêtés alors qu’ils marchaient dans le secteur où les faits s’étaient déroulés, et ils furent accusés d’avoir participé à l’enlèvement des pancartes.
4 – Deir Nizam : deux personnes arrêtées et trois autres blessées
La manifestation hebdomadaire à Deir Nizam a subi une fois de plus une répression dure par les forces d’occupations. Abdul Jawad Taher, 19 ans, et Khairallah Mahmoud al-Tamimi, 37 ans, ont été arrêtés tous les deux un jour où les balles caoutchouc et les lacrymogènes fusaient de partout.
Ce vendredi, les manifestants sont partis après la prière du vendredi en direction des terres menacées. Il leur faut d’abord traverser une route de contournement réservée aux colons, qui court près du village et coupe ses terres. Les forces d’occupation étaient déjà stationnées le long de cette route coloniale et ont commencé à lancer des grenades et à tirer à balles caoutchouc sur les manifestants aussitôt que ceux-ci arrivèrent sur la route. Le gens ont essayé de se défendre avec les seuls outils qu’ils avaient : les pierres de leur sol. L’affrontement a duré jusqu’à l’après-midi et trois personnes furent blessées, toutes par des balles en caoutchouc.
Les villages de Deir Nizam et Nabi Saleh manifestent tous les vendredis depuis que l’armée a annoncé la confiscation d’environ 4 000 dunums (400 ha) de terres de leurs villages.
5 – Budrus : une personne arrêtée, une autre blessée sérieusement et un grand nombre de choquées par les gaz
Une grande manifestation a eu lieu à Budrus, village à l’ouest de Ramallah. Les manifestants ont marché en direction du mur d’apartheid pour protester contre un récent ordre militaire israélien qui leur confisque une partie des terres du village, sur laquelle les FOI ont déjà construit des miradors. Ces installations militaires s’intègrent à une infrastructure qui prépare la construction du mur d’apartheid dans cette zone. Les gens manifestaient également contre la récente politique israélienne à Jérusalem pour judaïser toujours plus la cité et qui contribue à développer une colonisation agressive.
Comme dans les autres villages de Cisjordanie, après la prière du vendredi, les gens se sont rassemblé pour une protestation populaire. Au même moment, l’armée israélienne est arrivée et a commencé à tirer à balles caoutchouc et des lacrymogènes sur les manifestants, faisant plusieurs blessés, dont une personne touchée au visage et à la main par une grenade lacrymogène à son explosion.
Après une heure de manifestation, l’armée israélienne avait arrêté 4 manifestants palestiniens et un international ; tous, sauf un, furent relâchés sur les pressions de leurs familles et des manifestants.
La manifestation s’est poursuivie jusqu’à 19 h, pendant laquelle l’armée eut besoin d’un fort déploiement de forces, dont 12 véhicules militaires, pour arrêter les villageois qui manifestaient sur le propre sol. Les soldats utilisèrent les balles d’acier enrobées de caoutchouc et les bombes sonores, ainsi qu’un système de catapulte capable de lancer plus de 60 grenades lacrymogènes à la fois et dans toutes les directions.
La terre que les Israéliens ont décidé de confisquer appartient aux agriculteurs et à des propriétaires terriens de Nabi Saleh. Ces propriétaires et les manifestants envisagent de poursuivre les actions dans le style de leurs précédentes manifestations, contre la confiscation des terres de Budrus pour la construction du mur.
http://stopthewall.org/latestnews/2204.shtml
traduction : JPP pour la CCIPPP
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Marina Da Silva, Blogs du Diplo
« Jaffa, la mécanique de l’orange »*, un film d’Eyal SivanJaffa, histoire d’un symbolehttp://blog.mondediplo.net/2010-03-15-Jaffa-histoire-d-un-symbole Jaffa, l’une des plus anciennes villes du monde, était aussi l’une des villes les plus prospères et les plus peuplées de Palestine. Avec ses orangeraies déployées à perte de vue, elle fournissait du travail, depuis la cueillette du fruit jusqu’à sa préparation pour l’exportation, non seulement aux Palestiniens mais à des ouvriers venus d’Egypte, de Syrie, du Liban. En 1948, plus de 4 000 bombes tombent sur Jaffa. Sur les 85 000 Arabes qui y vivaient, il ne va plus en rester que 3 000. Le gouvernement israélien confisque les orangeraies et s’approprie l’orange de Jaffa, qui est devenue le symbole des produits de la colonisation. Pour nous raconter cette « mécanique de l’orange » et le recouvrement de Jaffa, Eyal Sivan met à l’écran une foule d’images et de représentations et donne la parole à de nombreux interlocuteurs palestiniens et israéliens, historiens, écrivains, chercheurs, ouvriers… Un travail remarquable autour d’un fonds d’archives, photographies, peintures, vidéo, et de témoignages percutants. On y voit d’abord, dans les années 1920, Arabes et Juifs travailler ensemble dans une relation qui a été extirpée des deux mémoires. Les Juifs ne possédaient alors que 7 ou 8 % des terres et les paysans palestiniens, qui transmettaient leur savoir-faire, étaient loin d’imaginer que dans le sillage de leurs élèves viendraient leurs colonisateurs. La rupture est intervenue avec l’arrivée des kibboutzim : « Pour eux, nous étions des traîtres », indique un agriculteur israélien qui se souvient : « Ils voulaient imposer le travail juif. Mais l’idéal était une chose, la réalité une autre : Ils pelaient ausoleil. » Leur peau claire et leur incapacité à travailler la terre ne les empêcheront pas de persister. La colonisation sera méthodique et rigoureuse, donnée à voir avec documents et images d’avant 1948 en abondance. Le début de la photographie remonte à 1839 et Khalil Khaed est le premier photographe palestinien à avoir immortalisé les Palestiniens dans les champs d’agrumes et leur relation charnelle à la terre. Puis les Israéliens vont effacer la présence arabe et imposer leurs propres représentations. « On s’est d’abord approprié l’image et après la terre », précise une historienne israélienne : « Les Juifs veulent donner une vision européenne de la Palestine : l’Orientvu de l’Occident. » Avec la peinture aussi, les colons se veulent dans la continuation de l’orientalisme. Ils se travestissent en celui qu’ils viennent remplacer. Le discours de la « terre arabe mal exploitée et peu fertile » se met en place. La propagande sioniste a recours à une iconographie très organisée et contrôle totalement les images produites pour échafauder le mythe d’une terre à l’abandon où ils viennent introduire la modernité. « Le cliché selon lequel la colonisation apporte le progrès ! », souligne Elias Sanbar. Et qui va se décliner dans des images de la bonne santédans le travail, les chants, les danses, les femmes radieuses, émancipées et en short... C’est le réalisme socialiste à l’israélienne, le rêve colonial qui produit les oranges que l’Orient envoie à l’Occident. L’orange va devenir un symbole de l’idéologie sioniste. « L’Israël des oranges, c’est un Israël sans Arabes », résume un historien. Dès 1948, les Israéliens déposeront la marque Jaffa. Près de 5 millions de caisses par an seront produites jusqu’en 1970. Les investissements en budgets publicitaires sont considérables : « Jaffa est aux fruits ce que Coca-Cola est à la boisson. » En devenant une marque, la « Jaffa » a effacé la ville de Jaffa, absorbée aujourd’hui par Tel-Aviv. * « Jaffa, la mécanique de l’orange », un film d’Eyal Sivan, durée : 90 minutes. Premier Prix au Fimmaker milan 2009 Eyal Sivan, opposant à la politique israélienne, a refusé que le film soit projeté au Forum des images dans le cadre de la campagne internationale de célébration du centenaire de Tel-Aviv (qui bénéficiait du soutien du gouvernement israélien).Le film sera visible en salles en avril 2010 dans les cinémas Utopia (Toulouse, Avignon, Montpellier, Saint-Ouen-l’Aumône) et aux 3 Luxembourg (Paris). Une version de 52 minutes sera également diffusée le 28 mars à 21 h30 et le 2 avril à 23 h 50 sur France 5.
Marina Da Silva, Blogs du Diplo
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Photos de Jeb Altheeb : http://www.flickr.com/photos/activestills/
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· Une journée de travail pour reconstruire un terrain de jeu détruit au bulldozer
à Beit Jalla, Bethléhem
Aujourd’hui, des Palestiniens, des Israéliens et des internationaux d’Indymedia International se sont retrouvés à Beit Jalla pour reconstruire un terrain de jeu que des bulldozers ont saccagé la semaine dernière afin de faire place nette pour terminer le Mur près de Bethléem. Juste armées de pioches et de binettes, 12 personnes ont nivelé les traces des bulldozers et les profonds trous laissés par les arbres déracinés, remis en place deux balançoires et apporté avec des sceaux de sable pour le nouveau terrain de jeu. De jeunes oliviers ont été replantés pour remplacer les arbres adultes qui ont été déracinés et détruits au début de la semaine dernière.
Le terrain de jeu est utilisé par les nombreux enfants du quartier, et la famille propriétaire de ces terres laisse les gens venir à côté chez elle et profiter de l’ombre dans la chaleur de l’été. Aujourd’hui, tandis que les gens travaillaient sous le soleil, des jeeps militaires faisaient des tours sur la route au-dessus de la maison et observaient depuis la route de l’autre côté de l’autoroute. Une jeep est descendue au terrain de jeu, mais les gens ont continué à travailler tandis que les soldats prenaient des photos et demandaient leur carte d’identité aux participants palestiniens.
La semaine dernière à Beit Jalla, des habitants et des militants ont manifesté, bloqué la route, planté des arbres et tenu une réunion avec des fonctionnaires palestiniens. Cette semaine, la commune attend une décision du tribunal pour voir si les travaux du Mur vont continuer. Le 4 mars, la municipalité de Beit Jallah a obtenu une ordonnance d’arrêt des travaux. À ce moment-là, environ 70 oliviers avaient déjà été déracinés, les canalisations d’une famille avaient été brisées et leurs eaux usées se déversaient sous sa maison, et un terrain de jeu avait été passé au bulldozer. Si la construction du Mur continue, il ne se dressera qu’à quelques mètres de certaines maisons. Pendant qua la municipalité prépare sa défense en justice, les militants se préparent à de nouvelles interventions au cas où Israël continuerait à voler les terres.
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· Rassemblement de soutien à la famille Corrie devant le tribunal au premier jour du procès
http://www.youtube.com/watch ?v=rQ5SOFRyoEM&feature=player_embedded
Democracy Now : http://www.democracynow.org/2010/3/10/family_of_slain_us_peace_activist
La famille de Rachel Corrie poursuivant l’état d’Israël en justice pour assassinat à Rafah, Gaza, le tribunal d’instance de Haïfa a commencé à entendre les témoins oculaires aujourd’hui 10 mars 2010. Rachel Corrie, militante des droits de l’homme américaine d’Olympie, Washington, a été tuée le 16 mars 2003 par un bulldozer Caterpillar D9R qui l’a écrasée. Elle participait à une manifestation non-violente contre la démolition d’une maison palestinienne avec des camarades de l’International Solidarity Movement (ISM), mouvement palestinien engagé dans la résistance à l’occupation israélienne de terres palestiniennes selon des principes et méthodes d’action directe non-violente. La Cour a entendu le témoignage de deux citoyens britanniques membres d’ISM, Richard Purssell et Tom Dale. Leurs témoignages ont souvent été interrompus en raison, comme l’a reconnu le juge Oded Gershon, du mauvais service de traduction fourni par le tribunal. Un nouveau traducteur a été demandé par le juge pour les auditions à venir. Les avocats d’état ont passé pratiquement tout leur temps à contre-interroger les témoins oculaires sur ISM et les objectifs qu’il avait à Rafah. Purssell a confirmé à plusieurs reprises que le but de sa présence à Gaza était d’offrir une protection non-violente aux civils palestiniens dont la maison était menacée de démolition par l’armée israélienne. Relativement peu de temps a été consacré à déterminer ce qui est arrivé à Rachel Corrie.
"Sept ans après le meurtre de ma fille Rachel, j’ai enfin pu entendre les amis qui étaient avec elle témoigner devant un tribunal. Malgré les problèmes décourageants dus à la procédure, nous gardons bon espoir que soit dévoilée la vérité sur ce qui est arrivé à Rachel et que les responsables de son meurtre soient déclarés coupables", a déclaré Cindy Corrie, mère de Rachel.
La salle d’audience était bondée de journalistes locaux et internationaux, d’observateurs des droits de l’homme et des trois représentants de l’Ambassade des États-unis, y compris le consul général Andrew Parker. Hier soir, la famille Corrie a rencontré Parker et des hauts fonctionnaires des services du vice-président Joseph Biden à Jérusalem. Antony Blinken, ministre adjoint au président et conseiller à la sécurité nationale pour le vice-président, a une nouvelle fois confirmé la position inaltérable du gouvernement américain : il n’y a pas eu d’enquête approfondie, crédible et transparente sur l’affaire Rachel Corrie. Ils ont réaffirmé que c’est avec l’approbation du gouvernement américain qu’il est demandé au système judiciaire israélien de rendre justice pour Rachel. Des membres de l’ambassade continueront à assister au procès.
"Je suis toujours en admiration devant l’inébranlable attachement à la défense non-violente de tous nos droits humains dont ont fait preuve les amis de Rachel, pas seulement il y a sept ans à Rafah mais encore aujourd’hui à Haïfa", a déclaré Craig Corrie, le père de Rachel.
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· Nil’in : Deux personnes arrêtées lors de la manifestation
Lien vidéo : http://www.youtube.com/watch ?v=OMvlFq53ufc
Des centaines de personnes de la ville de Ni’lin et des villages environnants se sont rassemblées sur des terres menacées pour confirmer la nécessité de résister aux stratégies agressives de l’occupation. Villageois avaient avec eux leurs animaux pour symboliser le lien ancestral qu’ils ont avec la terre qu’ils cultivent depuis des générations. On voyait partout des photos et des affiches de Tristan Anderson, militant américain d’ISM dans le coma depuis qu’une bombe lacrymogène l’a frappé lors d’une manifestation.
Salah Amira, habitant de Nil’in et un militant israélien dont on ne connaît pas le nom ont été arrêtés lors d’affrontements qui se sont poursuivis tard dans l’après-midi. Les soldats israéliens ont tiré des balles de caoutchouc et des gaz lacrymogènes pour disperser la foule, mais aucune blessure grave n’a été signalée.
Communiqué de presse : La famille en appel contre la décision de fermer l’enquête sur les tirs dont a été victime Tristan Anderson, citoyen américain : http://popularstruggle.org/content/family-appeals-decision-close-investigation-shooting-us-citizen-tristan-anderson
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· Manifestation hebdomadaire de Bil’in
Lien vidéo : http://www.youtube.com/user/haithmkatib#p/a/u/0/DGsXZJcqFYE
Tout le temps qu’ils marchaient en scandant des slogans, les manifestants ont essuyé la riposte classique de l’armée israélienne, dont des tirs de balles en caoutchouc. Deux enfants ont été atteints lors du rassemblement et souffrent de légères blessures. Les soldats ont tout fait pour arrêter un des leaders dans le but d’empêcher le battage médiatique autour des événements. On a vu dans de nombreuses villes ce type d’affrontement entre manifestants et soldats, qui ont même entraîné la mort de Tristan Andersen, manifestant américain venu soutenir la population palestinienne qui a été touché à la tête des balles en caoutchouc tirées par les forces israéliennes lors d’une manifestation similaire à Nil’in. Malgré tout, on n’a pas réussi et on ne réussira pas à faire taire les revendications pour les droits humains fondamentaux et le respect des lois internationales.
À Bil’in, les gens qui sortaient de la prière du vendredi à la mosquée ont rejoint les internationaux divers et variés qui étaient venus pour la manifestation hebdomadaire contre le mur qu’ont érigé les forces d’occupation israéliennes. Vers 12:30, la foule, qui scandait des slogans, est sortie de la ville, en direction des soldats. On s’est vite rendu compte que dans une petite construction en pierre du côté palestinien de la barrière se cachaient plusieurs soldats qui voulaient arrêter une partie des dissidents qui continuent d’avoir l’audace de s’opposer au vol de leurs terres par l’armée israélienne. Un groupe d’adolescents les ayant repérés, les soldats ont été rapidement chassés de l’autre côté de la barrière.
Malgré les tirs presque immédiats de gaz lacrymogènes, de grenades incapacitantes et de balles en caoutchouc, la marche a continué jusqu’au bout du mur, d’où les manifestants ne se sont pas laissé déloger par les vapeurs suffocantes qui ont rapidement envahi la zone. Pendant tout ce temps-là, des slogans pour la liberté des Palestiniens et la fin de cet état d’apartheid ont retenti dans la foule, et les manifestants (palestiniens, israéliens et autres) se sont trouvés au cœur de la lutte en cours. Une déjà longue histoire qui continuera à voir la société locale et ses partisans internationaux unis dans leur volonté de liberté et d’égalité.
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· Plus de 25 blessés à la manifestation de Nabi Saleh
Lien vidéo : http://www.youtube.com/watch ?v=UJcmc9_-7HM
Cette semaine, les soldats sont venus tôt à Nabi Saleh. Ils sont venus tôt et impatients de se battre, comme si avoir touché la semaine dernière Ehab Barghouthi, 14 ans, n’avait servi qu’à exacerber leur agressivité. À midi ou peut-être légèrement avant, ils ont investi la rue sans encombre et a s’y sont installés comme si elle leur appartenait. Lorsque les habitants de ce minuscule village à crêt de colline ont descendu la rue de la mosquée avec les militants israéliens et internationaux venus les soutenir, le carrefour entre les deux principales rues de Nabi Saleh est déjà occupé par des douzaines de soldats.
Une tempête de lacrymogènes et de balles en caoutchouc s’est abattue sur le village quand les soldats ont lancé en même temps plus de soixante bombes lacrymogènes sur les manifestants, quelques minutes après le départ de la marche. Lorsque les manifestants se sont regroupés, toujours à l’intérieur du village, la même chose a recommencé.
Dans ce village, le mouvement de protestation a démarré il y a environ trois mois, quand, sous la protection de l’armée, les habitants de la colonie exclusivement juive de Halamish se sont emparés par la force d’une source naturelle appartenant aux villageois de Nabi Saleh. Les manifestants ont finalement réussi à sortir du village en deux groupes qui se sont dirigés vers la source, les uns descendant la colline vers l’ouest et les autres passant au sud, par la vallée. Les deux groupes sont tombés sur la police des frontières qui leur ont barré la route avec un tir massif de lacrymogènes et de balles en caoutchouc.
Les épais nuages de lacrymogènes qui ont empli la vallée ont parfaitement réussi à empêcher la progression du groupe qui s’efforçait de passer pour atteindre la source. Mais les affrontements qui ont eu lieu côté vallée entre les jeunes du village et l’armée ont servi de couverture au groupe de marcheurs qui venait des collines et lui ont permis d’atteindre une autre source du village. En y arrivant, les marcheurs ont trouvé des colons en train de se baigner. Les soldats, qui avaient finalement rattrapé le groupe, ont poliment ordonné aux colons de partir, tout en attaquant les manifestants à coups de lacrymogènes pour les repousser vers le village.
Quelques heures après le début de la manifestation, les deux groupes se sont rassemblés dans le village, où la police des frontières a tiré sur les manifestants de derrière les terrasses de pierres qui sillonnent les champs entre le village et la colonie. Comme passaient les heures, l’armée s’est lentement retirée en direction du poste militaire permanent à l’entrée du village, où les affrontements ont continué. À la nuit tombée, quand les heurts avaient enfin cessé, on a compté plus de 25 manifestants blessés, tous par balles en caoutchouc.
Popularstruggle.org
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· Al- Ma’asara
De : Againstwall
La manifestation hebdomadaire a été moins nombreuse que d’habitude à Ma’asara ; après avoir traversé les rues du village sous une lourde chaleur, la petite cinquantaine de participants (de différentes nationalités) est tombée sur groupe de soldats et de policiers des frontières plus fourni qu’à l’accoutumé. Les soldats se sont installés vers des premières maisons du village, plus près que jamais, et ont empêché la manifestation de continuer en direction des terres du village.
Après une série de discours en arabe, en anglais et en hébreu, un petit groupe de manifestants a traversé les fils de fer barbelé qui barrait la route et a été repoussé par les soldats, qui ont aussi menacé d’arrêter les militants parce que l’endroit est une zone militaire fermée. Les manifestants, des deux côtés, se sont assis par terre, se sont mis à battre des tambours, chanter et appeler les soldats à rejoindre la lutte populaire au lieu de la réprimer. Les soldats, qui avaient déjà à la main des grenades lacrymogènes et incapacitantes, ont été un peu décontenancés par cet acte de résistance non-violente et les nombreuses caméras qui filmaient partout. Et donc, aucun manifestant n’ayant été arrêté ou attaqué, les militants ont finalement décidé de partir de leur plein gré pour échapper au soleil brûlant, en promettant de revenir la semaine prochaine.
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· Sheikh Jarrah : Arrestation illégale de dix manifestants lors de la marche
Lien vidéo : http://www.youtube.com/watch ?v=Dy7nWppt5nM
Sheik Jarrah : Des Palestiniens, des Israéliens et des internationaux protestent contre le nettoyage ethnique
de Jérusalem-Est lors d’une manifestation hebdomadaire.
palsolidarity.org
Aujourd’hui, au tribunal d’instance de Jérusalem-Ouest, des militants venus du monde entier se sont rassemblés pour soutenir deux familles de Sheikh Jarrah lors de leur procès d’expulsion et se sont entendu dire que le procès était ajourné. Des colons juifs occupent tout l’avant de cette maison familiale depuis le 1er décembre. Aucune date n’a été officiellement fixée pour la prochaine audience.
L’avocat qui poursuit les familles palestiniennes a demandé que toutes les affaires de justice concernant les maisons du quartier soient entendues par le même juge. Pour les Palestiniens du quartier, l’avocat des colons espère trouver un juge plus favorable à leur cause pour entendre tous les cas.
Selon la municipalité, la famille a été expulsée de l’avant de la maison parce que c’était une extension construite sans permis. Au lieu de démolir cette extension illégale ou d’essayer d’obtenir un permis en bonne et due forme, la famille s’est vu obligée à payer une amende de 70 000 shekels. Fin 2009, une fois l’amende payée, la famille a été expulsée de force et les pièces où elle vivait ont été occupées par les colons.
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· Trois manifestants et un journaliste arrêtés lors de la manifestation de Beit Ummar
Popularstruggle.org
Ce matin, des douzaines d’habitants de Beit Ummar ainsi que des militants israéliens et internationaux ont marché du centre du village vers la Route 60, qui relie Jérusalem à Hébron. Le défilé a été attaqué dès que le gros contingent de soldats qui s’étaient positionnés à l’entrée du village pour repousser les marcheurs, qui ne les avaient absolument pas provoqués.
Malgré l’attaque, les manifestants ont continué à avancer vers la route et ont réussi à la bloquer près d’une heure en réaction à l’agressivité dont l’armée a déjà fait preuve une première fois dans la quinzaine écoulée. Deux militants israéliens ont été arrêtés peu après que les manifestants prennent le contrôle de la route et ont été emmenés au commissariat de Kiryat Arba. Les manifestants ne s’étant pas laissé impressionner par le déploiement de force initial, les soldats ont continué à cibler ceux qui tenaient une caméra, ont arrêté Nasser Shyouhi, caméraman d’Associated Press, et ont cassé de nombreuses caméras. Youssef Abu Marya, coordonnateur du Comité National de Beit Ummar (= le groupe qui avait organisé la manifestation d’aujourd’hui), a également été arrêté.
Les manifestants, qui étaient restés pacifiques malgré l’attaque, enfin dispersés, l’armée a envahi la ville en grand nombre. Les soldats ont occupé au moins une maison sans montrer à son propriétaire un ordre de réquisition comme le veut la loi. À la suite de cette invasion agressive, des heurts se sont produits entre les jeunes de la ville qui essayaient de repousser l’incursion en jetant des pierres sur les jeeps blindées et les soldats qui ont fait usage de lacrymogènes, de grenades incapacitantes et de balle en caoutchouc.
Beit Ummar se situe à 11 km au nord-ouest de la ville cisjordanienne d’Hébron et abrite environ 14 500 habitants.
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International Indymedia
· journée de travail hebdomadaire à Jeb Altheeb
20 personnes se sont jointes au Comité Populaire de Bethléhem Contre le Mur et les Colonies pour ce qui est devenu une journée de travail hebdomadaire à Jeb Altheeb. La semaine dernière, le groupe de Palestiniens, d’israéliens et de militants internationaux ont construit un mur de pierre pour marquer les limites des terres agricoles en bordure de route. Les colons ont détruit le mur dans la semaine, mais il a été reconstruit aujourd’hui. Ni les soldats ni les colons n’étaient présents.
Jeb Altheeb est un petit village au sud-est de Bethléhem (près d’hérodion) qui est flanqué par la colonie de Nokdim (où habite Avigdor Lieberman). Depuis cinq ans environ, le village a pour voisin immédiat un avant-poste dont les sept colons ne cessent de s’approprier de nouvelles terres du village. Ces dernières semaines, les colons ont empêché les cultivateurs et les bergers de travailler et de faire paître leurs moutons sur ce qui reste de terres au village.
Ces dernières semaines également, des avocats ont été appelés dans le village et ont confirmé les droits légaux des villageois sur les terres et leur usufruit, et vont faire un recours en justice. Néanmoins, les colons viennent régulièrement harceler les cultivateurs et les bergers dès qu’ils les voient essayer de travailler sur les terres qui leur restent.
========================= Merci de continuer à nous soutenir,
Iyad Burnat, chef du Comité Populaire de Bil’in et co-fondateur d’Amis de la Liberté et de la Justice à Bil’in
Email - bel3in@yahoo.com
Portable - (00972) (0) 547847942
source : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article8503
« Pourquoi Diar Echems et pas nous ? » Après l’annonce de l’attribution de logements dans la cité d’El Madania, les revendications contaminent tous les ghettos d’Alger. Mercredi et hier matin, le plus grand bidonville de la capitale, où vivent 12 000 personnes, a été l’arène d’affrontements avec les gendarmes. Si les 27 jeunes interpellés ne sont pas relâchés aujourd’hui, les habitants menacent de fermer à nouveau la route de S’mar.
Ammi Mesbah, 56 ans, fonctionnaire, Remli I : « Pour rejoindre
l’école, mes enfants traversent un oued d’eaux usées »
« Les gendarmes nous ont attaqués comme des vulgaires délinquants. On se serait cru dans une guerre. Nos femmes et nos enfants sont sortis de la maison fuyant les bombes lacrymogènes et autres explosifs… Ils n’ont épargné personne et nous ont demandé d’évacuer les vieux, les femmes et les enfants. Les gendarmes voulaient sûrement interpeller tous les jeunes du quartier et les mettre en prison… Et tout cet assaut pourquoi ? Parce que nous sommes sortis réclamer des logements dans la sérénité. Nous voulions juste marcher vers l’APC. Je vis ici depuis 1982 avec ma famille au milieu d’une immense décharge, des eaux usées… avec les rats. Au départ, j’ai construit ce taudis pour pouvoir me marier, espérant obtenir un logement rapidement car à l’époque, l’administration n’octroyait des logements qu’aux mariés.
Les années ont passé et mon taudis s’est vu réaménagé à plusieurs reprises, car j’ai eu en tout quatre enfants. J’ai honte devant eux car ils me demandent des comptes et m’interpellent chaque jour sur la vie que nous menons. Mon épouse et mes quatre enfants sont asthmatiques. Un de mes fils a failli mourir il y a quelques années de la tuberculose. Pour rejoindre l’école, mes enfants traversent un oued d’eaux usées, marchant sur de vieux pneus, dans la boue. En hiver, c’est l’enfer, puisque l’eau nous submerge. L’année dernière, l’oued a débordé et a tout emporté. En été, c’est pire. Les odeurs nauséabondes rendent les lieux inhabitables et les moustiques nous rendent la vie impossible. Nos enfants sont complètement défigurés et souffrent de problèmes épidermiques. Les autorités ne nous rendent visite qu’en période électorale et la police voit en nous des délinquants et des voleurs. Mon fils, étudiant en droit, est souvent appréhendé par la police à l’entrée du bidonville. Son tort ? Vivre dans un endroit nommé… Remli. »
Redouane, 38 ans, mécanicien, Remli II : « Je mets des bottes à ma
fille de peur qu’elle ne soit pas mordue par les rats »
« Hier soir, nous avons compris que nous n’étions pas considérés comme des Algériens mais comme des étrangers. J’ai reçu sept explosifs dans la cour de mon gourbi, j’étais paniqué et je ne savais pas quoi faire, ma femme asthmatique a failli mourir et mes deux petites filles ont étouffé à cause des gaz lacrymogènes. Je vivais avec ma famille dans la baraque voisine avant que je ne me marie. A l’âge de 31 ans, je me suis marié avec une fille du bidonville car nous connaissions tous les deux la situation précaire dans laquelle nous vivons. J’ai construis alors cette baraque de trois pièces, tout en soumettant régulièrement des demandes de logement, dont aucune n’a été satisfaite. Je ne demande pas un logement social, juste un appartement que je pourrai payer à long terme.
Ma fille aînée a 6 ans, c’est sa première année à l’école, et cet hiver, elle a été obligée à porter des bottes à cause des flaques d’eau, de la boue et de peur qu’elle ne soit mordue par les rats. En plus, elle doit traverser la voie ferrée électrifiée récemment. Elle rentre chaque soir déprimée ! Je le vois dans ses yeux alors qu’elle n’a que 6 ans. Un jour, elle m’a demandé : « Papa, pourquoi je ne porte pas des baskets comme les autres filles ? Pourquoi les autres filles me regardent bizarrement ? » Des questions auxquelles je ne trouve pas de réponses. Je m’isole dans ma petite chambre et je pleure comme un enfant. Surtout, lorsque je vois ma fille jouer près de l’oued alors que normalement elle devrait le faire dans un jardin. Parfois, j’ai envie de me jeter dans cet oued. Mon message au gouvernement : Donnez-nous un fil du drapeau et prenez le reste. Pourtant, nous sommes tous sortis acclamer l’équipe nationale. Et aujourd’hui, on nous tire dessus… »
Ahmed, 24 ans, étudiant en psychologie, Remli III : « Je vis avec
mes parents et mes huit frères dans trois chambres »
« Nous ne sommes pas des voyous mais notre quartier est devenu avec le temps, synonyme de délinquance. Mais on a oublié de dire que nous vivons dans un bidonville, le plus grand d’Alger, où des gens sont réduits à vivre dans des baraquements exigus, au milieu des ordures, aux abords d’un oued pollué qui peut déborder à n’importe quel moment. Nous sommes dépourvus de tout pour vivre décemment. Je vis avec mes parents et mes huit frères dans trois chambres. Mercredi soir, les habitants du quartier sont sortis dans la rue afin de protester contre la politique injuste pratiquée par les pouvoirs publics dans l’octroi des logements.
Les habitants de Diar Echems ont obtenu des quotas de logement aux cotés d’autres cités de la capitale, alors que notre bidonville est considéré comme le plus vieux et le plus important d’Alger. Comment voulez-vous que ces jeunes, ces vieux, ces femmes ne sortent pas dans la rue ? C’est de la hogra tout simplement. Les jeunes de ce bidonville vivent ici depuis leur enfance… dans la pauvreté, et la mauvaise réputation acquise n’a fait qu’aggraver la situation. On nous traite par le mépris, sinon pourquoi autant de violence dans la réaction des gendarmes et des policiers. Que voulez-vous que ces habitants comprennent ? Ces mêmes gendarmes sont venus sensibiliser les jeunes pour passer leur service national. Aujourd’hui, ils devraient se tenir sur leurs gardes. Les affrontements vont reprendre tant que nous n’aurons pas reçu des excuses et une réponse claire et franche ».
Abderrazek, 62 ans, retraité, Remli II : « Le regard des gens des
autres quartiers nous fait mal »
« J’ai été blessé hier soir lors des affrontements avec les gendarmes. Je ne sais pas ce que j’ai reçu sur la tête, mais comme on courait de partout pour trouver un refuge pour nous abriter des tirs de grenades lacrymogènes, ma petite-fille a été piétinée et ma femme s’est évanouie pour avoir inhalé du gaz. Nous avons passé une nuit terrible, où les cris des femmes se mêlaient à ceux des enfants. Tout cela parce que les habitants de notre quartier sont sortis demander leur droit au logement. Je vis ici depuis 32 ans et j’ai cessé de rêver d’avoir une habitation décente. J’ai passé toute ma vie, dans une entreprise publique, au service de mon pays.
En contrepartie, je ne reçois rien, ou mieux, des bombes lacrymogènes. Mes fils m’en veulent car je n’ai pas été à la hauteur, ils me reprochent souvent de ne pas avoir occupé une villa à l’Indépendance, à Hydra comme les autres. Ils se sentent condamnés à vivre dans des gourbis avec leurs enfants, où leur dignité est bafouée tous les jours. Le regard des gens des autres quartiers nous fait mal. Pour toutes ces raisons, je ne mourrai pas tranquille. »
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