Pierre-Yves Salingue, ( Jeudi, 29 juillet 2010 )
sur le site de Orléans-Loiret-Palestine
L’appel BDS, lancé le 9 juillet 2005 par 171 organisations palestiniennes, aurait du être le vecteur d’une réorientation et d’une remobilisation du mouvement de
soutien sur des bases politiques claires.
Cet appel affirme l’unité du Peuple palestinien, son droit à l’autodétermination et pose trois revendications majeures : la fin de l’occupation et de la
colonisation des terres arabes et le démantèlement du mur ; l’égalité des droits des Palestiniens vivant en Israël ; le droit au retour des réfugiés dans leurs foyers. Pour un mouvement de
solidarité confronté à la crise de stratégie du mouvement national palestinien, c’était une lueur d’espoir , une boussole indiquant la direction à prendre, une perspective pour aller de l’avant
et agir sans être dépendant des tactiques politiques et diplomatiques sur lesquelles il n’a, à juste titre, aucune prise.
Mais les responsables du mouvement, en France et au-delà en Europe (à l’exception notable de la Grande Bretagne), n’ont prêté qu’une attention distraite à l’appel.
Quelques sites internet le publièrent, sans autre commentaires, puis plus rien. [1]
En 2006 et 2007, aucune initiative d’importance ne fut prise en France pour promouvoir la campagne BDS. Pourtant, après l’attaque israélienne contre le Liban, la
défaite électorale du Fatah, le refus des puissances impérialistes de reconnaître la victoire du Hamas et le blocus de la Bande de Gaza qui s ‘ensuivit, le mouvement de solidarité avait plus que
jamais besoin d’une perspective unifiante d’action pour surmonter division et paralysie.
Lors des élections présidentielles de 2007, aucun des candidats n’a pris position en faveur de la campagne BDS [2] Le rassemblement « Paix comme Palestine »,
organisé par la plate-forme des ONG françaises le 17 mai 2008, ne mettra pas en valeur la campagne de Boycott appelée par les Palestiniens, ni dans l’appel de l’initiative, ni dans son
déroulement ni dans ses conclusions. Aucun de ses portes paroles palestiniens ne fut invité et les quelques milliers de présents entendirent qu’il fallait « agir » et « faire pression sur nos
gouvernements » ! Comment ? Quelques mois auparavant, divers intellectuels palestiniens et Ilan Pappé avaient insisté sur la pertinence du boycott à l’occasion du salon du livre de Paris qui
n’avait pas hésité à mettre Israël à l’honneur. Mais leur avis n’était pas partagé par certaines personnalités très écoutées des responsables du Collectif national et le mouvement se divisa aussi
à cette occasion.
Les informations sur le développement très positif de la campagne en Angleterre, en Irlande, en Ecosse, en Afrique du Sud, au Canada, en Australie Etc. les appels
des portes paroles palestiniens de la campagne (par exemple l’intervention d’Omar Barghouti en juin 2008 à Bil’in *3+)…sont restés sans échos. C’est la remobilisation populaire suscitée par
l’agression criminelle de l’armée israélienne contre Gaza fin 2008 qui a rendu insupportable l’absence de réponse à la question « que peut-on faire concrètement en France ? » « Agir », mais
comment, au-delà des sempiternelles cartes postales et pétitions ?
Début 2009 CAPJPO-EUROPALESTINE fut la première association possédant une notoriété nationale à s’engager durablement sur le thème du boycott et a publié en
septembre une brochure « le boycott d’Israël, pourquoi et comment ? »
En juin 2009 une structure unitaire « Campagne BDS France » s’est constituée, composée d’une trentaine d’organisations et d’associations s’engageant à soutenir
l’appel de juillet 2005 dans son intégralité. Plusieurs organisations membres du Collectif national, dont l’AFPS, n’en font pas partie.
En août 2009 le NPA a invité Omar Barghouti à son université d’été. Jusqu’en septembre 2009 le Collectif national se contentera de mener des actions liées au
désinvestissement (VEOLIA, ALSTOM), réduisant l’action directe contre l’Etat israélien à la demande d’une sanction : la suspension de l’accord d’association Union Européenne-Israël.
En mai 2009, sous la pression de la base et notamment de responsables locaux, le congrès de l’AFPS a voté une déclaration appelant ses adhérents à « s’impliquer
dans l’action BDS », ouvrant la voie à l’avancée du Collectif national qui, en septembre, franchissait le pas d’appeler au boycott des produits israéliens, tout en précisant que c’était au motif
que « les produits israéliens ne respectent pas les normes de traçabilité permettant de les distinguer des produits en provenance des colonies illégales d’Israël dans les Territoires Palestiniens
occupés. »
En octobre 2009 l’Union syndicale Solidaires décidait de s’engager dans la campagne BDS. Elle avait été précédée par le Conseil National de la FSU qui avait décidé
« de soutenir les initiatives allant dans le sens de l’appel BDS ». L’UJFP a pris position en faveur du soutien à l’appel BDS courant 2009 et participe à BDS France. Par ailleurs, lors de la
campagne des Européennes, le NPA en tant que parti et quelques candidats d’autres listes (Front de Gauche, Verts…) ont soutenu le mot d’ordre de boycott.
On peut donc constater quelques progrès dans la période récente, mais tout cela reste fragile et même susceptible d’être à tout moment remis en cause.
C’est ainsi qu’en mai 2010 la direction nationale de la CGT, tout en affirmant sa « solidarité avec les travailleurs des territoires occupés qui sont confrontés à
la répression mais aussi à l’exploitation », a dénoncé la campagne BDS au motif que le boycott serait une « punition collective à l’encontre des citoyens israéliens » et que cette campagne «
affaiblit et isole le camp de la paix en Israël » , faisant siens des arguments éculés de la « Gauche sioniste » auxquels les partisans de BDS ont déjà mille fois répondu. [4]
Déjà, en avril, le président de la LDH entérinait un recul de son organisation qui avait pourtant signé le communiqué commun de septembre : subitement, « le boycott
des entreprises coloniales » est devenu « difficile » et celui de « tous les produits israéliens » est inacceptable car « ce serait confondre Israël et ses colonies » et « confondre le combat
contre les gouvernants avec le boycott de toute une société ».
Dans le même temps, en mars 2010, la direction de l’AFPS décidait de « recentrer son engagement dans la bataille BDS » en la concentrant sur le boycott des produits
des colonies.
Le motif invoqué est celui des risques judiciaires encourus, du fait de la décision gouvernementale de tenter de requalifier en « incitation à la haine raciale »
les actions militantes de boycott des produits israéliens. On a beau vouloir être solidaires des Palestiniens, on n’a pas une âme de martyrs, semblent penser les dirigeants de l’AFPS et de la LDH
qui refusent le défi d’un gouvernement pro sioniste, cèdent au chantage de l’antisémitisme sans combattre et donnent ainsi la mesure des risques qu’ils sont prêts à assumer pour la cause
!
Il faut sécuriser juridiquement les actions et donc ne promouvoir que le boycott de produits provenant de colonies qui « elles, sont illégales au regard du droit
international ». En outre, on prendra soin de s’abriter derrière quelques dispositions de droit commercial sur l’étiquetage. Exit donc le boycott d’Israël et place au seul boycott des produits
issus des « colonies illégales »
Ce que dit l’appel BDS et ce qu’il ne dit pas !
Depuis 5 ans, - et parce qu’ils sont confrontés, notamment en Europe, à des tentatives permanentes de réduire le contenu et de modifier les objectifs de leur appel
initial, - les responsables palestiniens de BDS ne cessent de réaffirmer les fondamentaux de l’appel. La coalition BDS représente les 3 composantes du Peuple palestinien : les réfugiés
palestiniens, où qu’ils résident actuellement, dans les camps ou hors des camps ; les Palestiniens des territoires occupés de Cisjordanie et de la Bande de Gaza (dont de nombreux réfugiés) ; les
citoyens palestiniens d’Israël (dont des déplacés).
Chacune de ces composantes subit une forme d’oppression spécifique :
. L’occupation directe et la colonisation pour ceux qui résident en Cisjordanie (y compris Jérusalem) et le blocus criminel pour les habitants de Gaza . Le système
légalisé et institutionnalisé de discrimination raciale à l’intérieur de l’Etat israélien pour les Palestiniens qui y résident aujourd’hui . Le refus de reconnaître le droit au retour et à des
réparations pour les réfugiés. Beaucoup de Palestiniens subissent une combinaison de ces différentes formes d’oppression. Toutes les composantes subissent les conséquences de la colonisation
sioniste de la Palestine.
C’est pourquoi « l’appel de BDS affirme la primauté du droit à l’autodétermination et traite les droits fondamentaux des trois principales composantes du peuple
palestinien : Vivre libre de l’occupation israélienne dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, y compris Jérusalem Est ; la fin du système israélien de discrimination raciale institutionnalisée
contre ses citoyens palestiniens ; et, pour les réfugiés palestiniens et les personnes déplacées, la grande majorité du peuple palestinien, le bénéfice de leur droit au retour dans leurs foyers
et la perception des réparations » [5] L’appel BDS n’est donc pas seulement une remise en cause de l’occupation militaire et de la colonisation au sein des territoires occupés en 1967. [6] La
lutte à laquelle nous appelle BDS s’étend au delà de la fin de l’occupation et l’exigence du droit à l’autodétermination ne se confond pas avec une demande de fixer des frontières sur la ligne
verte pour délimiter deux Etats. En fait BDS ne prend pas position sur cette question (un Etat, deux Etats ?) mais pose les conditions permettant aux Palestiniens, tous les Palestiniens, de
choisir : l’autodétermination et le respect de leurs droits nationaux.
Autrement dit, la campagne internationale BDS, c’est jusqu’à ce que l’ensemble du Peuple palestinien puisse exercer son droit inaliénable à la liberté et à
l’autodétermination.
Toute autre attitude et notamment celle qui consiste à limiter les revendications palestiniennes à la fin de l’occupation de 1967 (par exemple au motif d’élargir la
mobilisation) ne permet pas « d’avancer d ‘un pas avec des milliers » [7] mais au contraire fait reculer la solidarité qui perd son sens d’un soutien à la lutte des Palestiniens pour leurs
droits, tous leurs droits.
« Ce qui compte est d’être d’accord avec ses motivations et ses objectifs…qui doivent être le dénominateur commun à tous les groupes solidaires de la Palestine :
mettre fin aux trois formes principales de l’injustice israélienne et promouvoir les droits des Palestiniens. Ce sont les conditions sine qua non pour que cette campagne soit efficace et réponde
aux aspirations de la société civile palestinienne » [8] La première exigence est celle du respect des objectifs de la campagne BDS et donc de la dimension politique de cet appel et de la
finalité de la bataille qu’il veut organiser en soutien à la lutte du Peuple palestinien. Il faut donc l’affirmer une fois de plus : la question palestinienne est une question politique et la
lutte de libération nationale du Peuple palestinien ne peut être confondue avec une question humanitaire ni même avec une question de « droits de l’homme » !
Les raisons du refus de soutenir l’appel dans son intégralité
La conversion partielle de divers responsables à l’appel BDS masquait en réalité le maintien de sérieuses divergences avec les bases politiques de la campagne
internationale.
Contrairement à l’illusion répandue par certains, aucune « ambiguïté constructive » ne peut « permettre de mettre en accord les tenants d’un boycott de l’ensemble
des produits israéliens et ceux souhaitant un ciblage spécifique des produits des colonies ». [9] Pour une raison toute simple : les Palestiniens ne sont pas soumis à la domination et à
l’oppression des seuls colons résidant dans les colonies de Cisjordanie (dont Jérusalem) mais à la colonisation sioniste de la Palestine, dont l’Etat d’Israël créé en 1948 est une étape
essentielle pour réaliser le projet sioniste de conquête de toute la Palestine et donc de destruction du Peuple palestinien.
Comment peut-on « dénoncer une politique colonialiste » sans combattre l’Etat colonial ? Penser qu’on peut « estomper le clivage politique » entre ceux qui pensent
qu’il faut isoler l’Etat d’Israël, pour contribuer à modifier le rapport des forces entre l’occupant sioniste et les Palestiniens soumis à la colonisation depuis plus de 60 ans et ceux qui
pensent qu’il s’agit avant tout d’un problème de colonies et de droits de l’homme dans des « territoires occupés en 1967 », c’est évidemment replonger dans les pires travers d’un mouvement qui
s’est depuis trop longtemps obstiné à refuser de considérer la lutte du Peuple palestinien comme une lutte de libération nationale.
Contrairement à ce qu’affirme notre défenseur de « l’ambiguïté constructive « quand on considère les enjeux pratiques » les divergences ne se réduisent pas, elles
prennent tout leur sens ! [10] Le problème n’est pas de savoir s’il faut être pédagogue et construire progressivement la mobilisation en définissant des cibles concrètes qui se prêtent à la
démonstration (par exemple Agrexco) pour être plus efficace. Le problème commence quand, faute d’être en accord avec les objectifs politiques de BDS (redisons le encore une fois :
l’autodétermination et les droits des 3 composantes du Peuple palestinien) on modifie les objectifs et les revendications explicitement affirmés dans l’appel. Entre autres exemples :
. Dans la rubrique « BDS Mode d’emploi » le « tract type » recommandé à ses comités par l’AFPS affirme…« que tout le monde connaît les termes de la solution : la
création d’un État palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale » [11] . Quand on lit dans un tract du collectif Palestine de l’Essonne que « 170 ONG palestiniennes,
ainsi que des anticolonialistes israéliens, ont décidé de lancer des campagnes BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) …pour parvenir à la reconnaissance d’un état palestinien de droit, aux
côté de l’état d’Israël »
. Quand on lit dans la déclaration de Solidaires annonçant son adhésion à BDS : « il s’agit par une campagne de sanction non-violente, d’agir dans un cadre citoyen
et éthique afin d’obtenir une solution politique qui garantisse l’application du droit international pour les deux peuples, palestinien et israélien, dans les frontières de 1967 »
Force est de constater que ce n’est pas ce qui est écrit dans l’appel BDS mais que c’est l’affirmation d’une ligne politique parfaitement identifiée : celle qui
prétend que l’Etat palestinien indépendant dans les frontières de 67 est « la solution » Cette position est aujourd’hui celle d’Abbas et de Fayyad, ce n’est pas la position de BDS ! Et c’est ce
qui permet de comprendre que, derrière un apparent désaccord tactique sur la meilleure façon de convaincre et de faire progresser l’adhésion à la lutte pour les droits des Palestiniens (doiton se
concentrer sur les produits des colonies ?), il y a en réalité un vrai désaccord sur le contenu même de la solidarité, sur les droits qu’on soutient et sur le projet politique avec lequel on
demande d’être solidaire.
Certes, c’est le droit de chacun de s’accrocher à la perspective de « l’Etat indépendant dans les frontières de 67 », malgré l’accumulation des faits et des
analyses qui en démontrent chaque jour un peu plus l’impossibilité et la signification politique réelle. Mais invoquer la défense de BDS pour promouvoir cette position, c’est de la manipulation !
La recherche de l’efficacité est très louable, pour autant qu’elle ne soit pas un prétexte pour réduire le niveau des revendications palestiniennes à un niveau supportable pour « la vraie
radicalité positive » [12] des supporters français de Fayyad. On est aussi en droit de s’interroger sur le fait que, dans un grand nombre des tracts émanant de comités ou de collectifs unitaires
et recensés sur divers sites, figure exclusivement la formule du nécessaire respect par Israël « du droit international » alors que dans l’appel BDS cette exigence est précédée par celle du «
droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination » et suivie par les revendications des 3 composantes du Peuple palestinien. L’appel BDS ne revendique pas l’application d’un droit
international abstrait mais revendique des droits concrets qu’il énumère précisément. Ces droits, qui sont partie intégrante des objectifs de l’appel, doivent être systématiquement rappelés,
indépendamment de l’axe retenu et de la pédagogie mise en oeuvre.
Qu’il s’agisse de culture, de sport, d’éducation, de diplomatie ou de marchandises Etc., qu’il s’agisse de boycott, de désinvestissement ou de sanctions, c’est
seulement l’angle d’attaque qui change, la variété permettant de renforcer la démonstration. Mais il n’y a pas d’adaptation possible des objectifs et des droits. C’est aussi ce que disait Jamal
Juma en 2006 dans sa lettre ouverte précitée : « C’est pourquoi nous, les Palestiniens, sommes ceux qui peuvent discuter et décider comment nous nous présentons, nous, nos droits et notre
oppression, comment nous en parlons et quels arguments nous utilisons. Nous savons exactement comment la décrire et comment en parler. Nos amis, nos camarades et nos soutiens peuvent la présenter
de la manière la plus appropriée à leur contexte de travail, sans toutefois faire de concessions sur l’essence de la question elle-même. » Nous ne sommes pas en présence d’une discussion utile
sur les moyens d’agir, nous sommes en présence de divergences fondamentales sur l’essence de la question palestinienne.
Toute ambiguïté est destructrice pour la lutte et soutenir que l’ambition de BDS c’est obtenir d’Israël qu’il accepte la ligne verte comme frontière et qu’il
respecte « les normes élémentaires de traçabilité des produits » est une escroquerie intellectuelle tant vis-à-vis des initiateurs de l’appel qui ne cessent de rappeler les véritables ambitions
de leur campagne qu’à l’égard de ceux à qui on demande de boycotter. Loin d’être une affaire de consommateurs à qui on demanderait de ne pas acheter des produits dont l’origine est douteuse,
l’action BDS consiste en une gigantesque bataille idéologique, d’une part pour déconstruire la légitimité de l’Etat d’Israël et d’autre part pour affirmer l’engagement d’une solidarité
internationale aux côtés de l’ensemble du Peuple palestinien dans sa résistance pour la conquête de ses droits. Notre combat n’a pas pour objectif de dénoncer un état d’Israël fraudeur sur
l’origine des produits mais d’isoler l’Etat colonial qui opprime les Palestiniens, qui poursuit le nettoyage ethnique commencé avec sa création en 1948 et qui a pour objectif l’éradication de la
Nation palestinienne ! BDS est partie intégrante de la résistance du Peuple palestinien à cette tentative de destruction.
Certes, cette résistance ne se réduit pas à BDS, mais elle en a aujourd’hui besoin et c’est pour l’affaiblir que les attaques se multiplient contre BDS et plus
généralement contre toute forme de résistance palestinienne indépendante qui s’oppose à la normalisation en cours. A sa mesure, aux côtés d’autres formes de résistance, BDS est aujourd’hui un
outil qui contribue à sortir de l’impasse des prétendues initiatives de paix et il y a peu de doutes que les efforts actuels de certains, en France et ailleurs [13], d’une part pour en limiter
les ambitions au boycott des produits des colonies et d’autre part et surtout pour abaisser ses objectifs, sont en adéquation avec la politique de liquidation de la résistance menée par
l’Autorité Palestinienne sous la responsabilité de Fayyad : normalisation et répression en Cisjordanie et complicité dans le blocus de Gaza. [14] Seules la défense et l’illustration de l’appel
BDS dans son intégralité peuvent permettre au mouvement de solidarité de ne pas retourner dans une impasse tragiquement similaire à l’industrie de la paix d’Oslo, loin, très loin, des attentes
réelles du Peuple palestinien à l’égard de la solidarité internationale.
Pierre-Yves Salingue, ( Jeudi, 29 juillet 2010 )
Notes :
[1] Le Mouvement de Soutien à la Résistance du Peuple Palestinien, constitué fin 2005, et les associations qui en faisaient partie furent dès 2006 les seuls à
diffuser largement cet appel et à proposer, à toutes les associations, les réseaux et tous les comités agissant dans le champ de la solidarité avec la Palestine, d’en faire le dénominateur commun
d’une action de longue durée, la base d’accord proposée étant le texte palestinien. Cette proposition resta sans réponses. [2] Au demeurant, le questionnaire adressé à tous les candidats par la
plateforme des ONG françaises pour la Palestine n’évoque même pas le sujet ! [3] Traduction française sur le site juliensalingue.over-blog. [4] Cf. différents articles d’Omar Barghouti, repris
dans son livre BDS. la fabrique éditions [5] bdsmovement.net
09/07/2010 [6] Ceci avait déjà été rappelé dans une lettre ouverte aux militants européens par Jamal Juma, coordinateur de Stop the Wall, le 11/06/2006 à l’occasion
du colloque ECCP sur l’appel à sanctions : « Notre lutte et notre peuple ne sont pas constitués que des territoires palestiniens occupés depuis 1967 » france-palestine.org
[7] Introduction de Dominique Vidal à la conférence des groupes locaux de l’AFPS, 29/05/2010 [8] Omar Barghouti, BDS, la fabrique éditions [9] Omar Alsoumi « le
mouvement de solidarité avec la Palestine après Gaza protectionpalestine.org
[10] Voir note 9 [11] france-palestine.org
[12] Voir note 7 [13] Des tentatives similaires semblent en cours, au moins en Italie et au Québec : Cf. Diana Carminati « La situation des mouvements de solidarité
en Italie après la Gaza Freedom March et le Convoi Viva Palestina » ism-france.org
Cf. Robert Bibeau : Appel à fêter l’anniversaire du mouvement BDS. Pourquoi les organisateurs modifient-ils l’appel des organisations palestiniennes ?
boycottisraelinternational.com
[14] voir notre article à venir analysant la politique de S Fayyad et les objectifs de ses nouveaux supporters en France.
par Salem Ferdi
Source :http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5141125
Tout en continuant de justifier l'opération militaire lancée jeudi dernier - en suggérant avec insistance que Michel Germaneau était «peut-être» déjà mort depuis
des semaines -, Paris entretient un certain flou sur la nature de sa riposte au Sahel.
Le président français Nicolas Sarkozy avait laissé entendre que des représailles allaient être menées, son Premier ministre, François Fillon, a annoncé que le
combat contre l'AQMI allait «se renforcer». «La France ne pratique pas la vengeance, en revanche nous avons des accords avec les gouvernements de la région et en particulier avec le gouvernement
mauritanien, avec le gouvernement malien pour traquer ces terroristes et les livrer à la justice». L'équivoque est sans doute délibérément entretenue. Le président de la Commission des affaires
étrangères de l'Assemblée française Axel Poniatowski parle de «soutien logistique» à des actions militaires de la Mauritanie, du Mali ou du Niger contre l'AQMI. Selon lui, ce soutien s'exprimera
par «une coopération en terme de formation des armées» de ces pays, et non par l'envoi de militaires. En off, des militaires évoquent des «opérations ciblées» menées par des forces spéciales ou
un appui logistique aérien à des opérations menées par les armées locales.
La question d'un engagement militaire français n'est pas anodine. Ce serait pain bénit pour la propagande des djihadistes version AQMI qui fonctionne, depuis des
années, sur la logique d'une confrontation «Occident-islam». La résorption significative du terrorisme en Algérie, par exemple, a été ralentie en 2003 par la guerre américaine en Irak qui a créé
un potentiel de recrutement nouveau. Un engagement ouvert de l'ancienne puissance coloniale dans la région risque d'avoir les mêmes effets au Sahel. L'alignement politico-idéologique de l'ex-GSPC
sur Al-Qaïda procède d'une tentative de renouvellement d'un discours djihadiste totalement discrédité au niveau national en s'insérant dans une vision globale de conflit des civilisations
«Occident-islam» qui permet en quelque sorte d'apostasier les régimes présentés comme totalement inféodés aux occidentaux. Une implication directe des forces occidentales est une redoutable
fabrique de djihadistes, l'Irak en est toujours l'exemple le plus explosif.
Les états d'âme du Mali
La Mauritanie, qui présente l'opération menée avec des troupes d'élites françaises comme un succès, risque de devenir une «priorité» de l'AQMI. Ce qui explique
d'ailleurs que l'opposition mauritanienne n'ait guère apprécié le fait d'armes. Il se confirme par ailleurs que les responsables maliens - apparemment certains d'entre eux sont suspectés
d'entretenir des liens avec les djihadistes basés au nord du Mali - n'ont pas été tenus informés de l'opération franco-mauritanienne. En off, un haut responsable du ministère malien de la Défense
a déploré le fait que le Mali ait été tenu «à l'écart» pour lancer une opération qui s'est soldée par un échec signifiant immanquablement, selon lui, la mort de l'otage. «Nous sommes préoccupés
par l'attitude de la France. Nous avons signé des accords de droit de suite avec la Mauritanie. Mais, en l'espèce, ce n'était pas un droit de suite. Ils ne pourchassaient personne jusqu'au Mali.
Ce n'était pas de la poursuite, mais un acte de guerre», a-t-il affirmé.
Ce reproche, le président malien Amadou Toumani Touré l'a exprimé de manière très édulcorée au ministre français des Affaires étrangères en appelant à une
«coordination» des opérations. «Le président Amadou Toumani Touré, c'est tout à fait juste, pense que les opérations (militaires) doivent être coordonnées, que ce soit des opérations de plus
grande ampleur contre l'Aqmi, contre le terrorisme», a déclaré Bernard Kouchner, après un entretien en tête en tête avec le chef de l'Etat malien à Bamako. Le chef de la diplomatie français a
noté qu'il existe pour cela un «état-major à Tamanrasset».
Une perfide mise en cause de l'Algérie
Au passage, des sources françaises non identifiées insistent lourdement sur la faiblesse de la coordination alors que celle-ci est perturbée par l'intrusion
française dans l'affaire Camate et l'élargissement des djihadistes par le Mali. Mais pour corser le tout, comme s'il s'agissait de partager les torts, un «diplomate», anonyme s'entend, évoque un
«double jeu» d'Alger qui aurait refusé des demandes d'aide du Mali. Et surtout - l'inévitable biais pro-marocain de Paris surgissant bien mal à propos - en refusant de coopérer avec le Maroc,
l'Algérie bloquerait tout processus efficace. Il est vrai que si l'Algérie considère que le Maroc - en raison de sa géographie - n'est pas fondé à être dans une entreprise de coordination
sécuritaire dans le Sahel, cela vaut encore davantage pour la France.
Détenu depuis plus de trois mois, l’otage français Michel Germaneau a été exécuté, dimanche dernier, par ses ravisseurs. L’annonce a été faite 48 heures
après l’assaut franco-mauritanien contre un groupe d’Al Qaîda au nord du Mali.
Pour la deuxième fois, la France entre par effraction dans la région et cause de lourds dommages collatéraux. L’otage français, Michel Germaneau, a été exécuté
dimanche dernier par les terroristes d’Al Qaîda au nord du Mali, où il était détenu depuis le 19 avril dernier. L’annonce a été faite le jour même dans un enregistrement audio diffusé, tard dans
la soirée, par la chaîne qatarie Al Jazeera.
Agé de 78 ans, Michel Germaneau avait été décapité à la suite de l’offensive militaire franco-mauritanienne contre un refuge de terroristes sur le territoire
malien, à proximité de la frontière avec la Mauritanie. Officiellement, le raid avait pour but de « libérer l’otage censé être sur les lieux et mettre en échec une attaque éventuelle contre
l’armée mauritanienne ». Mais l’opération a échoué. Les terroristes, certainement bien informés, avaient déplacé l’otage et n’ont laissé qu’un petit groupe que le commando franco-mauritanien a
accroché, tuant six d’entre eux et blessant quatre autres. La réaction d’Abou Zeid, émir de la phalange du Sahara, ne s’est pas fait attendre. Avant même que l’ultimatum donné à la Mauritanie
pour libérer les terroristes impliqués dans l’enlèvement des Espagnols (prévu hier à minuit) n’expire, Abou Zeid a décapité l’otage et revendiqué publiquement son exécution, affirmant qu’il
s’agit d’une réponse à l’attaque de jeudi matin menée par la France et la Mauritanie. Une réponse qui ressemble à celle donnée par la même organisation au gouvernement britannique après le refus
de ce dernier de négocier la libération d’Edwin Meyer. En effet, celui-ci avait été assassiné après plusieurs mois de détention au nord du Mali.
Est-ce l’intransigeance de la Mauritanie à ne pas libérer des terroristes d’Al Qaîda qui a été à l’origine de l’option militaire sur le territoire malien ? Ou
est-ce le statut de l’otage, un humanitaire sans attache ni liens professionnels avec son pays ? On n’en sait rien. Ce qui est certain, c’est que la France n’a pas géré de la même manière le
dossier de Pierre Camatt, pour lequel elle a mobilisé tous ses services dans le but de le libérer vivant, et celui de Germaneau, dont la vie a été compromise par une intervention militaire mal
préparée et dont les risques ont été sous-évalués. « L’ultimatum n’était que l’annonce d’un assassinat programmé » « Depuis le 12 juillet, Michel Germaneau était sous le coup d’un ultimatum qui
n’était en fait que l’annonce d’un assassinat programmé. Cet ultimatum, en effet, émanait d’un groupe qui avait assassiné, le 31 mai dernier, un malheureux otage britannique enlevé dans les mêmes
conditions et qui n’a jamais été précédé du moindre début de dialogue avec des autorités françaises ou locales, à l’inverse de ce qui s’était produit pour Pierre Camatt pour lequel les preneurs
d’otage avaient accepté d’entrer dans des discussions », a expliqué le président français, Nicolas Sarkozy, lors d’une conférence de presse animée après l’exécution de l’otage.
La sentence subie par Germaneau rappelle douloureusement la grave situation dans laquelle se trouve la région du Sahel, depuis que le GSPC a décidé d’en faire son
quartier général. Quelque 250 éléments puissamment armés, connaissant parfaitement le désert, ont réussi à transformer ce no man’s land en une véritable poudrière où trafiquants d’armes, de
drogue et contrebandiers se rendent service mutuellement pour partager les gains de leurs activités criminelles. En face, les Etats de la région n’arrivent pas à s’entendre pour balayer devant
leurs portes. Les nombreuses initiatives allant dans le sens de la conjugaison des efforts pour venir à bout de cette situation se sont avérées vaines. Pourtant, il y a quelques mois seulement,
les ministres des Affaires étrangères de six pays du Sahel, à savoir le Niger, le Mali, le Tchad, la Mauritanie, l’Algérie, le Burkina Faso se sont engagés, lors une conférence à Alger, à
renforcer la coopération et l’échange d’informations en matière de lutte contre le terrorisme pour éradiquer ce fléau qui mine l’avenir de la région.
Cette réunion a été suivie par celle des patrons des services de renseignement, puis par une autre, qui a regroupé les responsables de la lutte antiterroriste avant
d’aboutir à une conférence, à Alger, des chefs d’état-major des armées de chacun des pays concernés. Un comité des chefs des états-majors du Mali, du Niger, de Mauritanie et d’Algérie a même été
mis en place à Tamanrasset, pour concrétiser sur le terrain les décisions prises et engager une stratégie commune de lutte contre le terrorisme. Censé être un outil de concertation et de
coopération, ce comité n’arrive malheureusement toujours pas à rendre effectives les actions décidées sur le terrain. Un terrain, faut-il le préciser, que se disputent des puissances
extra-régionales, comme les Etats-Unis et la France, beaucoup plus attirés par les richesses du sol (uranium et pétrole) mais aussi l’Espagne qui, depuis peu, s’inquiète de l’état de ses deux
ressortissants détenus par Al Qaîda depuis des mois et dont le sort n’est toujours pas connu.
La sortie ratée de la France
L’entrée par effraction de la France dans les négociations avec les terroristes et dans les opérations militaires contre Al Qaîda au Sahel n’aurait peut-être pas eu
lieu si les pays de la région s’étaient entendus pour chasser les semeurs de mort de leur territoire. Dans l’affaire de Pierre Camatt, le Mali, qui s’était engagé officiellement à ne pas libérer
les terroristes (réclamés par leurs pays d’origine) en contrepartie de la vie de l’otage, a fini par céder sous la pression de la France. Pierre Camatt est rentré chez lui, comme les quatre
terroristes libérés, laissant le Mali en pleine crise diplomatique avec la Mauritanie et l’Algérie. Quelques mois plus tard, cette même France réédite le scénario en poussant l’ingérence bien
loin. Pour libérer Germaneau, elle envoie un commando en terre malienne avec le soutien des Mauritaniens. Les dommages collatéraux de l’échec de cette opération seront lourds à assumer aussi bien
par l’Hexagone qui a mis en péril la vie de l’otage, mais également par la Mauritanie qui se retrouve ainsi dans le collimateur de ses voisins mais aussi sous le coup d’une menace terroriste de
plus en plus pesante.
Toutes ses forces armées sont d’ailleurs en alerte maximum par crainte d’éventuelles représailles. La Mauritanie est plus que jamais interpellée et se trouve dans
l’obligation d’expliquer sa décision de faire appel à des forces extra-régionales pour mener une opération militaire sur le sol de son voisin. Elle qui s’est pourtant engagée, dans une
déclaration officielle signée par son ministre des Affaires étrangères, lors de la conférence d’Alger, à éviter les ingérences des uns et des autres. Encore une fois, les pays de la région ont
raté l’occasion de faire sortir leur population de la terreur semée par Al Qaîda. Les intérêts des dirigeants ont primé sur la sécurité et l’avenir de leurs populations. Ce qui laisse, hélas, de
beaux jours aux terroristes et leurs alliés, les contrebandiers, les trafiquants de drogue et d’armes dans le Sahel. S. T.
Par Salima Tlemçani
Source : http://www.elwatan.com/Al-Qaida-execute-l-otage-francais
Après avoir renversé par un coup d’état militaire le 6 août 2008, le régime démocratiquement élu du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallah, mis en coupe réglée les institutions démocratiques du pays aidé en sous main par certains pays occidentaux, le pouvoir du général Mohamed Ould Abdel Aziz dévoile chaque jour davantage son vrai visage et la nature de sa mission assignée ; les pays et les milieux qui l’ont soutenu et encouragé prétendant qu’il était le seul capable de combattre le terrorisme et l’immigration clandestine en Mauritanie, interviennent ouvertement dans les affaires intérieures de notre pays. Le fait le plus notoire est l’implantation de bases militaires étrangères sans accord préalable ni même l’information de notre parlement ; type de relation que notre peuple a rejeté depuis longtemps dans ses rapport avec la France pour assumer la plénitude de son indépendance et de sa souveraineté nationales.
Le général Mohamed Ould Abdel Aziz vient de lancer à corps perdu, sans beaucoup de réflexion ni concertation préalable, des éléments de nos forces armées à l’intérieur du territoire malien encadrés par des officiers français pour sauver l’ingénieur français Michel Germeau enlevé à la frontière du Niger et du Mali et menacé de mort. Tout en dénonçant les actes criminels des terroristes de l’AQMI et compatissant comme nous l’avons toujours affirmé, avec le sort des victimes françaises et espagnoles, les événements auxquels nous venons d’assister ne sauraient justifier, des incursions pour la troisième fois en territoire malien et exposer notre pays aux risques de conflit majeur avec la République du Mali et nos populations civiles à des représailles terroristes.
Alliance Populaire Progressiste :
- dénonce avec force la politique aveugle, les initiatives inconsidérées et unilatérales du régime alors que des mesures et démarches communes ont été initiées avec les états frères voisins de l’Algérie et du Mali contre le terrorisme et le banditisme transfrontaliers,
- dénonce l’abandon de la souveraineté nationale dans cette opération, son mépris de toute concertation et d’entente avec les pays partenaires et voisins, le Mali et l’Algérie,
- exige le maintien de nos forces armées nationales et de sécurité dans leur mission sacrée de défense de l’intégrité territoriale de la sécurité des populations,
- exige leur dotation en moyens matériels et techniques pour l’accomplissement de leur noble mission,
- appelle l’ensemble des populations de notre pays à plus de vigilance dans les circonstances actuelles,
- lance un appelle à l’ensemble des forces patriotiques politiques et la société civile à serrer leurs rangs face à ce régime dans la poursuite de leur lutte commune pour l’instauration d’un véritable régime démocratique.
Nouakchott, le 24 juillet 2010
Le Bureau Exécutif
Article de Birn traduit par Jacqueline Dérens
Source : Le Courrier des Balhkans
Les citoyens de Zagreb sont dans la rue depuis des mois pour protester contre le saccage du centre-ville par les promoteurs immobiliers, les étudiants réclament la gratuité de
l’enseignement supérieur, les syndicats et les travailleurs rejettent la nouvelle loi sur le travail, qui simplifierait les procédures de licenciement. Alors que la société croate a plutôt une
tradition de passivité, une véritable révolution de la conscience citoyenne est en train de se produire.
« Les gens se sont réveillés et se rendent compte que leur voix compte. C’est la fête de la démocratie croate et les citoyens ont envoyé un message aux politiciens. Nous sommes là, et vous ne
pouvez plus nous éviter ». C’est ainsi que le dirigeant syndicaliste Krešimir Sever s’exprimait, après avoir annoncé que les syndicats avaient recueilli 813.016 signatures pour exiger un
référendum sur la proposition du gouvernement d’amender la loi sur le travail.
Ce chiffre est particulièrement élevé pour un pays de 4,5 millions d’habitants. En comparaison, lors des dernières élections législatives, la Communauté démocratique croate (HDZ, au pouvoir) a
recueilli 834.203 voix.
Les analystes constatent que la société croate est en train de changer après 45 ans de communisme, où la liberté d’expression était limitée, et après vingt années de « transition », durant
lesquelles la population avait tendance à observer passivement ce qui se passait dans son pays.
Le chiffre élevé de pétitionnaires est le signe que les gens sont devenus politiquement plus actifs et se rendent compte qu’ils peuvent exprimer leur mécontentement et rechercher des changements
d’une manière organisée.
« La société croate a longtemps été caractérisée par un mélange d’autoritarisme et de soumission ainsi que par une dose de cynisme envers l’engagement pour les sujets d’intérêt public », remarque
le sociologue Srdjan Dvornik. « La résistance se traduit habituellement par une forme d’amertume, des grognements, des insultes pour les politiciens et une méfiance envers toutes les
institutions, à l’exception de l’Église et de l’Armée. Bien sûr, c’est le droit le plus strict des gens, mais cela n’aide pas au changement ».
« Les gens commencent à se rendre compte combien les institutions et l’Etat sont peu dignes de confiance, mais aussi du pouvoir qu’ils ont potentiellement entre les mains, si seulement ils
agissent d’une manière organisée. Tout cela parce que les problèmes s’accumulent et qu’à un moment, on ne peut plus les cacher sous le tapis... »
Les travailleurs dans la rue pour défendre la loi sur le travail
Ces derniers temps, des manifestations ont lieu partout dans le pays, surtout depuis que la crise financière a rendu plus visibles les inégalités et l’injustice sociale. L’annonce par le
gouvernement de sa volonté de modifier la Loi sur le travail pour réduire les droits des syndicats et permettre au patronat de licencier le personnel plus facilement a vite mobilisé dans l’unité
syndicats et travailleurs.
La Première ministre Jadranka Kosor a promis que le gouvernement respecterait la volonté populaire par référendum, même s’il en coûte 23 millions d’euros, une dépense importante pour un pays qui
a des problèmes financiers. Jusqu’à présent, un seul référendum a été organisé en Croatie, celui de 1991, quand on a demandé aux gens s’il voulait rester ou non dans la Fédération yougoslave.
Les économistes et les hommes d’affaires soutiennent la démarche du gouvernement dans cette affaire. « La Croatie devra tôt ou tard changer sa Loi sur le travail et rendre le marché du travail
plus flexible pour rendre l’économie du pays plus compétitive avant son entrée dans l’UE », estime ainsi l’analyste Damir Novotny.
Les citoyens de Zagreb contre les promoteurs immobiliers
Un groupe issu de la société civile, Droit à la cité, et l’association écologiste Action Verte ont réuni 54000 noms sur une pétition contre la construction d’un vaste complexe résidentiel et
d’affaires à Zagreb. Ce chiffre, bien que modeste, est considéré comme une expression massive de la volonté populaire.
Le promoteur a pourtant reçu un fort soutien du maire de Zagreb, Milan Bandić, et de toutes les autres institutions concernées. Elles étaient même prêtes à changer les lois d’urbanisme pour qu’il
puisse commencer à construire, mais les habitants se sont rebellés contre ce plan avec une rare virulence. Ils n’ont pas réussi à empêcher définitivement la construction, mais les militants sont
déterminés à protéger la zone piétonne du centre ville, la rue de Varsovie, où une rampe d’accès à un parking privé souterrain est prévue.
En mai et juin, les militants ont assuré des veilles nuit et jour pour empêcher cette construction. Certains ont dormi dans les rues, pendant que d’autres leur apportaient à manger, et des
événements publics étaient organisés chaque jour, allant du cours de yoga du matin au concert du soir.
Des centaines de manifestants viennent d’ailleurs de bloquer la circulation dans Zagreb pour protester contre l’arrestation, jeudi 15 juillet, de 150 manifestants pacifiques qui protestaient
contre ce projet. Ils demandent la démission du chef de la police et du ministre de l’Intérieur et ont promis de continuer à protester en organisant manifestations et marches contre le
projet.
« La rue de Varsovie est devenu le symbole de la révolte contre la fraude et les combines en Croatie à cause des liens entre la politique et le grand capital », explique le musicien Saša Antić,
du groupe The Beat Fleet. « Nous sommes venus soutenir les gens dont on ne respecte pas la volonté ».
Le groupe a donné un concert gratuit auquel des centaines d’autres artistes se sont joints, dans un programme fort bien nommé « Mille et une nuits et jours pour la rue de Varsovie ». Beaucoup
n’étaient pas de Zagreb, mais voulaient montrer leur solidarité aux habitants de la ville.
« Cette résistance militante n’est pas seulement une question de désobéissance civile et ne montre pas seulement le besoin des citoyens ordinaires de s’impliquer dans les affaires publiques. Elle
symbolise toutes les occasions précédentes, pour lesquelles on ne trouvait pas ce courage, il y a quelques années encore », explique Vedran Horvat de la Fondation Henrich Böll.
Mirela Holy, députée du Parti social-démocrate (SDP), parti d’opposition auquel appartenait, il n’y a pas si longtemps encore le maire de Zagreb, est la seule responsable politique à avoir
présenté des excuses publiques pour ce projet controversé. « En tant que membre du parti qui a dirigé la ville de Zagreb depuis dix ans, je ne peux pas cacher que des décisions qui ont porté
dommage à l’intérêt public ont été prises au cours de cette période ».
La « révolte de la rue de Varsovie » est devenue un problème si important que même le nouveau Président, Ivo Josipović, lui aussi social-démocrate, est intervenu pour demander aux autorités de la
ville d’organiser un référendum sur la question.
Les étudiants réclament la gratuité de l’enseignement supérieur
Dans le même temps et un peu avant la pétition pour demander un référendum sur la Loi sur le travail, des étudiants ont fait irruption dans une session du Sénat de l’université de Zagreb. Les
protestataires ont interrompu la séance pour demander la gratuité de l’enseignement supérieur.
La révolte étudiante en Croatie, sans précédent depuis les années 1970, a commencé au printemps 2009. Des étudiants d’une douzaine de Facultés des six Universités de Croatie, principalement en
sciences sociales, ont commencé à tenir des réunions publiques sous le slogan « Pour une éducation gratuite ».
La Faculté des sciences humaines et sociales de Zagreb servait de base au mouvement de protestation et les étudiants du mouvement « Pour une initiative étudiante indépendante pour le droit à une
éducation gratuite » ont bloqué l’activité de la Faculté pendant 34 jours, en organisant des conférences alternatives et des réunions pour la poursuite de l’action.
Ce fut l’action de masse la plus importante jamais organisée par la nouvelle génération croate, née pendant les années de guerre, et des personnalités connues comme le philosophe américain Noam
Chomski ont soutenu leur action, car ils y voyaient une expression démocratique de mécontentement.
« Le mouvement de la rue de Varsovie et l’initiative étudiante ont montré un grand degré d’organisation et de clairvoyance sur le fonctionnement des institutions », commente la sociologue Suzana
Kunac. « Il y a eu un grand nombre d’actions menées à deux niveaux. D’un côté, la montée d’une conscience civile sur divers problèmes, et de l’autre, la formation d’une pression légitime et
démocratique pour la résolution de nombreuses questions institutionnelles ».
Selon les propositions gouvernementales, les nouveaux étudiants devraient payer entre 500 à 1200 euros par an, selon les départements. Seuls ceux qui passeraient leurs examens régulièrement et
avec de bonnes notes obtiendraient une réduction des droits d’inscription. Les protestataires veulent l’abolition de tous les droits universitaires en expliquant qu’ils sont trop chers et que
l’enseignement supérieur n’est pas un privilège mais un droit universel.
Des révoltes, ou une révolution civique ?
Pour la première fois dans l’histoire récente de la Croatie, de nombreux discours publics commencent par ces mots « Nous, paysans, travailleurs et étudiants » qui indiquent le développement d’une
résistance civique. Žarko Puhovski, professeur de philosophie à Zagreb, y voit non pas tant une forme de résistance, mais plutôt l’expression d’« un activisme post-moderne ».
Il ne croit pas que des manifestations de l’ampleur de celles que l’on a récemment vues en Grèce puissent se produire en Croatie. « Comme les protestataires demandent bien peu, il devrait être
facile de les satisfaire. La Croatie n’a pas, comme la Grèce, un noyau dur de militants radicaux et la situation n’est pas aussi tendue que dans ce pays », explique-t-il.
Cependant, beaucoup d’observateurs voient dans les récents événements en Croatie le signe que les citoyens sont prêts à descendre dans la rue pour exiger le respect de leurs droits et que la
conscience sociale est montée d’un cran, ouvrant la voie à des réactions futures mieux préparées et mieux organisées contre des décisions politiques controversées.
« On peut donner crédit à l’association Droit à la cité et à l’initiative étudiante d’avoir forgé une nouvelle génération de citoyens qui ne seront pas prêts à baisser la tête devant les échecs
du système et à se laisser acheter par ceux qui nous gouvernent », conclut Vedran Horvat.
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